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TRACES DES ANCIENS GLACIERS

Dans l'époque géologique actuelle, il n'existe en réalité, à la surface du globe terrestre que deux zones glaciaires, à savoir les deux calottes comprises entre les pôles et les deux cercles polaires, arctique et antarctique. Les systèmes glaciaires des Alpes, du Caucase, de l'Himalaya, etc., ne sont que des îlots, des archipels tout au plus, des épaves si l'on peut dire, des continents de glace qui ont recouvert jadis une bonne partie des continents actuels. Nous avons donné à cet égard, dans notre premier volume, des détails auxquels nous renverrons le lecteur. Mais nous insisterons ici sur les témoignages qui ont servi à reconstituer un état de choses aussi différent de celui qui caractérise notre époque, en nous bornant, bien entendu, au côté physique ou météorologique du sujet.

§ 6. TRACES DES ANCIENS GLACIERS : ROCHES STRIÉES ET POLIES ; MORAINES ET BLOCS ERRATIQUES. PROGRÈS ET RECUL DES GLACIERS.

C'est en étudiant les mouvements des glaciers et leurs effets qu'on a recueilli peu à peu les témoignages en question. On a vu plus haut que l'épaisseur de la masse mobile, ce qu'on nomme la puissance d'un glacier, est souvent considérable et peut se compter par centaines de mètres ; on évalue à 400 mètres en moyenne celle du glacier de l'Aar. La pression qu'une telle masse exerce sur le fond rocheux qui la supporte est donc énorme; le frottement continu, répété pendant des siècles, de la glace sur la roche, use, nivelle et polit cette dernière, au point que, comme le dit M. Ch. Martin s, « le poli est souvent aussi parfait que celui des marbres qui ornent nos édifices ». Mais comme, entre la surface inférieure du glacier et les roches du fond, est interposée une couche d'eau mêlée de cailloux, de sable plus ou moins fin, dont les fragments servent au polissage comme les .grains d'une poudre d'émeri, il en résulte que ces roches sont en outre sillonnées de stries rectilignes, dans la direction du mouvement ou de l'axe du glacier. C'est ce qu'il est

aisé de constater lorsqu'on pénètre sous les arcades de glace qui le terminent ou sous les cavernes qui s'ouvrent parfois sur ses bords. Du reste, les roches latérales qui encaissent le lit du glacier sont soumises à une action mécanique semblable et sont également striées et polies. Les stries ainsi burinées sur les parois sont alors à peu près horizontales, c'est-à-dire parallèles à la surface de la glace ; parfois cependant elles se redressent en se rapprochant de la verticale, et cette déviation s'observe précisément aux points où le lit se rétrécit et où la masse du glacier, pour franchir ces passes qui font obstacle à son mouvement, est obligée elle-même de se relever, de sorte que les stries sont toujours en définitive parallèles à la direction du mouvement.

Les roches polies et striées par l'action mécanique des glaciers en mouvement sont celles qui sont assez dures et résistantes pour n'être pas broyées sous l'énorme pression de la masse qu'elles supportent; les autres, réduites en fragments ténus, se mêlent aux eaux, qu'elles rendent boueuses, ainsi que sont ordinairement les eaux des torrents que les glaciers alimentent. C'est d'ailleurs toujours sur leurs faces tournées vers l'amont que les roches sont polies ; vers l'aval , elles conservent leurs aspérités et leurs formes abruptes. De loin, les groupes de roches ainsi arrondies des anciens glaciers prennent l'aspect d'un troupeau de moutons, et c'est là ce qui leur a fait donner le nom de roches moutonnées, sous lequel elles sont connues dans la science.

Voilà donc un premier caractère auquel on peut reconnaître qu'une vallée, aujourd'hui libre, a été recouverte jadis par un glacier. Dans ce cas, les roches latérales de l'ancien lit ainsi que celles qui en formaient le fond sont polies et striées, et la direction commune des stries indique le sens dans lequel se mouvait l'ancien fleuve de glace. L'existence de roches moutonnées offre un témoignage semblable de son action. De même, en suivant les traces si caractéristiques de cette action mécanique dans les vallées des glaciers d'aujourd'hui, on peut se

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