‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 73 sur 271 · LA NEIGE · texte numérisé non relu

LA NEIGE

« A Grenoble, dit-il, où il avait beaucoup plu dans la ville, il était tombé de la neige sur les toits de la Bastille, c'est-à-dire à 500 mètres d'altitude ou à 287 mètres seulement au-dessus du sol de cette ville; à Gap, dont le sol est à 740 mètres audessus de la mer, il a neigé dans les rues Logé hors de

la ville, de manière à voir les montagnes tout autour de moi, j'ai pu déterminer avec mon théodolite la limite entre la neige et la pluie. Depuis le 25 avril, il a toujours neigé sur les montagnes lorsqu'il pleuvait dans la ville. La température étant de -4-8° à mon observatoire, situé à 750 mètres au-dessus de la mer, il neigeait tout autour de moi sur un plan sensiblement horizontal, situé à 1200 mètres, ou à 450 mètres au-dessus. Le 2 mai , le thermomètre marquait + 4°, le plan de la neige s'abaissa à 900 mètres. Le même jour, m'étant élevé jusqu'à 1300 mètres sur la montagne de Moranie, dans le nuage orageux, le thermomètre baissa à + 2°, il faisait très froid; les particules de neige, au lieu d'être des flocons, étaient des prismes quadrangulaires obliques de la grosseur d'un petit pois : c'était de la neige, et non de la glace comme dans la grêle. En descendant, cette grosseur diminuait, et à 900 mètres il tombait une pluie fine très serrée'. »

Il paraît établi que la pluie ou la neige ne tombe que des nuages auxquels Howard a donné le nom de nimbus; elle résulte donc de la réunion des cirrus avec les cumulus, des nuages de glace avec les nuages de vapeur aqueuse. Le savant dont nous venons de citer les observations insiste sur ce point : « Monté sur une montagne dans un jour orageux, dit-il, j'ai encore constaté qu'il ne se forme de nimbus, dans une couche de cumulus, que sur les points où viennent tomber des cirrus. Yoilà donc de nouveaux faits à l'appui de mes observations précédentes, par lesquelles j'avais constaté que la pluie résulte du mélange de la vapeur vésiculaire avec la vapeur glacée. »

1. Comptes rendus de l'Académie des sciences peur 1851, 1. 1.

Mais pourquoi la réunion de ces deux sortes de nuages donnet-elle lieu au phénomène de la pluie? Est-ce simplement par le fait de l'abaissement de température qui résulte, pour le cumulus, de l'invasion du nuage glacé? La condensation qui en résulte, grossissant ou réunissant les gouttelettes aqueuses, déterminerait leur chute. Hutton donnait de la pluie une théorie à peu près analogue, lorsqu'il l'attribuait au mélange de deux masses d'air saturées à des températures inégales. La température du mélange étant trop basse pour qu'il puisse contenir toute la vapeur des masses réunies, il y a précipitation.

A. Poëy fait intervenir l'électricité dans le phénomène, au moins pour les pluies orageuses et les pluies continues et abondantes. On a vu qu'il donne au nimbus, ou nuage de pluie d'Howard, le nom de pallium, qu'il distingue en deux couches, le- pallio-cirrus et le pallio-cumulus. « L'apparition de ces couches, dit-il, annonce le mauvais temps, leur disparition le beau temps. La couche du pallio-cirrus apparaît la première, et, quelques heures ou quelques jours après, celle du palliocumulus se forme en dessous. Ces deux couches restent en vue à une certaine distance l'une de l'autre ; leur action et leur réaction réciproques produisent les orages et les fortes pluies, accompagnées de décharges électriques. Elles sont électrisées en sens contraire : la couche supérieure de cirrus est négative, et l'inférieure de cumulus est positive comme la pluie qu'elle déverse, tandis que l'électricité de l'air à la surface du sol est négative. Quand ces deux couches s'attirent, une décharge se produit, et la couche inférieure continue à déverser son, surplus d'eau sans donner aucun signe d'électricité, pas plus que l'air en contact avec la terre. Cet état se prolonge jusqu'à ce que la couche supérieure se déchire la première, ensuite la couche inférieure, puis elles disparaissent l'une après l'autre et le beau temps revient1. » A l'appui de cette théorie,

1 . Comment on observe les nuages pour prévoir le temps, par A. Poëy.

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