‹ Le monde physique (volume 4)Chapitre 49 sur 190 · DÉCOMPOSITION DE LA LUMIÈRE SOLAIRE · texte numérisé non relu

DÉCOMPOSITION DE LA LUMIÈRE SOLAIRE

quelques-uns de ses effets, quand Newton en a découvert la èause et formulé la loi.

Cette dispersion de la lumière blanche par réfraction se manifeste à nous tous les jours par nombre de pfaénoniènes que les anciens connaissaient dès lors certainement comme nousS mais sans en avoir soupçonné la cause. Les pierres précieuses, les diamants, lancent des feux de diverses couleurs, et ce n'est pas une des moindres beautés de la précieuse substance de décomposer, à travers ses facettes, les rayons lumineux. L'arcen-ciel est un phénomène dû à la même cause, comme nous le montrerons dans la description des météores. Il en est de même des couleurs variées dont se teignent les nuages et les couches atmosphériques, à l'instant oii ont lieu lès crépuscules et les aurores. Enfin, dans les vases en verre contenant des liquides transparents, dans les morceaux de verre taillé dont on orne les lustres, on aperçoit dans certaines directions dès franges irisées offrant dans toute leur pureté les couleurs les plus vives.

Si, dans l'intérieur de là chambre obscure, on reçoit directement sur un écran de papier blanc la lumière solaire, après qu'elle a passé par un trou percé dans le volet, l'image du Soleil sur le papier sera, comme on le sait, une tache ronde et blanche. Mais cette lumière blanche n'est pas simple. C'est un composé d'une multitude de couleurs ou de nuances qui sont elles-mêmes autant de couleurs simples. Ce résultat a été mis hors de doute par une suite d'expériences qu'on a variées sous toutes les formes, mais dont la plupart sont dues à Newton. Indiquons les plus concluantes.

i. Sénèque, dans le premier livre de ses Qtteition* naturelleSf s'efforce de chercher une explication de Tarc^n-ciel et de ses couleurs. Au milieu d'une dissertation passablement longue et difruse, on rencontre la mention de faits d'observation qui prouvent qu'à l'époque où écrivait le philosophe romain on connaissait plusieurs effets de la réflexion, de la réfraction et de la dispersion de la lumière, les miroirs concaves, les lentilles, etc. c L'eau qui jtillît d'un tuyau rompu, dit-il quelque part, ne présente-t-elle pas quelque chose de pareil aux couleiurs de l'arc-en-ciel !» Et plus loin : c On fabrique des baguettes de verre cannelées ou 11 plusieurs angles saillants, lesquelles, si elles reçoivent transversalement les ravons du sdeil, présentant les teintes dç l'iris. »

On place sur la route des rayons solaires, après leur passage par le trou rond du volet de la chambre obscure, un prisme triangulaire en flint-glass, par exemple, de manière que ses arêtes soient placées horizontalement et que le faisceau lumineux pénètre obliquement par Tune des faces. Alors on aperçoit sur récran, au lieu de Timage ronde et blanche du Soleil, et à une certaine distance au-dessus du point où elle se formait avant Tinterposition du prisme, une bande allongée^ lumineuse, formée d'une suite de couleurs extrêmement vives : c'est celte bande qu'on nomme le spectre solav'e.

Voici dans quel ordre s'y succèdent les couleurs, quand le prisme a sa base tournée vers le haut ; l'ordre serait inverse si cette base était tournée vers le plancher de la chambre obscure :

A l'extrémité inférieure du spectre est un rouge brillant» vif et plein, auquel succède une teinte orangée, et par grada^tiens insensibles un magnifique jaune-paille. Vient ensuite im vert d'une pureté et d'une intensité remarquables, puis use teinte bleu-vcrdâtre, et, après, une couleur bleue pronoiicée qui se fonce jusqu'à l'indigo. Après l'indigo vient le violett dont la nuance livide termine le spectre. On peut voir dans les planches II et III, figure 1, la suite des couleurs que présente le spectre après la décomposition par le prisme de la lumière blanche du Soleil.

Ainsi un rayon de lumière blanche est bien, comme nous l'avons annoncé, la réunion d'une série de rayons colorés dont nous venons seulement de nommer les principaux ; car la dégradation d'une couleur à la suivante se fait d'une manière

1 . Il importe de remarquer que l'image, primitivement ronde, du Soleil se trouve dilatée dans une direction perpendiculaire si Taréle du prisme interposé. Latéralement, la bande a une largeur égale au diamèti*e de Timage ronde. Si I*on fait varier Tinclinaison du prisme ou rincidence du faisceau, la bande lumineuse et colorée varie de longueur; mab il est une position, celle de la déviation minimum, pour laquelle la dilatation de Timage solaire devrait être nulle, si les rayons qui composent le faisceau avaient tous la même réfrangibilité. Or Newton a fort bien remarqué que, pour cette position du prisme, rallongement de r image persiste aussi bien que la coloration de ses diverses parties.

Page 1