‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 82 sur 271 · ooo · texte numérisé non relu

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Fig. 125. — Source de l'Arveiron au front de la Mer de Glace.

sées dans les flancs des montagnes, pour se terminer, après un parcours plus ou moins long, par un escarpement généralement abrupt, en un point qu'on nomme le front du glacier. Là, les eaux de fusion qui proviennent soit de la surface, soit de la partie inférieure du glacier, se réunissent le plus souvent en un ruisseau qui sort d'une cavité en forme d'arche, aux magnifiques voûtes d'un blanc bleuâtre constituées par d'énormes blocs de glace. Telle est la source de l'Arveiron , à laquelle donnent naissance les glaciers réunis du Géant, du Léchaud,

du Talèfre et devenus la Mer de Glace, à leur terminaison commune dans la vallée de Chamounix.

Des champs de neige où ils prennent naissance, dans la région et à l'altitude des neiges perpétuelles, les glaciers descendent en suivant tous les contours, toutes les sinuosités de la vallée qu'ils emplissent, s'élargissant quand elle s'élargit, se resserrant quand elle se rétrécit, et recevant comme autant d'affluents les glaciers moins importants des vallées secondaires débouchant dans la vallée principale. Quelquefois deux glaciers d'importance égale se réunissent en une seule masse qui continue son cours jusqu'au front commun. Les dimensions de ces masses, en longueur, en largeur, en épaisseur, sont extrêmement variables d'un glacier à l'autre, même parmi ceux qui appartiennent à la même chaîne1. Quant à la hauteur du point d'arrivée au-dessus du niveau de la mer, elle n'est pas moins variable. Certains glaciers, ordinairement les plus faibles, ne descendent pas jusque dans les vallées inférieures : ce sont les glaciers de sommets. Dans les Alpes, la moyenne altitude des fronts des glaciers dépasse 2000 mètres ; ils descendent donc à 500 ou 600 mètres au plus au-dessous de la ligne des neiges persistantes. Mais les plus considérables se terminent à 1000 ou 1100 mètres au-dessus du niveau de la mer : telle est la Mer de Glace, à 1125 mètres ; tel le glacier des Bossons, à 1100 mètres. Tandis que le front du glacier de l'Aar ne s'abaisse pas au-dessous de 1860 mètres, que celui d'Aletsch est encore à 1566 mètres d'altitude, le glacier de Grindelwald ne dépasse

1. Citons quelques nombres. Les principaux glaciers du massif des Alpes ont des longueurs comprises entre 5 ou G et 24 kilomètres, des largeurs qui atteignent jusqu'à 2 kilomètres. La Mer de Glace s'étend sur 15 kilomètres de long, 1000 à 1200 mètres de large; le Gorner a également un développement de 15 kilomètres; le glacier d'Aletsch ne mesure pas moins de 24 kilomètres, sur une longueur de 1500 à 2000 mètres. Dans l'Himalaya, un glacier, le Biafo, atteint 58 kilomètres. Mais c'est dans les régions polaires arctiques qu'on trouve les plus vastes champs de glace. Le glacier de Humboldt, au nord de la baie deBaffin, débouche dans la mer par un front qui ne mesure pas moins de 111 kilomètres. Le plus considérable des glaciers connus, parait-il, est celui qu'a découvert le docteur américain Hayes, au sud de Goodhaab. De l'Eisblink, d'où part cette prodigieuse masse, elle s'avance, à 60 kilomètres de distance, jusqu'au milieu de la mer, où son extrémité inférieure forme un cap de 22 kilomètres.

Planche VIII.

guère 1000 mètres (1018m), Les glaciers des Pyrénées sont presque tous des glaciers de sommets. Il en est de même des rares glaciers des zones tropicales. Au contraire, quand on s'avance dans les hautes latitudes, on trouve des glaciers dont le pied ne s'élève que fort peu au-dessus de la mer. Tels sont ceux des Alpes Scandinaves; au Spitzberg, au Groenland, c'est au niveau même de l'Océan que viennent déboucher les gigantesques masses glaciaires qui recouvrent presque entièrement le sol de ces régions désolées.

Rarement la surface d'un glacier est unie; le plus souvent elle est sillonnée d'aspérités, de fentes ou de crevasses, tantôt transversales, tantôt longitudinales, tantôt enfin obliques à la direction de l'axe du glacier. En outre, des amas considérables de pierres, de blocs de rochers parfois énormes, sont entassés en longues traînées, soit sur les côtés, soit au milieu, soit à l'extrémité inférieure de la masse de glace. On donne le nom de moraines à ces accumulations de débris qui proviennent manifestement des montagnes avoisinantes : celles des bords du glacier sont les moraines latérales, tandis qu'on réserve la dénomination de moraines tei*minales ou frontales à celles qui s'entassent à son extrémité inférieure. Les moraines centrales se voient sur le milieu d'un glacier formé par la rencontre de deux fleuves de glace, et ne sont autre chose que la réunion des deux moraines latérales appartenant aux rives médianes de chaque affluent. En certains points, des blocs de rochers isolés se trouvent comme suspendus au-dessus d'un piédestal de glace, qui leur donne l'aspect de gigantesques champignons : ce sont les tables des glaciers. Ailleurs se voient des blocs de glaces de formes bizarres, pareils à des tours, à des aiguilles, à des cubes découpés dans la masse : on les connaît sous le nom de séracs. Enfin çà et là des cavités perpendiculaires reçoivent, comme les crevasses, les eaux de fusion du glacier, lesquelles vont se perdre en tournoyant et en grondant dans ces sortes de puits, qu'on nomme les moulins des glaciers.

Tels sont les principaux traits de la physionomie de l'une

clés -plus intéressantes curiosités des paysages alpestres. : Les scènes grandioses que les glaciers déroulent aux yeux des touristes assëzhardis pour en explorer toute l'étendue, offrent un genre de beautés qu'il n'est pas donné à tout le monde de contempler; mais l'homme de science y trouve un attrait non moins puissant, bien que d'un tout autre ordre. C'est en étudiant les glaciers, leur mode de formation: et de développement, les traces qu'ils ont laissées dans maintes régions qu'ils couvraient jadis et d'où ils ont disparu à la! suite des âges, qu'on a recueilli les renseignements les plus précieux sur l'histoire actuelle de la planète et sur celle de son passé. Le physicien, le météorologiste, le géologue ont également contribué à enrichir par leurs observations, leurs expériences, leurs aperçus ingénieux ou profonds, cette branche des sciences physiques et naturelles. Essayons de donner une idée sommaire des résultats obtenus.

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