LA ROSÉE. LA GELÉE BLANCHE ET LE GIVRE
Toul le monde sait ce qu'est Ja rosée, ce dépôt plus ou moins abondant de fines gouttelettes aqueuses qu'on aperçoit le matin sur le sol, sur tous les objets exposés à l'air, et principalement à la surface des végétaux, herbes, feuilles, etc. Avant d'en donner l'explication ou la théorie, disons dans quelles circonstances elle se forme et quelles sont les conditions de sa plus ou moins grande abondance.
C'est le plus généralement pendant la nuit que la rosée se dépose. Dès le coucher du Soleil, le phénomène commence; il arrive même que l'herbe est déjà sensiblement humide avant la disparition de l'astre sous l'horizon, dans les parties du sol qui sont à l'ombre. Mais c'est dans la seconde moitié de la nuit qu'il est le plus intense, et les gouttelettes dont se couvrent les objets augmentent en grosseur jusqu'après le lever du Soleil.
Deux circonstances favorisent particulièrement la formation de la rosée : la sérénité du ciel et le calme de l'air; S'il ne fait pas de vent, on en observe encore des traces par un temps couvert, comme aussi par un ciel clair quand l'atmosphère est agitée par le vent. Mais sous l'influence réunie de ces deux conditions défavorables on ne voit jamais de rosée. Que le ciel vienne à se couvrir quand la rosée se dépose, à l'instant elle
cesse de se former; et même celle qui déjà mouillait les plantes diminue et finit par disparaître. Il en est de même si un vent un peu fort succède au calme de l'atmosphère.
Toutefois on constate qu'un léger mouvement de l'air est plutôt favorable au dépôt de la rosée. On a remarqué que, si à une nuit sereine succède une matinée brumeuse, la rosée est très abondante, qu'elle l'est aussi davantage quand régnent les vents très faibles de l'ouest et du sud, c'est-à-dire ceux qui, dans nos climats, sont les plus humides. Cette influence de la direction du vent sur la formation de la rosée est générale et, dans chaque contrée, ce sont les vents de mer qui la favorisent. Ainsi en Egypte, quand les vents du nord ne soufflent point, il n'y en a pas.
Comme on le voit, toutes les circonstances qui amènent une abondante précipitation de rosée se réduisent jusqu'ici à deux : le refroidissement du sol et des couches inférieures de l'air en contact avec lui; une quantité suffisante de vapeur d'eau dans ces couches et, par conséquent, un état hygrométrique voisin de la saturation. Comme ces circonstances se trouvent principalement réunies au printemps et en automne, il n'est pas étonnant que les nuits de ces deux saisons, de la seconde surtout, se distinguent par l'abondance des dépôts de rosée. On comprend de même pourquoi c'est dans le voisinage de la mer, des grandes étendues d'eau, des lacs et des fleuves que le phénomène est le plus intense, tandis qu'il est presque nul dans l'intérieur des grands continents ; dans les déserts de sable, l'air est si sec que, malgré la basse température des nuits, toujours très sereines, la rosée est inconnue.
Elle se dépose de préférence, toutes autres circonstances égales, sur les corps qu'aucun abri ne garantit contre le rayonnement nocturne. La nature du corps a aussi une grande influence sur l'abondance de la rosée dont il se recouvre. L'observation prouve que les végétaux se mouillent plus que la terre; les corps mauvais conducteurs de la chaleur, divisés en filaments ou en touffes, plus que les corps bons conducteurs