Cosmos, t. I
pour chacun d'eux, dans leurs diverses parties. Le pouvoir modérateur des grandes étendues maritimes, pouvoir qui tient à la faible conductibilité de l'eau et à sa grande capacité calorifique, est cause de la plus grande régularité des isothermes suites océans, ou d'un écart moindre entre leurs températures extrêmes. Ainsi s'explique la différence qu'on observe, sous ce double rapport, entre l'hémisphère boréal et l'hémisphère austral, ce dernier étant d'ailleurs notablement plus froid que le premier. Au contraire, partout où se trouvent de grands espaces recouverts parles terres, la température moyenne de l'été s'élève à égalité de latitude, et celle de l'hiver s'abaisse, de sorte que l'écart entre les deux saisons opposées est d'autant plus grand que les régions continentales, par leur étendue, sont moins accessibles à l'influence modératrice de la mer. L'influence des eaux en mouvement n'est pas moindre et les courants marins, en portant ici ou là, selon leur direction, les eaux tièdes des mers équatoriales ou les eaux glacées des mers polaires, agissent pour élever ou pour abaisser la température des côtes qu'ils baignent. De là celte opposition frappante entre les moyennes températures annuelles des côtes orientales et celles des côtes occidentales de l'ancien comme du nouveau continent. Nain, dans le Labrador, a une latitude un peu plus méridionale que New-Archangelsk, sur la côte nord-ouest de l'Amérique du Nord; cependant sa moyenne température annuelle ( — 5°, 8) est bien inférieure à celle-ci (h- 6°, 9). Pékin, à peu près à la même latitude que Naples, possède une moyenne température annuelle de 5° plus faible. Nous avons vu quels écarts on trouve entre les températures extrêmes de deux stations selon qu'elles sont maritimes ou continentales : à Iakoutsk, au centre de la Sibérie orientale, l'oscillation entre l'hiver et l'été atteint 61° centigrades; à Christiania, dont la latitude ne diffère que de 2° environ, cette oscillation est presque trois fois moindre (22°).
L'influence des courants marins et celle des vents qui se sont réchauffés à leur surface sont considérables. Les côtes occidentales du continent européen, baignées par les eaux de
l'immense fleuve tiède du Gulf-Stream, unt des hivers d'une douceur extraordinaire, qui contrastent avec les températures rigoureuses des régions centrales de l'Europe. « Aux Orcades, dit Humboldt, un peu au sud (0°,5) de Stockholm, la température moyenne de l'hiver est de 4°, c'est-à-dire qu'elle est plus élevée qu'à Paris et presque aussi chaude qu'à Londres. Bien plus, les eaux intérieures ne gèlent jamais aux îles Fàroër, placées par 62° de latitude, sous la seule influence du vent d'ouest et de la mer. Sur les côtes gracieuses du Devonshire, dont l'un des ports (Salcombe) a été surnommé le Montpellier du Nord, à cause de la douceur de son climat, on a vu V Agave Mexicana fleurir en pleine terre, et des orangers en espalier porter des fruits, quoiqu'ils fussent à peine abrités par quelques nattes. Là, comme à Penzance, comme à Gosport et à Cherbourg sur les côtes de la Normandie, la température moyenne de l'hiver est 5°, 5; elle n'est donc inférieure à celle de Montpellier et de Florence que de 1°,5. » Dans ces pays, en revanche, les étés sont frais et souvent pluvieux.
L'influence du sol sur la température, et plus généralement sur les divers éléments météorologiques du climat, s'exerce de plusieurs façons. La nature géologique du sol, la végétation plus ou moins abondante qui le recouvre, la quantité et l'étendue des eaux qui y séjournent, son relief, son altitude, tout cela concourt à donner au climat de la région son caractère propre. Un sol sec, sablonneux, dénudé, se comporte vis-à-vis de la radiation solaire tout autrement qu'un sol tourbeux, marécageux, couvert de prairies toujours verdoyantes ou de forêts épaisses ; l'état hygrométrique de l'air qui les surplombe n'y offre pas de moindres contrastes. L'altitude et le relief influent aussi d'une manière notable sur le climat; l'observation nous a montré en effet la température des couches d'air diminuant avec leur hauteur au-dessus du niveau de la mer ; quant au relief, il est aisé de voir comment il peut modifier le climat, en considérant que le mouvement des masses aériennes qui constitue les vents n'éprouve aucun obstacle dans les pays de
plaines ou sur les grands plateaux, tandis que les*massifs montagneux s'opposent au passage des vents chauds ou des vents froids, ou encore contribuent à en changer la direction.
Dans l'énumération des causes susceptibles d'influer sur le climat d'une contrée , il nous reste à parler de l'action de l'homme. Si nous sommes généralement impuissants à imprimer une modification directe aux agents physiques ou météorologiques, la force humaine pouvant être considérée comme nulle en présence des forces naturelles agissantes, il n'en est plus tout à fait ainsi de l'influence que peut exercer à la longue notre action répétée et persévérante sur le sol. Voici quelques exemples qui paraissent démontrer la réalité de ce fait : « Il y a un pays, dit M. Gavarret, où se sont produits de grands changements en peu de temps : c'est l'Amérique. Des déboisements considérables ont été exécutés dans les plaines et sur les montagnes, de nombreux marais ont été desséchés. Les observations de M. Boussingault nous apprennent que dans ces contrées les hivers sont devenus moins rigoureux, les étés moins chauds. Le bénéfice des hivers n'a pas seulement compensé la perte des étés, mais il résulte aussi de ces mêmes observations que la température moyenne s'est légèrement accrue. La comparaison de l'état actuel de la France à celui des Gaules au moment de l'invasion romaine montre que depuis cette époque reculée l'aspect physique de notre pays a éprouvé de profondes modifications ; de grandes forêts 'ont disparu ; des cours d'eau ont été régularisés ; les régions jadis inondées d'une manière permanente sont aujourd'hui en pleine culture. Les observations faites en Amérique nous permettent donc d'admettre par voie d'analogie que, depuis le commencement de notre ère, le climat de la France s'est graduellement adouci ; il est devenu moins variable, et la température moyenne s'est sensiblement élevée1. »
C'est à une conclusion semblable qu'arrive M. Dehérain, lorsqu'il recherche, dans son Cours de chimie agricole, les causes
i i Cours de physique médicale^ 1865*
de la stérilité actuelle de pays dont la fertilité était proverbiale autrefois, la Grèce, la Sicile, l'Asie Mineure, la Palestine. Ayant montré que la quantité d'eau circulant aujourd'hui dans ces régions est infiniment plus faible qu'autrefois, il attribue à l'absence des pluies l'impossibilité pour l'homme d'y cultiver les végétaux nécessaires à son alimentation. Puis il ajoute : « Si l'on cherche enfin pourquoi les pluies y sont moins abondantes, on en trouvera la raison dans le déboisement. Tous les pays où l'homme pénètre pour la première fois sont couverts de forêts; toutes les contrées, au contraire, habitées depuis longtemps sont plus ou moins déboisées. Quand l'homme pénètre dans un sol vierge, il attaque la forêt, il faut qu'elle lui cède la place et qu'il la remplace par un sol dénudé sur lequel il pourra cultiver les espèces dont il se nourrit. Tant qu'il repousse la forêt sans la détruire, il accomplit un travail utile ; mais s'il exagère son action, s'il rase les bois, il change les conditions climatériques, les pluies deviennent plus rares, et la stérilité arrive. » M. Dehérain cite à l'appui de son opinion un grand nombre de faits qui prouvent que le déboisement amène la diminution de la quantité d'eau tombée.
Après avoir indiqué les principales conditions de la diversité des climats à la surface du globe, il resterait à décrire ces climats en passant successivement en revue les principales contrées des deux mondes. Cette description climatologique aurait certes un grand intérêt ; mais, outre que l'espace nous manque, il nous paraît qu'elle est plutôt du domaine de la Géographie physique que de la Météorologie. Nous nous bornerons donc à donner un aperçu de la classification généralement adoptée, qui permet de ranger les divers climats en catégories, d'après leurs caractères les plus essentiels.
Si l'on voulait tenir compte, pour établir la classification des climats météorologiques, de tous les éléments qui les diversiv. . 121
fient, on serait dans l'obligation de les subdiviser à l'infini; à vrai dire, il y aurait autant d'espèces de climats qu'il existe, sur la Terre, de régions pour chacune desquelles ces divers éléments restent sensiblement identiques. 11 faut donc se borner à prendre pour base quelque élément prépondérant, comme la température moyenne et l'écart des températures extrêmes, ou la situation géographique, ou encore l'altitude.
Au point de vue thermique, on a coutume de diviser les climats en trois classes qui répondent, à peu près, aux zones de latitude, bien que leurs limites soient loin de coïncider partout avec les mêmes parallèles. On a ainsi les climats tropicaux, les climats tempérés, les climats froids ou polaires.
Les climats tropicaux, qu'on subdivise parfois en climats torrides et en climats chauds, forment une zone dont l'équateur thermique peut être regardé comme l'axe. Ils ont pour caractères distinctifs : 1° une température moyenne annuelle très élevée (de 25° à 30° environ) ; 2° une oscillation annuelle faible, que l'on prenne soit les moyennes des saisons, soit les moyennes mensuelles; 5° au contraire des variations thermiques diurnes assez importantes1. On ne distingue, dans les climats de la zone tropicale, que deux saisons météorologiques : la saison des pluies et la saison sèche. La première coïncide avec l'époque
1. Voici quelques exemples des températures moyennes de quelques localités appartenant à la zone des climats tropicaux :