‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 95 sur 271 · BLOCS ERRATIQUES · texte numérisé non relu

BLOCS ERRATIQUES

rendre compte de leur ancienne extension. C'est ainsi que l'on voit aujourd'hui, sur les rochers qui forment le promontoire de l'Angle, sur le côté oriental de la Mer de Glace, les stries burinées par la glace, non seulement entre le glacier et les parois de granité qui l'encaissent, mais à une grande hauteur au-dessus de la surface, à 300 mètres d'élévation, affirme M. Martins. La puissance du glacier était donc jadis incomparablement plus grande qu'aujourd'hui, d'où la conséquence que sa longueur l'était également, puisque les trois dimensions d'un glacier sont entre elles clans une dépendance nécessaire.

Il est un autre caractère non moins authentique soit de l'existence d'un ancien glacier dans une région qui en est aujourd'hui dépourvue, soit de l'extension jadis plus considérable d'un glacier actuel. Ce sont les blocs erratiques. On nomme ainsi les roches qui ont fait partie des moraines latérales, médianes ou terminales, et que dans sa lente et irrésistible progression le fleuve de glace avait charriées loin du point où elles étaient tombées à sa surface, puis déposées sur place, lorsque, par suite de circonstances météorologiques spéciales, la glace qui les portait avait disparu. Nous allons montrer par un exemple comment il n'est pas possible de confondre les blocs des anciennes moraines avec les roches avoisinantes. Nous l'empruntons à l'intéressante et savante étude que M. Ch. Martins a consacrée aux extensions antérieures de la Mer de Glace. A la plus récente de ces extensions, l'a moraine terminale du glacier occupait le point où se trouve actuellement le village de Chamounix, en partie bâti aux dépens des blocs erratiques dont cette moraine était formée. « Où est, dira-t-on, la preuve que les blocs erratiques de la moraine de Chamounix y ont été déposés par la Mer de Glace? N'est-il pas plus naturel de supposer qu'ils sont descendus du Brevent, dont les éboulements continuels menacent sans cesse le village et forment le grand delta incliné dont il occupe l'angle oriental? La réponse est facile. Le Brévent est une montagne de gneiss, et la presque totalité des blocs de la moraine sont de la protogine, espèce de granité

caractéristique qui constitue la masse du Mont-Blanc et celle des aiguilles environnantes. »

Ce qui distingue encore les blocs erratiques déposés par les anciens glaciers des roches qui auraient pu être entraînées loin de leur lieu d'origine par les eaux, ce qui les différencie pareillement des roches qui ont subi l'action des glaciers, c'est qu'ils ont conservé leurs formes abruptes, les angles aigus, les arêtes vives, qu'ils possédaient à l'époque reculée où ils se sont détachés des cimes qui dominent les champs de névé.

Laissant de côté cette question, si intéressante pour l'histoire de la Terre, de l'ancienne extension des glaciers, nous terminerons ce chapitre en disant quelques mots de ce qu'on sait de leurs variations actuelles. C'est le plus souvent en étudiant les phénomènes contemporains, et en recherchant leurs causes, que la science est amenée à découvrir les causes probables des phénomènes antérieurs, quelque longue que soit la durée des temps écoulés depuis l'époque où ils ont eu lieu.

Tous les observateurs qui, dans ce siècle, ont étudié les glaciers des Alpes, s'accordent à reconnaître que leurs dimensions sont sujettes à des variations alternatives ; que tantôt ils avancent dans la vallée où se termine leur extrémité inférieure, tantôt au contraire ils reculent en abandonnant leur moraine frontale. Ces phénomènes de progrès et de recul paraissent se faire simultanément dans le même sens pour tous les glaciers d'une même contrée; mais le plus souvent à une période de progression qui dure plusieurs années succède une période opposée ou de recul non moins longue. c< Depuis dix ans que j'explore les Alpes, disait M. Grad en 18741, presque tous les glaciers sont en décroissance, en Suisse et dans le Tyrol, comme du côté de l'Italie. En 1868, j'ai trouvé le glacier de Rosenlaui à une demilieue en arrière de sa dernière moraine frontale2; à la même

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