Curies du temps el avertissements de tempêtes
J 874, et expédiés par le Meteorological Office de Londres aux ports du Royaume-Uni :
Avertissements tardivement ou non
Total. justifiés.
On voit par ces chiffres que, malgré la position défavorable des deux grands centres météorologiques, le nombre' des prévisions exactes est relativement considérable et justifie bien les sacrifices faits pour le développement de ces importants services.
Nous avons vu plus haut que les bourrasques et cyclones traversent le continent de l'Amérique du Nord de l'ouest à l'est, ayant ainsi parcouru une grande étendue de pays quand ces perturbations atteignent les ports de l'Atlantique sur la côte orientale. Aussi le service des avertissements météorologiques, si admirablement organisé par le général A. Myer, et dont le bureau central siège à Washington, sous le nom de Signal Office, fonctionne-t-il aux Etats-Unis avec une régularité et un succès qui dépasse ce qui a pu être fait dans l'Europe occidentale, enregistrant chaque jour, dans le Bulletin servant à la construction des cartes synoptiques, les observations simultanées de près de 400 stations1 réparties sur toute l'étendue de ce vaste territoire. Outre l'avantage de la situation géographique du bureau central, le service météorologique américain bénéficie encore de la plus grande régularité qui caractérise les
1. 140 stations météorologiques relevant directement de l'Office central et 240 appartenant à des observateurs volontaires échangeaient, en 1878, trois dépêches quotidiennes avec Washington pour la pression atmosphérique. Les observations rigoureusement simultanées sont faites chaque jour à 7 h. 55 m. du matin, à 4 h. 55 m. et à 11 h. du soir (temps moyen de Washington). Aussitôt reçues, elles sont transcrites sur des caries synoptiques où l'on trace les isobares, et discutées de façon à permettre d'expédier télégraphiquement le temps probable du lendemain à 20 stations principales. Chaque station, à son tour, fait imprimer rapidement les prévisions, en tenant compte des circonstances locales. Expédiées dès le premier courrier du matin, les bulletins sont affichés dans 10 000 bureaux de poste. Un budget de 1 750 000 francs pourvoit aux dépenses de cette magnifique organisation.
Avertissements justifiés.
Tempêtes ou forts coups de vent.
Coups de vent modérés.
mouvements des bourrasques sur la portion du continent qu'il dessert.
Pour donner une idée de l'utilité pratique des prévisions de ce genre et des services qu'elles rendent journellement aux Etats-Unis, nous allons citer, d'après le rapport d'un officier chargé de l'inspection annuelle des stations météorologiques du Signal Office, quelques faits caractéristiques. Nous les empruntons à une notice publiée h ce sujet par M. Angot1.
A New-Haven (Connecticut), les habitants ont exigé que le bureau télégraphique restât ouvert toute la nuit, afin de recevoir assez tôt les probabilités du temps pour qu'elles soient publiées dans les journaux du matin. i\Cape-May (New-Jersey), l'enquête constate que les prédictions de pluie et de mauvais temps permettent d'éviter chaque année, dans la construction des maisons, la perte d'une énorme quantité de travail et de matériaux. Le secrétaire de la chambre de commerce de Nashville (Tennessee) vient déclarer qu'avant d'expédier des marchandises par les rivières, les commerçants vont tout d'abord au bureau du Signal Service s'informer de la hauteur de l'eau et des chances de crue ou de baisse, afin de savoir si un transbordement sera nécessaire, ce qui augmenterait beaucoup les risques et le taux des assurances. La même personne, qui possède une grande exploitation rurale, ne fait faucher le foin, moissonner le blé, etc., que lorsque les indications du temps sont favorables. A Lynchburn (Virginie), l'un des grands centres pour la culture et la préparation du tabac, les manufacturiers considèrent les probabilités du temps fournies par le Signal Office comme de véritables certitudes. « Aussi, dit le rapport, se règlent-ils complètement sur elles pour exposer les feuilles de tabac à l'air ou les rentrer. Ils sont unanimes à déclarer qu'ils peuvent ainsi prévenir maintenant des pertes énormes de marchandises et de main-d'œuvre. » A Memphis (Tennessee), les compagnies de chemins de fer et de transport consultent les
i. Le service météorologique des États-Unis (Revue scientifique, 1876, 1).
bulletins du temps pour la direction des marchandises susceptibles d'être avariées par la pluie et les changements brusques de température. Un briquetier assure qu'en tenant compte des probabilités du temps il a quelquefois, en un seul jour, évité ies pertes de 1000 à 1500 francs. Les personnes engagées dans l'industrie du colon accourent sans cesse au bureau chercher des renseignements sur le temps, la température, la quantité de pluie tombée dans les districts cotonniers. Les habitants des bords du Mississipi, grâce aux avertissements du Signal Service, peuvent éviter en partie, non seulement les perles matérielles que causent les inondations, mais aussi celles que ni l'argent ni la charité ne permettent de réparer : celles de vies humaines.
Chez un peuple aussi éminemment pratique que les Américains des Etats-Unis, il n'est pas étonnant que l'usage de consulter les dépêches météorologiques quotidiennes se soit si rapidement universalisé. Les moindres cités s'en servent, et l'on a calculé, dit M. Angot, qu'il suffirait de faire payer à chacune d'elles la somme de 1 fr. 50 pour prix du bulletin qui est affiché chaque jour au bureau de poste. Cette modique rér numération suffirait, et au delà, pour couvrir les dépenses du service. Nous avons vu plus haut que ces dépenses s'élèvent à 1 750000 francs par an. Nous n'en sommes pas là encore en Europe. Néanmoins les services rendus par les bulletins du temps, les cartes météorologiques et surtout les avertissements des tempêtes télégraphiés aux ports maritimes, sont considérables et dépassent de beaucoup, pécuniairement parlant, les sommes dépensées pour organiser et faire fonctionner le système. Au point de vue scientifique, et en vue des prévisions futures, son utilité n'est pas moindre.
Voyons maintenant si l'on peut espérer d'étendre la prévision du temps au delà d'un ou deux jours, et disons un mot des tentatives faites pour les avertissements à plus longue échéance.
Le système des avertissements du temps ou des prévisions à courte échéance, tel qu'il est pratiqué en Europe et en Amérique, est tout entier fondé, on vient de le voir, sur l'usage de la télégraphie électrique, employée, d'une part, à recueillir le plus grand nombre possible d'observations simultanées et à s'en servir pour construire des cartes synoptiques du temps ; d'autre part, à réexpédier aux stations des télégrammes de prévision rédigés d'après la discussion des cartes. Cette discussion est elle-même basée sur le fait que, dans notre hémisphère nord, soit en Amérique, soit en Europe, les bourrasques se meuvent généralement de l'ouest à l'est, et que les vents s'y succèdent d'après la loi de rotation de Buys-Ballot. La vitesse de transmission télégraphique étant infiniment plus grande que celle du mouvement de translation des perturbations, les prévisions peuvent devancer leur arrivée en une station donnée de tout le temps qui marque la différence de ces vitesses, c'est-àdire d'un à deux jours. C'est la prévision à courte échéance. Peut-on obtenir davantage? Yoici en fait la réponse à cette question, telle que la formulait, il y a quelques années, M. Scott : « 11 n'y a pas longtemps, dit-il, qu'une personne me demanda de vouloir bien préparer, pour un journal récemment fondé, la prévision du temps pour une semaine à l'avance. Sur mon refus, elle me fit remarquer que l'amiral Fitz-Roy avait donné des prévisions pour trois jours à l'avance, et qu'actuellement nous devions être capables de doubler cette période. Mais cette personne ignorait que les prévisions de l'amiral n'obtinrent pas un succès suffisant, et que, par suite, elles durent être interrompues1. »
On a vu plus haut la raison de cette réserve : les réseaux météorologiques de la région ouest de l'Europe ne savent rien ou