LA PLUIE. — LA NEIGE
le savant directeur de l'observatoire de La Havane cite des observations faites en ballon en 1786, à Paris, par Testu, en 1852, aux États-Unis, par J. Wise.
Que les attractions électriques, entre deux nuages électrisés en sens contraire, jouent un rôle dans le phénomène des pluies d'orage, c'est ce que semble confirmer un fait bien connu : après chaque coup de tonnerre un peu fort, la pluie redouble d'intensité; les gouttes tombent plus grosses et plus abondantes. Mais l'électricité intervient-elle dans toutes les pluies? Cela nous semble au moins douteux. En tout cas cette intervention n'est pas nécessaire. L'excès de condensation qui résulte d'un refroidissement progressif de masses d'air chargées d'humidité suffit à expliquer le phénomène.
L'influence de la direction du vent sur la production de la pluie n'est pas douteuse, et dans tous les climats, quand le vent souffle de la mer vers l'intérieur des terres, la pluie ne tarde point à se produire. Rien de plus simple que l'explication du phénomène. Dans l'Europe occidentale, c'est aux vents d'entre le sud et l'ouest que sont dus la plupart des temps pluvieux. Tant que durent les vents de la région opposée qui amènent des masses d'air desséchées par leur traversée continentale, où elles se sont débarrassées, par des condensations successives, de la vapeur d'eau dont elles étaient chargées primitivement, le temps est beau et sec, et le ciel serein. Les vents du sud à l'ouest viennent-ils à souffler, aussitôt on voit apparaître les premiers cirrus précurseurs d'un changement de temps. C'est dans les parties les plus élevées et les plus froides de l'air que commence la condensation. Les masses d'air humide venues de l'Océan affluent; elles ont à gravir la pente des continents vers lesquels elles se dirigent, et, à mesure qu'elles montent, la diminution de pression les oblige à se dilater ; comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, à cette dilatation correspond une consommation de la chaleur qu'elles apportent avec elles. Le point de saturation s'abaisse, l'humidité se condense en nuages de plus en plus épais, jusqu'à ce
que l'air sursaturé ne permette plus la formation de nouvelles vapeurs. La pluie commence alors, et sa durée est en rapport avec la quantité de vapeurs apportées et avec la durée des vents qui les renouvellent.
Si, dans sa marche, le vent humide rencontre des obstacles, comme des chaînes de montagnes, l'air en mouvement s'élève sur leurs flancs, jusqu'à leurs sommets, où la température peut être assez basse pour que la vapeur condensée se cristallise en flocons neigeux1.
Il y a un proverbe bien connu, petite pluie abat grand vent, qui est l'expression retournée de ce qui passe souvent dans le cas où la pluie est produite dans les circonstances dont nous venons de parler. Quand, en effet, la vitesse du mouvement aérien diminue ou s'annule, les masses d'air devenues immobiles forment barrière pour celles qui n'ont pas achevé leur course; ces dernières s'élèvent, se dilatent et se refroidissent, et la vapeur d'eau qu'elles déposent au sein d'un air déjà saturé provoque la chute de la pluie, qui est peut-être due aussi à la cessation du mouvement, c'est-à-dire à la suppression de l'une des causes de suspension des nuages.
Il arrive parfois, à la fin d'une journée humide et chaude, que des gouttes de pluie tombent par un ciel sans nuages. On donne le nom de serein à ce phénomène, qui s'explique par le refroidissement des couches d'air après la disparition du Soleil. On a vu plus haut que, dans certaines circonstances, les
1. Babinet a développé, il y a trente ans, dans une notice sur l'arrosement du globe, la: théorie que nous résumons ici. Voici le passage relatif aux chutes de neige sur les montagnes : « Les masses d'air des mers et des plaines portées par les courants atmosphériques vers les montagnes glissent le long de leurs flancs et s'élèvent par suite 'a d'immenses hauteurs. Dès lors ces masses se dilatent et se refroidissent prodigieusement : 200 mètres d'élévation donnent déjà 3 degrés de froid ; qu'on juge d'après cela du froid qui doit résulter d'un soulèvement égal à la hauteur des Alpes, des Pyrénées, du Caucase, de la Cordillère occidentale des deux Amériques, ou de l'Himalaya d'Asie! Voilà la cause très simple qui fait des chaînes de montagnes le berceau et l'origine des grands fleuves, et déjà, avant de parcourir le globe entier, nous voyons les Alpes d'Europe donner, par le vent humide du sudouest, naissance à deux fleuves : le Rhône et le Rhin. Par le vent d'est, ces mêmes Alpes font déposer l'eau qui alimente l'immense bassin du Danube, et enfin, par le vent chaud et humide du sud, la barrière élevée des monts qui sont au nord de l'Italie fait déposer toute l'eau du bassin du Pô et des autres tributaires de l'Adriatique. »
Planche VI.
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