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LA PRÉVISION DU TEMPS ET LES CARTES MÉTÉOROLOGIQUES SIMULTANÉES

Dans lé cours de chaque année, deux genres d'influences tendent à changer le temps en une région donnée du globe : les unes, d'ordre purement astronomique, sont régulières et périodiques comme les phénomènes d'où elles naissent, et si elles existaient seules, la prévision du temps ne serait pour ainsi dire qu'une affaire de calcul, dépendant de la latitude géographique du lieu, des mouvements de rotation et de révolution de la Terre (on pourrait alors inscrire le temps probable sur les calendriers pour une latitude donnée); les autres, dues en grande partie à l'inégale répartition des terres et des eaux, aux

inégalités du relief et de la nature du sol, aux courants marins, sont au contraire des influences perturbatrices, et, bien qu'en somme elles n'affectent guère les moyennes des éléments météorologiques, elles sont sans contredit les facteurs principaux des changements du temps, ceux qu'il faut étudier et connaître, si l'on veut se hasarder de prévoir celui-ci à courte échéance. Les dépressions barométriques, avec leur cortège de pluies,

Pi g . 512. — Observatoire météorologique du mont Vèntoux.

de vents tournants, d'orages, les variations de température qui en sont l'accompagnement, leur déplacement à la surface du globe, leur lutte avec les aires de hautes pressions, telle est la véritable base de la prévision du temps, telle qu'elle est aujourd'hui conçue et appliquée. Nous avons vu que si les savants ne sont point d'accord sur la théorie de ces grands phénomènes, du moins on commence à en bien connaître les lois. Pour étudier pratiquement la distribution et le mouvement de ces aires cycloniques et anticycloniques, qui embrassent, on l'a vu,

de vastes régions des continents et des mers, il fallait pouvoir les suivre de jour en jour, relever les positions successives de leurs centres, ce qui exigeait la possession du plus grand nombre possible d'observations simultanées. Cela n'était réalisable et n'a pu être réalisé en effet que grâce au moyen rapide

Fig. 515. — Observatoire météorologique du Puy de Dôme.

d'informations fourni par la télégraphie électrique, continentale et maritime.

Avec les documents que donnent les stations météorologiques, télégraphiquement reliées à une station centrale, on construit chaque jour des cartes du temps, dont nous allons décrire sommairement le mode de construction et l'usage.

Nous prendrons pour exemple le Bulletin que publie quotidiennement le Bureau central météorologique de France. Ce bulletin comprend trois parties. La première se compose des

documents numériques ou autres expédiés chaque matin des 122 stations1 avec lesquelles le Bureau central est en correspondance ; la seconde, deux caries où la pression et les vents d'une part, la température et la pluie d'autre part, sont représentés graphiquement sur la région qu'embrassent les observalions quotidiennes ; la troisième partie est consacrée à résumer

Vis.

Observatoire météorologique du Pic du Midi.

brièvement la situation météorologique générale, avec les prévisions qu'elle permet de faire sur le temps futur probable.

1. Ces 122 stations embrassent toute l'Europe maritime et continentale, ainsi que le nord de l'Afrique. En voici la répartition par contrées :

France 37

France (stations élevées) 4

Algérie 9

Allemagne 9

Angleterre 7

Autriche 7

Espagne et Portugal 8

Italie et Monaco 11

Pays-Bas 5

Pays du Nord (Danemark, Suède et

Norvège) 10

Russie ■ . . 13

Suisse 1

Turquie 1

Les quatre stations de haute altitude sont situées, en France, dans les Vosges, les Alpes, le Plateau central et les Pyrénées. Les observatoires météorologiques du Puy de Dôme et du Pic du Midi en font partie.

Pour que le lecleur se fasse une idée un peu nette de la teneur de ce Bulletin, nous allons entrer dans quelques détails sur chacune de ces parties.

Toutes les observations sont faites soit à sept heures, soit à huit heures du matin. Elles sont donc bien à peu près simultanées. Les pressions barométriques sont réduites à 0° et au niveau de la mer ; à côté de la colonne qui les donne en est une seconde indiquant la variation positive ou négative qu'a subie le baromètre depuis vingt-quatre heures, c'est-à-dire depuis la veille. La colonne des températures est également suivie de la différence avec celle du jour précédent. La force du vent est marquée par les chiffres d'une échelle qui va de 0 à 9. Viennent ensuite l'état du ciel et celui de la mer, marqués par les indications suivantes : pour le ciel, beau, nuageux, couvert, brumeux, pluie ou neige, brouillard; pour la mer, belle ou calme, agitée, grosse, houleuse. La quantité de pluie tombée depuis vingtquatre heures, les températures maxima et minima de la même journée ; enfin les observations de la veille faites à six heures du soir pour la pression, la température, le vent et l'état du ciel, sont inscrites à la suite dans autant de colonnes spéciales. Voici, du reste, un extrait du Bulletin pour les observations du matin. Elles sont relatives au vendredi 13 juin 1884 :

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