Structure veinée de la glace des glaciers
ont tant contribué à faire connaître, dans tous ses détails, le mouvement de progression. Voici comment il la résumait : « Un glacier est un fluide imparfait, un corps visqueux, qui est poussé en avant sur des pentes d'une certaine inclinaison, par la pression naturelle qu'exercent ses parties. » Parmi les preuves qu'il donnait à l'appui de ses vues, outre celles qui résultent des lois du mouvement différentiel des bords et du centre, etc., Forbes invoquait le fait de l'accélération de la vitesse de descente pendant l'été, la température plus élevée augmentant naturellement la plasticité de la glace. La structure rubannée ou veinée (fig. 155) qu'on observe à l'intérieur de la masse serait due, selon lui, aux lignes de discontinuité qui proviennent des mouvements inégaux des diverses parties de cette masse, de leurs déplacements mutuels. Nous verrons plus loin quelles modifications ont été apportées à la théorie de la plasticité de la glace par les expériences de Christie, de Faraday et de Tyndall.
Un savant suisse, Scheuchzer (de Zurich), proposa dès 1705 une théorie du mouvement des glaciers, basée sur la dilatation que l'eau subit en se congelant. La glace des glaciers est sillonnée intérieurement de nombreuses fissures qui reçoivent l'eau de fusion de la surface. Au contact de la basse température interne de fa masse, cette eau se congèle, se dilate. La force considérable ainsi développée par l'expansion de la masse entière du glacier tend à pousser ce dernier dans la direction de la moindre résistance ou, en d'autres termes, vers le fond de la vallée. Cette théorie de la dilatation, reprise par de Charpentier, puis adoptée d'abord par Agassiz, fut combattue par Hoplrins, qui, entre autres objections, lui opposa la suivante : c< Le frottement sur son fond d'une masse aussi énorme que celle d'un glacier est si puissant, que la direction verticale serait toujours celle de la résistance moindre, et que, si cette masse venait à se dilater d'une manière considérable, par l'action de la gelée, elle aurait plus de tendance à augmenter son épaisseur qu'à accélérer sa marche descen*
dante1. » Agassiz, à la suite de nombreuses expériences sur la température interne de la glace à des profondeurs de 60 mètres, reconnut que cette température ne descend qu'exceptionnellement à 1 ou 2 degrés au-dessous de zéro, et que la congélation, chaque nuit, de l'eau d'infiltration est improbable. 11 abandonna la théorie de la dilatation.
Forbes, en admettant la plasticité de la glace pour l'explication du mouvement différentiel des glaciers, n'avait point prouvé expérimentalement l'existence de cette propriété, que les recherches de Faraday, de Christie, de Tyndall, de Tresca ont mise hors de doute. Nous avons décrit dans notre quatrième volume le phénomène du regel, et montré comment une masse de glace, comprimée dans un moule, et brisée par cette compression, se ressoude dans ses divers fragments, et finit par prendre la forme même du moule. La glace ainsi obtenue est compacte et ne diffère de celle qui a été employée pour la produire, que par la forme. Pour que l'expérience réussisse, il y a une condition indispensable, c'est que la glace sur laquelle on opère soit de la glace fondante : si sa température était notablement plus basse que celle de la fusion, la pression la transformerait en une poudre blanche, non en une masse compacte et translucide. D'autre part, il est démontré par les expériences de Thomson que la pression abaisse le point de fusion de la glace. En s'appuyant sur ces données de l'expérience, Tyndall a expliqué dans quel sens il fallait entendre les termes de plasticité ou de viscosité que Forbes appliquait à la glace des glaciers. La glace n'est en aucune façon ductile comme sont les corps mous ; sous l'influence d'une force de tension qui tend à écarter ses molécules, elle ne cède point et se brise, si la tension dépasse une certaine limite. C'est ainsi que nous avons vu se produire les différentes sortes de crevasses dans les glaciers. Mais, sous l'influence de la pression, de celle du poids de la masse glaciaire elle-même, la glace se