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LA ROSÉE

ou en masses compactes ; l'état de la surface a une influence marquée : elle se couvre d'autant plus de rosée qu'elle est plus rugueuse. Les métaux polis sont, de tous les corps connus, ceux qui l'attirent le moins; on croyait même qu'elle ne les mouille jamais. Mais Wells ayant exposé à l'air, dans les circonstances les plus favorables, des miroirs d'or, d'argent, de cuivre, d'étain, de platine, de fer, d'acier, de zinc, de plomb, constata que leur surface se recouvre d'une légère couche d'humidité. Il n'y remarqua point, à la vérité, les fines gouttelettes qu'on voit se déposer sur le verre, sur l'herbe, aux premiers instants de la précipitation aqueuse. Du reste, il y a sous ce rapport une différence notable entre les divers métaux. Le platine, le fer, le zinc, l'acier sont parfois couverts de rosée, tandis que l'or, le cuivre, l'étain, l'argent restent parfaitement secs dans les mêmes conditions.

Quant à l'état mécanique des corps, il a, comme nous venons de le dire, une grande influence. De menus copeaux absorbent plus de rosée que le morceau de bois qui les a formés ; le coton non filé plus qu'un même poids de coton filé, plus qu'un même poids de laine dont les filaments sont moins fins. Le duvet de cygne est le corps qui, de tous, se recouvre le plus abondamment de rosée.

En ce qui concerne la situation du corps exposé à l'air pendant la nuit, voici comment on peut formuler l'influence des abris qui le protègent : « Tout ce qui tend en général à diminuer l'étendue de la portion du ciel visible de la place que le corps occupe, diminue la quantité de rosée dont ce dernier se recouvre. » Des expériences dues à Wells et variées de mille manières démontrent l'exactitude de cette loi. Citons-en quelques-unes. « Je plaçai, dit-il, dans une nuit calme et sereine, 10 grains de laine sur une planche peinte d'un mètre et demi de long, de deux tiers de mètre de large, de 2 centimètres d'épaisseur, et qui était soutenue, à plus d'un mètre au-dessus de l'herbe, par quatre appuis de bois très minces et d'égale hauteur; en même temps j'attachai, mais sans trop les serrer,

10 grains de laine au milieu de sa face inférieure. Les deux touffes étaient conséquemment à 2 centimètres de distance, et se trouvaient également exposées àl'action de l'air. Cependant, le lendemain matin, je trouvai que la touffe supérieure s'était chargée de 14 grains d'humidité, tandis que l'inférieure n'en avait attiré que 4. Une seconde nuit, ces quantités d'humidité furent respectivement 19 et 6 grains; une troisième, 11 et 2; une quatrième, 20 et 4; c'était toujours la laine attachée à la face inférieure de la planche qui acquérait le moins de poids. »

Des différences semblables, mais moins fortes, furent constatées en plaçant deux flocons de laine semblables, l'un sur l'herbe, tout à fait à découvert, l'autre également sur l'herbe, mais au-dessous de la planche de l'expérience précédente. De celle-ci, la portion visible du ciel était beaucoup plus grande qu'auparavant. Pour montrer que la position verticale de l'abri au-dessus du corps n'était point la cause qui le préservait de la rosée, dans l'hypothèse où celle-ci tomberait à la manière de la pluie, Wells fit l'expérience suivante : 11 posa sur l'herbe ses deux flocons de laine à distance convenable, puis posa verticalement au-dessus de l'un d'eux un cylindre en terre cuite ouvert aux deux bouts, de façon que le flocon occupât le centre de sa base inférieure. Pour le flocon à découvert, l'augmentation de poids fut de 16 grains ; pour l'autre de 2 seulement. Cependant il ne faisait aucun vent pendant l'expérience, de sorte que, si la rosée fût tombée verticalement, chaque flocon aurait dû en recevoir la même quantité.

Toutes les circonstances, toutes les conditions de la production de la rosée, de sa plus ou moins grande abondance, étant ainsi étudiées, contrôlées par de nombreuses expériences, il restait à trouver leur lien commun. C'est ce que fit Wells en établissant cette loi : « La température d'un corps recouvert de rosée est toujours plus basse que celle de l'air, » loi qu'il compléta par les suivantes : Toutes les fois que pendant la nuit la rosée ne se produit pas, c'est que les corps sont à une température au moins aussi élevée que celle de la couche d'air sur-

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