‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 76 sur 271 · CRISTAUX DE NEIGE · texte numérisé non relu

CRISTAUX DE NEIGE

c) des combinaisons variées de figures hexagonales, avec des rayons et des angles saillants disposés de la façon la plus élégante (Pl. IV : il, iv 6, V8, lin, 1X5, etc.) ;

2° Des flocons à noyau sphérique ou polyédrique, affectant les figures du premier type, mais hérissés d'aiguilles dans tous les sens (fig. 108). Le noyau est parfois transparent, d'autres fois inégal et opaque;

3° Des aiguilles isolées dont la forme est celle d'un prisme hexagonal; ces aiguilles sont quelquefois aussi lines que des cheveux ;

4° Scoresby n'a observé qu'une seule fois le quatrième type, qui est une pyramide régulière à six faces (Pl. VI : vu) ;

5° Des aiguilles prismatiques portant à l'une des extrémités ou à toutes deux des lamelles hexagonales. Scoresby ne les a observées que deux fois; mais elles tombèrent en si grande abondance, que le navire fut couvert en quelques heures de plusieurs centimètres de neige.

On sait peu de chose encore, ou plutôt on ne sait rien sur les conditions qui donnent lieu à la chute de cristaux de telle ou telle forme. Le seul point qui paraisse établi, c'est que, dans une averse de neige, on observe au plus deux ou trois formes différentes de cristaux, une seule ordinairement. Scoresby a indiqué les températures qui lui semblaient plus favorables à certaines variétés cristallines. Kaemtz, après avoir dit qu'il avait rencontré une vingtaine de formes non décrites par Scoresby, ajoute qu'il n'en a jamais trouvé une seule où les cristaux fussent dans des plans perpendiculaires les uns aux autres. Erasme Bartholin assurait avoir vu dans la neige des étoiles pentagonales, et ajoutait que d'autres en avaient observé d'octogonales. Le 16 janvier 1876, M. A. Landrin a vu des cristaux de neige formés d'étoiles à quatre branches, les unes croisées sous des angles de 60 et de 120 degrés, les autres « ayant la figure de croix régulière à branches se coupant à 45°, le tout mêlé à des fragments amorphes ». La figure 108 reproduit ces deux formes particulières.

Kaemtz assure que c'est par un temps calme et sans brouillard qu'on peut admirer dans toute leur beauté les formes cristallines régulières de la neige. « Avec la brume, dit-il, les cristaux sont ordinairement inégaux, opaques, et il semble qu'un grand nombre de vésicules se sont solidifiées à leur surface, sans avoir eu le temps de s'unir intimement aux molécules cristallines. Par le vent, les cristaux sont brisés et irréguliers; on trouve alors des grains arrondis composés de rayons inégaux. Dans les Alpes et en Allemagne, j'ai vu souvent tomber des cristaux parfaitement symétriques. Le vent s'élevait-il, c'étaient des grains de la grosseur de ceux du millet ou de petits pois dont la structure était assez peu compacte, ou bien des corps ayant la forme d'une pyramide dont la base était une calotte sphérique. On pouvait rapporter ces corps au grésil, cependant ils se formaient sous l'influence des mêmes conditions météorologiques que les flocons qui tombaient avant le coup de vent1. »

Le grésil, en effet, est une sorte de neige caractérisée par de petits grains opaques ayant toute l'apparence de flocons de neige condensés. C'est dans les bourrasques ou giboulées du printemps qu'il tombe le plus fréquemment. Les grains sont parfois assez durs pour qu'on les compare à de petits grêlons. Et de fait, le grésil paraît intermédiaire entre la neige et la grêle.

La densité de la neige est très variable selon la température, l'état hygrométrique, la grosseur des flocons. La neige qui tombe par un temps sec et froid est plus légère et les couches qu'elle forme sur la terre sont moins tassées que celles qui proviennent d'une neige plus humide. La densité est souvent 10 ou 12 fois moindre que celle de l'eau ; Musschenbrock a pesé, à

l. D'après un observateur, M. J. Girard, les dimensions des cristaux de neige varient de 1 à 7 millimètres. Scoresby parle de lamelles du premier type dont le diamètre était de 2 à 5 dixièmes de millimètre. Pour les bien observer à la loupe ou au microscope, il faut les recueillir sur un drap noir, et l'air ambiant doit être assez froid pour que les flocons ne fondent point en tombant; une température de 2 à 5 degrés au-dessous de zéro est la plus favorable aux observations.

LES PLUVIOMÈTRES. 291

Utrecht, de la neige formée de cristaux étoilés : il l'a trouvée 24 fois plus légère que l'eau.

§ 5. LES PLUVIOMÈTRES.

Mesurer la quantité d'eau météorique qui tombe en un lieu donné dans le cours d'une année, sous la forme de pluie, de neige, de grôle ou de grésil, est d'une grande importance pour l'étude climatologique de ce lieu. On y parvient à l'aide d'instruments connus sous les noms de pluviomètres, udomètres, ombromètres, dont la signification est la même.

Le pluviomètre le plus simple se compose d'un vase de forme cylindrique M, portant latéralement un tube coudé A, à la partie supérieure un entonnoir conique B qui rassemble l'eau tombée par l'ouverture extérieure. Le niveau de l'eau dans le tube latéral donne, par une graduation en millimètres, l'épaisseur de la coucbe d'eau tombée. Le zéro de l'échelle est au niveau d'une cloison percée d'un trou, l'instrument, avant une observation, étant toujours rempli d'eau jusqu'cà ce niveau. Avec un appareil ainsi disposé, on ne peut mesurer que les quantités de pluie un peu abondantes, puisque c'est la hauteur même de la couche d'eau qu'on évalue et qu'on lit.

Pour obtenir plus de précision dans les lectures, on donne généralement au cylindre où l'eau est recueillie, une section beaucoup plus petite que la section droite ' de l'entonnoir, c'est-à-dire que la surface sur laquelle tombe la pluie. Ordinairement le cercle ou la bague du pluviomètre a 226 millimètres de diamètre, ou bien une surface de 4 décimètres

carrés. En prenant 71mm,5 pour le diamètre du cylindre, la surface de l'eau qu'on y recueille sera dix fois moindre que celle de l'entonnoir et sa hauteur dix fois plus grande. Les millimètres lus sur l'échelle seront donc des dixièmes de millimètre d'eau tombée. On pourrait prendre évidemment tout autre rapport pour les sections.

La figure 111 représente un pluviomètre construit d'après ce principe : c'est le pluviomètre décuplateur Tonnelot.

Fig. 111. — Pluviomètre décuplateur Fig. 112. — Pluviomètre totalisateur

de Tonnelot. d'Hervé-Mangon.

Le pluviomètre totalisateur de M. Hervé-Mangon (fig. 112) est construit d'une façon semblable, le tube latéral décuplant les hauteurs de pluie tombée. Seulement, il porte un réservoir inférieur où l'on recueille successivement l'eau d'une série d'observations et qui sert de contrôle aux lectures. Voici la description et l'usage de l'appendice en question, d'après les Instructions météorologiques du Bureau central : « Au-dessous du cylindre de zinc est un réservoir D, complètement fermé, qui peut communiquer avec le cylindre B au moyen d'un robinet. Après l'observation de chaque jour, on ouvre ce robinet de

LES PLUVIOMÈTRES.

façon à faire écouler dans le réservoir inférieur toute l'eau recueillie par le pluviomètre, puis on ferme de nouveau le robinet. De cette manière le liquide s'amasse dans le réservoir D sans être exposé à aucune évaporation. De temps en temps, la personne qui surveille les observations mesure l'eau contenue dans le réservoir D, en ouvrant avec une clef spéciale le robinet E qui termine ce réservoir, et en recevant dans une éprouvelte graduée le liquide aecumulé depuis la dernière

Fiçç. 115. — Pluviomètre enregistreur de l'observatoire de Montsouns.

inspection. Le nombre de centimètres cubes d'eau ainsi recueilli, divisé par 40 \ exprimera en millimètres la hauteur de la couche d'eau tombée dans l'intervalle considéré, hauteur qui devra se trouver sensiblement égale à la somme des hauteurs inscrites dans la même période par l'agent chargé des opérations journalières. Cette vérification, toujours facile à faire, et ne demandant à la personne qui en est chargée que quelques minutes par mois, permet de corriger les erreurs que la négligence ou l'oubli introduit trop souvent dans les observations. »

'1. La surface de l'entonnoir est de k décimètres carrés ; celle du cylindre B, dix fois moindre, est de 40 centimètres carrés. Le volume divisé par la surface donne la hauteur en centimètres pour le cylindre, en millimètres pour l'entonnoir.

On emploie, dans les observatoires météorologiques, des appareils enregistreurs de la pluie, pluviogmphes ou udographes. La figure 115 représente l'enregistreur du pluviographc de l'observatoire de Montsouris. Le récepteur des eaux pluviales est placé extérieurement à une hauteur de 2 mètres ; il communique par un tuyau v avec la partie inférieure du vase cylindrique A ; ce tuyau lui amène les eaux météoriques au fur et à mesure de leur précipitation. A la surface du liquide repose un flotteur qui porte à son centre une tige à crémaillère C. Ce sont les mouvements ascendants de cette tige du flotteur qui accusent l'accroissement du niveau de l'eau et qu'il s'agit d'enregistrer sur le cylindre noirci H. On y parvient très simplement. La crémaillère de la tige, guidée dans sa course verticale par des galets, engrène avec un pignon portant sur un axe un excentrique e, en colimaçon, sur le pourtour duquel s'appuie l'aiguille E équilibrée par le contrepoids p. Quand il pleut, l'eau monte et la pointe de l'aiguille décrit une courbe ascendante; si la pluie cesse, la ligne décrite est horizontale. Quand l'excentrique a effectué une révolution complète, l'aiguille retombe et recommence à inscrire une nouvelle courbe.

Le pluviomètre enregistreur donne ainsi, outre la quantité d'eau tombée pour chaque pluie, les heures du jour et de la nuit où commence et finit le phénomène et par suite sa durée. On en peut conclure encore l'intensité de l'averse.

Le récepteur des pluviomètres doit être placé dans un lieu bien découvert, de façon que le réservoir ne soit d'aucun côté abrité contre la pluie, et la reçoive, quelle que soit, la direction du vent qui la pousse. On le dispose d'habitude de façon que son ouverture se trouve à lm,50 ou 2 mètres au-dessus du sol. Trop bas, il pourrait s'y introduire de l'eau provenant du rejaillissement de la pluie, ou bien, en hiver, il risquerait d'être recouvert par la neige que le vent amoncellerait à son pied. Trop élevé, il ne donnerait généralement, comme l'expérience le prouve, qu'une quantité d'eau inférieure à celle qui tombe

LES PLUVIOMÈTRES.

sur le sol1. On attribue généralement cette inégalité à l'influence des remous du vent, et, pour cette raison, on recommande expressément de ne jamais installer le pluviomètre au-dessus d'un toit (Instructions du Bureau central météorologique de France).

Pour recueillir la neige et mesurer l'eau qui en provient, on prend quelques précautions particulières. Le pluviomètre Tonnelot (fi g. 111) est enveloppé d'une caisse en bois ; on y place une veilleuse ou un morceau allumé de charbon de Paris : de la sorte la température y est assez élevée pour faire fondre la neige aussitôt après sa chute et pour empêcher que l'eau ne gèle dans le cylindre. « En certains endroits, dit M. Mohn, où il neige par des vents violents, il peut arriver que la neige ne tombe pas dans le pluviomètre, ou que le vent, si elle y tombe, la disperse et l'emporte ailleurs; dans de tels cas, il est impossible de mesurer quoi que ce soit. » Pour remédier à cet inconvénient, on emploie divers moyens. Voici celui que donnent les Instructions : « Le meilleur moyen pour mesurer exactement la neige consiste à disposer à côté du pluviomètre un seau de zinc très profond, ayant la même ouverture, et sur lequel on peut mettre au besoin la bague du pluviomètre. Si le

1. Arago, dans sa Notice sur la Pluie, a fait observer le premier que la quantité de pluie dépend de la hauteur de l'udoniètre au-dessus du sol. Ayant relevé les hauteurs annuelles, recueillies de 1817 à 1853 sur deux appareils parfaitement identiques installés à l'Observatoire de Paris, l'un sur le sommet de l'édifice, l'autre dans la cour, il trouve pour la moyenne de ces 57 années les quantités suivantes :

Pluie dans la cour 579'°"', 80 ) „„„„ ,„

■ . ni.. -; ! Différence 68°"" ,46

— sur la terrasse 511'"°', 54 (

Soit une différence d'un septième à un huitième à l'avantage de l'udoniètre inférieur, pour une différence de niveau d'environ 29 mètres. Il en est de la neige comme de la pluie. Des observations semblables ont été faites 'a York (Angleterre) en 1852 et 1854, au sommet de la cathédrale, du Muséum et dans le jardin, à des différences d'altitude de 64, de 51 et de 15 mètres ; à Besançon, au fort Brégille et à la Faculté des sciences (différence 196 mètres); en Amérique, à Cartagena, Popayan, Santa Fé de Bogota. Les unes et les autres prouvent que la quantité de pluie diminue avec l'élévation. Mais il est probable que les causes de ces différences ne sont pas les mêmes. Dans le dernier exemple notamment, où il s'agit d'altitudes ■variant de 0 à 1800 et à 2700 mètres, la cause est toute météorologique et dépend des couches mêmes qui produisent la pluie. A l'Observatoire de Paris, le phénomène provient d'une cause accidentelle, de la présence du monument et de l'action du vent ramenant par ses remous, dans l'udomètre, des gouttes d'eau qui ne lui étaient pas destinées.

seau de zinc est suffisamment profond, la neige, une fois tombée, ne sera pas enlevée par le vent. Pour évaluer la hauteur d'eau correspondante, on fera fondre la neige, soit en approchant le pluviomètre du feu, soit en y versant un volume d'eau chaude mesuré d'avance, et l'on se servira de la même éprouvette que pour le pluviomètre. En même temps que l'on évaluera ainsi la quantité d'eau fournie par la neige, ce qui est l'élément essentiel , on pourra noter la hauteur que la neige occupe sur le sol. Il faut, pour cette mesure, choisir une surface plane où la couche de neige soit bien régulière. La connaissance de la quantité d'eau fournie par la neige est extrêmement importante, et cependant c'est un des éléments qui est mesuré, en général, avec le moins d'exactitude. On doit donc veiller à ce que celte observation soit faite avec soin. »

£ 6. QUANTITÉS DE PLUIE TOMBÉES. — FRÉQUENCE ET HÉ PARTITION DES PLUIES.

A l'aide des documents que fournissent les pluviomètres, observés avec régularité pendant une période de temps plus ou moins longue, on peut se proposer l'étude d'une série de questions qui ont un grand intérêt météorologique ou climatologique : déterminer, par exemple, la quantité de pluie ou d'eau météorique tombée annuellement en un lieu donné, chercher comment elle se distribue entre les saisons ou les mois, ou encore entre la journée et la nuit ; noter le nombre des jours de pluie, la fréquence et la durée du phénomène ; comparer les données fournies par les observations des diverses régions du globe entre elles, et en déduire, en même temps que la répartition des pluies selon la position géographique et l'altitude, l'influence des vents, du plus ou moins de proximité de la mer, des montagnes, etc. Entrons dans quelques détails sur quelques-unes de ces questions et renvoyons les autres au chapitre qui traitera des climats.

Prenons pour exemple les observations pluviomélriques faites

à Paris depuis 1689 jusqu'à 1872, sur la terrasse de l'Observatoire. Cet intervalle comprend 184 ans et ne comporte qu'une lacune de 18 années entre 1754 et 1775, et une de 6 ans entre 1797 et 1 804 : il donne donc 160 quantités de pluies annuelles.

La première remarque suggérée par l'examen des 160 nombres qui marquent en millimètres la quantité d'eau annuellement tombée, ou de la courbe (fig. 114) qui les représente, c'est que cette quantité est très variable. On ne retrouve pas là

Kig. 114. — Quantités d'eau tombées annuellement à Paris de l'année 1689 à l'année 1872'

cette constance qui nous a frappé dans les autres éléments météorologiques, pression, température, etc. La moyenne générale des 160 quantités de pluie annuelles est 484 millimètres1; 79 sont au-dessous et 81 au-dessus de cette moyenne, mais les écarts sont considérables. L'année 1755, qui a fourni le moins de pluie, n'a donné que 210 millimètres; viennent ensuite 1725 avec 250 millimètres, 1719 avec 276 millimètres. Les années les plus pluvieuses ont été 1804, qui a fourni 705 mil-

1. On a vu plus haut que le pluviomètre de la terrasse de l'Observatoire donne moins de pluie que celui qui est dans la cour ; la différence est d'environ 68 millimètres par an. En ce cas, la moyenne de la quantité de pluie tombée sur le sol serait de 552 millimètres. C'est, en effet, à quelques millimètres près le chiffre qu'on trouve à l'observatoire de Montsouris, situé à peu près dans les mêmes conditions que l'observatoire astronomique. Pour les onze années comprises entre 1872 et 1883, l'Annuaire de Montsouris donne une moyenne de 560 millimètres.

limètres d'eau, puis 1872 avec 687 millimètres et 1711 avec 681 millimètres. Ainsi, entre le maximum et le minimum, il y a un écart de 495 millimètres ; le rapport des quantités extrêmes d'eau tombée est de 1 à 3,55. Mais rien, dans ces fluctuations, ne dénote, soit une augmentation, soit une diminution systématique dans les quantités de pluie. Arago, en donnant les résultats de la période qui s'étend de 1689 à 1855, tirait déjà la même conséquence en disant « qu'il n'existe aucune raison de supposer que le climat de Paris soit maintenant plus ou moins pluvieux qu'il ne l'était il y a 150 ans ».

Si, au lieu de comparer les quantités de pluie tombées annuellement pendant la période dont il vient d'être question, on examine les chiffres recueillis chaque mois, en prenant les moyennes mensuelles de ces 160 années, on arrive aux nombres suivants :

Mois

Quantités

Mois

Quantités

de la saison froide.

de pluie.

de la saison chaude.

de pluie.

45ram,l

57mm,4

40mm,G

Mai . .

45mm,8

51mm,5

Juillet

51mm,5

Février

47mm,5

31mm,2

44mm,8

Total

Total

278mra,5

On voit immédiatement que la pluie tombée pendant les six mois de la saison froide est notablement moins abondante que celle de la saison chaude1; c'est donc à celle-ci que, pour le climat de Paris du moins, il conviendrait de réserver le nom de saison pluvieuse. Les mois de juillet et de juin sont ceux qui fournissent la plus grande quantité d'eau; février et mars, au contraire, sont les plus secs. Ce résultat peut être mis en évidence d'une autre manière, en faisant séparément le total pour chacune des quatre saisons météorologiques, l'hiver comprenant les mois de décembre, janvier, février, le printemps

1. Le contraste entre les deux saisoùs serait encore plus sensible, si l'on commençait la première par novembre et la seconde par mai. On trouverait alors 209mm,l pour la saison froide, 286mm,0 pour la saison ebaude ou pluvieuse.

ceux de mars, avril, mai, etc. En prenant la période comprise entre 1818 et 1853, Arago a trouvé les nombres suivants :

Quantités de pluie tombées

La moyenne

Saisons. en millimètres, annuelle — 100.

Hiver 100 millim. 19,8

Printemps 125 — 24,7

Été 145 — 28,7

Automne 155 — 26,8

505 millim. 100,0

L'été, on le voit,- est la saison qui donne la plus grande quantité d'eau; l'hiver, la moindre. Le printemps et l'été réunis

Fig. 115. — Quantités moyennes de pluie tombées mensuellement à Paris de 1689 à 1885.

dépassent l'automne et l'hiver d'un septième environ; l'été et l'automne dépassent l'hiver et le printemps d'un peu moins du quart. C'est le résultat qu'on trouve, en groupant de la même manière les moyennes mensuelles de la longue période 1689-1872. La figure 115 exprime aux yeux cette répartition des pluies à Paris selon les mois et les saisons.

Au lieu de comparer entre elles les années et les saisons sous le rapport des quantités de pluie, on peut chercher quel a été dans chaque période le nombre des jours où il a plu (ou neigé). C'est une question non moins intéressante que la première, au point de vue du climat de la région que l'on considère. Nous verrons en effet tomber d'énormes quantités d'eau dans des pays où les pluies sont relativement rares, tandis qu'il pleut fréquemment parfois dans des régions dont le sol ne recueille qu'une faible quantité d'eaux météoriques. Voici les nombres moyens de jours de pluie, à Paris, pour diverses périodes :

Jours

Jours

de pluie.

de neige.

Tolal.

De

Mettons en regard dans les deux tableaux suivants les quantités de pluie tombées et les nombres de jours de pluie observés à Montsouris dans la période de dix années comprise entre 1873 et 1883, et les mêmes nombres répartis suivant les mois :

Nombre

Quanlitcs

de

de

jours de pluie.

pluie tombées.

D'octobre 1875 à

septembre 1874. .

404 millim.

545 millim.

MOYENNES MENSUELLES DES NOMBRES DE JOURS DE PLUIE ET DES QUANTITÉS DE PLUIE TOMBÉES A MONTSOURIS, DE 1873 A 1883.

Jours.

Pluie.

Jours.

Pluie.

Octobre . . .

42 mm f 7

Novembre . .

52mm, 1

Mai

35mm,5

43mm,5

Juin

52mm,6

Janvier . . .

38mm,5

Juillet. . . .

Février . . .

32mm,5

Août

52mn\5

Mars

Septembre. .

Totaux . .

Totaux . .

L'année 1878-79, qui a fourni la plus grande quantité d'eau, est aussi celle du maximum des jours de pluie; l'année suivante 1879-80 correspond au contraire tout à la fois au minimum de pluie tombée et au minimum des jours de pluie. Les autres années de la même période conservent à peu de chose près le même rang sous ces deux rapports. Mais si l'on considère non plus les moyennes annuelles, mais les moyennes mensuelles, on arrive à cette conséquence que ce sont les pluies de la saison chaude qui sont les plus abondantes. En effet, la quantité d'eau tombée est plus grande dans la première, tandis que le nombre des jours de pluie est notablement moindre. D'avril à septembre, 956 jours de pluie donnent 2870 millimètres d'eau, soit en moyenne 3 millimètres par jour, tandis que d'octobre à mars 1150 jours n'ont fourni que 2545 millimètres, soit 2mra,21 par jour.

Arago, dans son intéressante Notice sur la pluie, montre par quelques exemples que la quantité d'eau tombée pendant les 12 heures de la journée (de 6 heures du matin à ô heures du soir) est moindre que celle qui tombe pendant les 12 heures de la nuit. Mais, au contraire, il pleut plus souvent le jour que la nuit; d'où l'on doit tirer celte conséquence, que les pluies nocturnes sont plus abondantes que les pluies diurnes. Cela résulte de diverses séries d'observations. En 55 années d'observations faites par M. d'Hombres-Firmas (de 1802 à 1856) à

Alais (Gard), la moyenne quantité annuelle recueillie a été de 991mm,07 qui se décomposent ainsi :

Nombre de fois qu'il a plu.

Pluie tombée de jour 476mm,25 00,5

— de nuit 514mm,92 55,1

M. Boussingault a mesuré séparément pendant trois mois la pluie tombée le jour et celle qui est tombée la nuit dans les environs de Marmato (Equateur). Sur une quantité totale de 572 millimètres, 518 proviennent de la pluie nocturne, 54 de la pluie diurne. Enfin, d'après les observations faites à Versailles (de 1847 à 1856) par MM. Haeghens et Bérigny, la moyenne annuelle totale de pluie a été de 559mm,57. En défalquant les chiffres des années 1851, 1855 et 1854, pour lesquelles la distinction n'a pas été faite, on trouve en moyenne 270mm,01 pour la pluie de jour et 505mm,58 pour la pluie de nuit.

Il faudrait, du reste, de plus nombreuses observations pour démontrer la généralité de cette loi, même en ne considérant qu'une région limitée, et ce que nous disons là s'applique à tous les résultats que nous venons de constater pour les quantités de pluie tombées à Paris. Rien n'est plus variable que le phénomène de la pluie ; les conditions qui déterminent sa fréquence ou son abondance plus ou moins grande changent d'un lieu à l'autre, souvent à de faibles distances. Néanmoins, il est permis , en s'appuyant sur les observations pluviométiïques faites en de nombreuses stations des diverses zones, de faire la part de certaines influences générales : la position géographique en latitude, la hauteur des stations au-dessus du niveau de la mer, la direction des vents, la distance plus ou moins considérable de l'Océan, la proximité des montagnes et leur orientation, sont autant de facteurs qui interviennent dans le phénomène et en règlent l'intensité ou la fréquence.

Dans les régions tropicales, les pluies sont généralement très abondantes et tombent périodiquement avec une grande régularité. C'est dans la zone des calmes, c'est-à-dire au point de

rencontre des alizés du nord-est et des alizés du sud-est, que les pluies sont à la fois les plus fréquentes et les plus abondantes. Là, les deux masses aériennes se faisant mutuellement obstacle s'élèvent, en entraînant avec elles clans les hautes régions de l'air toute l'humidité dont elles se sont chargées au contact des eaux chaudes des mers des tropiques. Le courant ascendant a surtout une grande force pendant la journée, où il est activé par l'intense radiation solaire. En parvenant dans les régions élevées de l'air, le refroidissement condense les vapeurs en nuages épais qui ne tardent point à se résoudre en pluies torrentielles. La nuit, le temps est clair, et le Soleil se lève dans un ciel parfaitement pur; mais vers midi les nuages apparaissent et la pluie tombe sans discontinuité jusqu'à neuf heures. C'est surmer, dans l'Atlantique et le Pacifique, que le phénomène a lieu avec cette régularité. Suivant l'époque de l'année, cette zone monte ou descend au nord ou au sud de l'équateur, atteignant en août sa position la plus boréale (à 10° environ de latitude), et six mois après, en février, sa position la plus australe. En dehors de la zone des calmes de la région océanienne, c'est-à-dire clans les parties des tropiques où soufflent les alizés, les pluies sont au contraire peu abondantes, sauf dans le voisinage des terres élevées.

Sur les continents et à l'équateur, l'année se partage en deux saisons sèches et en deux saisons pluvieuses, celles-ci correspondant toujours à la plus grande hauteur zénithale du Soleil, qui est le facteur principal du courant ascendant et des pluies qui en sont la conséquence. A mesure qu'on s'éloigne de l'équateur, les deux saisons pluvieuses tendent à se confondre et l'année ne se partage plus qu'en une saison sèche, pendant laquelle le ciel est sans nuages, et une saison des pluies, qui se distingue alors par l'extrême abondance de l'eau tombée.

Pour donner une idée de l'intensité des pluies tropicales, citons quelques nombres exprimant en millimètres la moyenne quantité annuelle :

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