LUNETTE TERRESTRE OU LONGUE-VUE
avec le même objectif, d'employer un grossissement aussi fort. La lumière absorbée par le passage à travers deux nouvelles lentilles est la cause de cet affaiblissement, qui n'existe pas dans la lunette de Galilée.
On construit aujourd'hui des lunettes ou longues-vues de toutes dimensions et de puissance extrêmement variée, aussi bien en vue des applications utiles que pour la distraction et l'agrément. Avant l'invention du télégraphe électrique, les employés des télégraphes aériens se servaient, pour distinguer nettement les signaux, de longues-vues dont les objectifs avaient jusqu'à 8 ou 9 centimètres d'ouverture et 2'",50 de dislance focale. Les marins emploient des lunettes semblables, de dimensions moindres cependant, parce que le maniement en serait peu commode à bord ; les Itmettes (le nuit, dont ils font un fréquent usage, sont, soit des lunettes à oculaire simple comme les lunettes astronomiques, soit des lunettes à objectif de grand diamètre, afin de donner le plus possible de lumière et de permettre l'observation des objets dans l'obscurité.
Pour les maisons de campagne, on construit des lunettes plus puissantes, parce qu'on peut les installer à demeure sur des pieds de formes variées; elles sont munies d'un certain nombre d'oculaires, les uns terrestres, les autres astronomiques, de grossissements différents et qui permettent aux gens du monde, aux amateurs d'astronomie, de faire une série assez nombreuse d'observations intéressantes.
Quant aux instruments d'astronomie proprements dits, ils exigent une perfection qui en rend l'acquisition relativement coûteuse. L'objectif principalement demande, outre la pureté de la matière, un travail de taille et de polissage long et difficile, sans lequel la netteté des images et leur achromatisme ne peuvent être obtenus. Aussi est-il nécessaire de les soumettre à des essais suivis, faits par des yeux exercés et accoutumés aux observations célestes. D'ordinaire on les applique à distinguer certains objets célestes d'une observation difficile, à dédoubler quelques étoiles, à reconnaître les détails de struc-
ture, soit de certaines nébuleuses, soit des anneaux de Saturne, à apercevoir nettement les satellites de cette planète. Au contraire, d'autres objets se voient bien dans presque tous les instruments : telle est la Lune, pour laquelle, comme on Ta dit, il n'est point de mauvaise lunette.
Mais il faut se garder des forts grossissements, sauf poui— l^les étoiles ou les nébuleuses. Un grossissement moyen, qu£ i donne beaucoup de clarté et de netteté, est bien préférable an amplifications exagérées, qu'on applique trop souvent aux instruments sans utilité réelle.
§ 4. LES TÉLESCOPES CATADIOPTRIQUES.
Un télescope réflecteur ou catadiop trique, ou plus simple ment, selon l'usage de notre langue, un télescope, diffère de -s^^s lunettes ou télescopes réfracteurs en ceci, que l'objectif est u^ n miroir concave au lieu d'une lentille convergente. Ce miroi Tr donne lieu à la formation d'une image réelle de l'objet, imag — -e qui est située au foyer principal du miroir quand l'objet est ^ une dislance qu'on peut considérer comme infinie. En disptm — sant convenablement un oculaire pour l'examen de cette image, on obtient l'amplification qu'on désire, comme dans la luneltr astronomique.
Celte substitution d'un miroir à la lentille objective avait élé imaginée dès 1616 par Zucchi. Mais c'est à l'astronome anglais Grcgory que revient le mérite de la première application effective, et l'on peut dire de l'invention du télescope. Comme on va le voir plus loin, l'image de l'objet qu'on grossit à l'aide de l'oculaire, est formée après une double réflexion sur un grand miroir, puis sur un petit miroir, tous deux concaves, d'où résulte une assez grande déperdition de lumière. Newton imagina une disposition différente, dans laquelle la réflexion a lieu aussi sur deux miroirs, et enfin William Herschel a supprimé complètement la seconde réflexion dans les télescopes à
LES TÉLESCOPES CATADIOPTRIQUES.
grande ouverture qui portent son nom. Commençons par ce dernier système, le plus simple de tous.
Un miroir concave M disposé au fond du tube de l'instrument reçoit les rayons AB qui émanent de l'objet céleste, et, par la réflexion, donne lieu à la formation d'une image aérienne ou réelle ba, renversée. A l'aide de Toculaire 0 disposé en avant du foyer principal de l'objectif et sur le bord inférieur du tube du télescope, l'œil voit l'image B'A' agrandie, mais toujours renversée, ce qui est sans inconvénient pour les observalions astronomiques.
Cette disposition n'est possible que pour les télescopes dont le miroir a une très grande ouverture. L'image doit se former sur le bord du tube, afin que la tête de l'observateur qui tourne
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Fig. 311. — Principe et disjïosition du télescope fronl-vicw de W. Uerschel.
le dos à la partie du ciel observée, n'intercepte que fort peu de rayons. De là la disposition légèrement inclinée, relativement à l'axe du tuyau, donnée au miroir. Dans un très grand télescope, la porlion de la tête qui empiète sur l'ouverture du tube est une petite fraction de la surface du miroir; il n'en serait point ainsi dans un télescope de faibles dimensions.
Les télescopes de ce système sont connus sous le nom de télescopes front-view, ou à vue de face, que leur avait donné W. Herschel lui-même. Le plus considérable que l'illustre astronome de Slough ait construit sur ce modèle est celui dont la figure 312 donne la vue extérieure. Il n'avait pas moins de 59 pieds 4 pouces anglais de longueur (13 mètres), et le miroir avait un diamètre de 4 pieds 10 pouces (l'",47). a De telles dimensions, dit Arago, sont énormes, comparées à celles des
télescopes exécutés jusque-là. Elles paraîtront cependant très mesquines aux personnes qui ont entendu parler d'un prétendu bal donné dans le télescope de Slough. Les propagateurs de ce bruit populaire avaient confondu l'astronome Herschel avec le brasseur Meux, el un cylindre dans lequel l'homme de la plus petite taille pourrait à peine se tenir debout, avec certains tonneaux en bois, grands comme des maisons, ofi l'on fabrique, où l'on conserve la bière. »
Fig. 512. — Gnind li-lpscopc fi'dnl-vipw de. Vi. HiTschcl, ï robserraloire de Slongh.
Cet immense lôlescope, qui ne pesait pas moins de 20 quintaux anciens, n'était pas facile à mouvoir. Il fallut une combinaison d'ailleurs fort ingénieuse de mâts, de poulies, de cordages pour la manœuvre, qui exigeait le concours continuel de deux bommes de peine, outre l'aide chargé de prendre l'heure à la pendule. D'ailleurs, l'observation avec d'aussi puissants instruments nécessite un ciel d'une grande pureté, sans quoi le grossissement des irrégularités apparentes provenant des réfrac-