Cosmos, t. I, p
Cosmos a soin de présenter les chiffres qu'on vient de lire comme une limite inférieure des hauteurs moyennes des continents. Prenant pour point de départ le travail de deux savants danois, MM. Olsen et Bredsdorff, sur l'orographie du continent européen, Saigey a calculé les volumes successifs des parties de ce continent découpé en quadrilatères d'un degré de côté (en longitude et latitude) et additionné tous ces morceaux. Le volume total a été celui du relief de l'Europe, lequel, divisé par la surlace, lui a donné la hauteur moyenne, qu'il régarde comme fort approximativement égale à 240 mètres. Puis, par des considérations trop longues à rapporter ici, et basées sur cette hypothèse que les hauteurs moyennes des continents sont proportionnelles à celles de leurs points culminants, il arrive aux résultats suivants pour les diverses parties du monde :
Europe . 240 mètres.
Asie 400 —
V Afrique,.: . , .• . . . . . . 400 •— ' ■ y
Amérique N 250 —
Amérique S 550 —
Australie 220 —
La hauteur moyenne de tous les continents serait de 348 mètres. En répartissant uniformément sur toute la surface du globe toute la matière dont ils sont composés, on trouve qu'ils n'en exhausseraient le niveau que de 91 mètres, c'est-à-dire de la soixante et dix millième partie du rayon. Le volume lui-même de tout le relief continental serait de 47 600000 kilomètres cubes, à peu près la 22 700e partie du volume total de la Terre. Comme la densité moyenne des terrains et des roches ne dépasse guère 2,6, tandis que nous avons vu que celle du globe est 5,56, il s'ensuit que la masse des continents, pour toute la partie qui émerge au-dessus du niveau des mers, n'est guère que la cinquante millième partie de la masse terrestre (environ 124 millions de milliards de tonnes).
11 est à peine besoin de dire que tous ces nombres sont
sujets à revision : ce sont des données approchées, dont l'exactitude est encore, en bien des points, fort contestable, mais qui permettent déjà déjuger de l'importance relative des reliefs continentaux comparés à la surface sur laquelle nous les voyons répartis. Il est plus intéressant encore d'insister sur la part qui revient aux massifs de montagnes, aux hauts plateaux, dans l'évaluation qui précède. En effet, ces massifs jouent un rôle des plus importants dans les mouvements de l'atmosphère, quand les masses d'air des couches inférieures se trouvent transportées de l'Océan sur les terres, ou réciproquement, et qu'elles rencontrent des altitudes croissantes ou décroissantes sur leur parcours. îl en résulte des phénomènes de condensation et de dilatation, des changements de direction dans les courants aériens et d'autres phénomènes qui sont l'objet particulier des études du météorologiste.
Alors ce ne sont plus les hauteurs moyennes des continents, mais celles des grandes chaînes qui les traversent et les surfaces qu'occupent leurs massifs, qu'il importe de considérer, ou bien encore leurs distances aux rives des mers voisines avec la pente qui en résulte pour les contrées avoisinantes. Citons, d'après lïumboldt, Arago, Saigey, quelques nombres relatifs à ces données pour l'ancien et pour le nouveau continent.
On vient de voir que l'Europe, considérée dans son ensemble, a une hauteur moyenne de 240 mètres. Si la France était pareillement nivelée, son sol s'élèverait à 269 mètres au-dessus du niveau de la mer; celui de l'Allemagne à 579 mètres, celui de l'Espagne à 711 mètres. On voit par ces chiffres combien chaque région contribue inégalement à l'exhaussement général. La même inégalité se présente quand on étudie le relief de chacune d'elles en détail. Ainsi, tandis que les terres basses de l'Allemagne du nord ne donnent que 97 mètres, l'Allemagne du centre s'élève déjà à 507 mètres, et l'Allemagne du sud, couverte par le massif alpin, aurait 920 mètres de hauteur. C'est dans le Caucase, on le sait, que les cimes atteignent, pour l'Europe, leur point culminant (Elbrouz, 5644 mètres); puis viennent les
Alpes avec le Mont-Blanc el le Mont-Rose (4810 et4G58 mètres) ;
les Pyrénées ne viennent qu'en dernier lieu (Pic Néthou, 5404 mètres). Il est vrai que cette dernière chaîne, qui borne
au nord le plateau élevé de la péninsule ibérique, rachète par l'élévation moyenne de ses crêtes son infériorité vis-à-vis des Alpes au point de vue des sommets. Humboldt évalue à 2457 mètres la hauteur moyenne de la crête des Pyrénées, à 2540 celle des Alpes. On peut voir dans la figure 7 les altitudes comparées de ces chaînes avec celles des Andes et de l'Himalaya, et aussi avec les principaux points culminants des continents des deux mondes1.
Les régions de l'Asie qui contribuent le plus à l'exhaussement de son niveau, sont, dans l'ordre de leur importance orographique : le massif qui part de l'Himalaya pour aboutir au Kouen-Lun, et renferme le Thibel : réparti sur l'Asie entière, il en élèverait le niveau de 110 mètres; la vasle intumescence qui couvre l'Arabie, le Candahar, le Beloutchislan, les Ghatcs, la grande Boukharie, fournirait 58 mètres. Enfin le plateau de la Perse donnerait 24 mètres; les parties montagneuses de la Chine, 25 mètres; les montagnes de l'Asie Mineure, 10 mètres; l'Altaï et l'Oural ne donneraient qu'un exhaussement de 2 mètres. C'est l'Himalaya qui, de tous les massifs montagneux
1. Voici, d'après l'Annuaire du Bureau des Longitudes pour 188i, quelques-uns des sommets les plus élevés des cinq parties du monde :