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L'ŒIL ET LA VISION

§ !• DKSGRIFTIOM DK l'oHUANE DK LA VISION CHEZ l'hoMME.

Les phénomènes si nombreux, si variés, que nous venons de décrire, se rapportent tous à la propagation de la lumière dans des milieux différents, et aux modifications qu'elle subit, soit au point de vue de son intensité, soit au point de vue de la coulem*, quand on change les conditions de la route suivie par les rayons lumineux. Nous ne nous sommes pas préoccupé jusqu'ici de la manière dont nos organes se trouvent affectés par tous ces phénomènes, ni de la marche que la lumière suit quand elle cesse pour ainsi dire d'appartenir au monde extérieur pour devenir un phénomène interne.

Comment s'effectue ce passage, par quelle transformation un mouvement vibratoire, tel que celui des ondes de Téther, arrivel-il à produire chez l'homme et les autres animaux la sensation de la vue? Gomment des variations dans la vitesse ou dans l'amplitude des vibrations produisent-elles des variations cor* respondantes dans l'intensité de la lumière et dans les couleurs des corps? Voilà une série de questions que la science est loin d'avoir toutes résolues, et qui d'ailleurs sont plutôt du ressort de la physiologie que de la physique.

Ce que l'on sait, ce que l'observation a permis d'étudier d'une façon positive, c'est la marche des rayons lumineux dans l'œil, depuis l'instant où ils pciiclrent dans l'organe, jusqu'au mo-*

ment où, atteignant les nerfs, Timpression qu'ils y produisent se transmet au cerveau et y détermine la sensation de la vue. Pendant ce trajet, les rayons lumineux obéissent, comme nous allons le voir, aux lois connues de la propagation de la lumière dans des milieux de forme et de densité variables : il ne s'agit que de phénomènes de réfraction simple.

L'œil n'est autre chose qu'une chambre noire dont l'ouverlure est munie en avant d'une fenêtre transparente, en arrièiT d'une lentille, et dont le fond est tapissé par une membrane qui sert d'écrap où viennent se peindre, renversés, les objets extérieurs. Décrivons avec quelques détails cet admirable instrument.

L'œil est, comme on sait, logé dans une cavité du crâne qu'on nomme Vorbite : sa forme est celle d'un globe à peu près sphérique, enveloppé de toutes parts d^me membrane dure, consistante, que sa ressemblance avec la corne a fait nommer cornée. La cornée se divise en deux segments d'inégale étendue; le plus petit, A, placé en avant de l'œil, a une courbure notablement plus prononcée que celle du segment postérieur ; c'esl comme un verre de montre bombé faisant corps avec le bulbe de l'œil. De plus, il est d'une parfaite transparence et incolore, tandis que l'autre segment H est opaque, et sa couleur est d'un blanc légèrement bleuâtre. On les distingue par les noms de coimée transparente et de coimée opaque; celle-ci, constituant ce qu'on nomme vulgairement le blanc de Vœil, n'est pas transparente , mais seulement translucide pour les lumières d'une grande intensité.

Au travers de la cornée transparente, on aperçoit une membrane circulaire, dont la couleur varie selon les personnes ou les races, tantôt grise, tantôt bleu clair ou foncé, tantôt d'un brun jaunâtre. Celte membrane D est Viris, sorte de diaphragme percé à son centre d'une ouverture également circulaire, du moins chez l'homme, ouverture qu'on nomme la pupille. Derrière la pupille, qui est l'ouverture de la chambre noire par laquelle la lumière extérieure pénètre dans l'œil, se

trouve une lentille solide Ë : c'est le cristallin, dont la face antérieure offre une courbure moins prononcée que la surliice interne. Le cristallin divise la cavité de l'œil en deux parties ou chambres de dimensions très inégales, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 218. La chambre antérieure B, comprise entre la cornée transparente et le cristallin, est pleine d'un liquide peu différent de l'eau pure et qui a, à peu près, le même pouvoir réfringent ; on nomme ce liquide Vhutn^r

Fig. 318. — Coupe diamétnle anléro-posléricure de l'tûl hunuin.

aqueuse. Entre le cristallin et le tond de l'œil, se trouve la chambre postérieure, toute remplie d'une substance transparente, incolore, ayant la consistance d'une gelée et un peu plus réfringente que l'eau ; c'est Vhumeur vitrée L.

Un faisceau de lumière qui pénètre dans l'œil traverse donc lu série de milieux réfringents que voici, avant d'arriver au fond de l'organe -: la cornée transparente, l'humeur aqueuse, le cristallin et l'humeur vitrée. Dans chacun de ces milieux, il subit une réfraction particulière, et l'ensemble de ses dévialions est tel, qu'il va former son foyer sur la membrane même

qui tapisse la chambre postérieure de rœil. C'est le moment de dire que toute la surface interne de la cornée opaque ou de la sclérotique j comme on dit en termes danatomie, est l'ecouverte d'une membrane mince, la choroïde h dont la face concave est tapissée d'un pigment noir propre à absorber la lumière*.

Toutes les parties de l'œil que nous venons de décrire sont celles qui concourent à la formation des images des objets ; leurs fonctions sont pour ainsi dire passives. C'est à l'endroit même où se produisent ces images, qu'a lieu l'impression de la lumière sur la partie sensible de l'œil, et voici quelle est la disposition de cette partie qui joue le premier rôle dans le phénomène de la vision. Derrière le globe de l'œil, la choroïde et la cornée opaque sont percées d'un trou circulaire qui donne passage au faisceau des nerfs optiques. Ce faisceau M, en arrivant à l'intérieur de l'œil, s'épanouit et s'étend sur toute la surface de la choroïde, formant une membrane directement en eontacl avec l'humeur vitrée; c'est la rétine K, qui est l'écran, mai^ un écran vivant et sensible, de la chambre noire de l'œil.

A peu de distance du point d'insertion des nerfs optiques, existe sur la rétine une tache de couleur jaunâtre {tnaculu lutea) ({111 a une grande importance dans la vision, puisque c'est toujours sur celte tache jawie que vient se former l'image du point sur lequel nous fixons la vue : c'est le lieu de h vision la plus distincte. L'œil de l'homme et celui du singe sont les seuls dont la rétine possède la tache jaune. Les parties avoisinantes de la rétine sont douées d'une moindre sensibilité et surtout ne jouissent pas, au même degré que la tache jaune, de la faculté de distinguer deux impressions produites en des points très voisins. Il existe en outre un point où cette sensibilité est entièrement nulle : toute la partie du fond de l'œil qui

1. C'est ce même pigment qui enduit l'iris, et dont l'épaisseur plus ou moins gnoiic détermine la couleur plus ou moins foncée des yeux. Les yeux, hletu ou grU clair sool ceux où la couche du pigment est très mince ; la pigmentation plus abondante donne lieu à une couleur de plus en plus foncée, et son absence produit la particularité qui bit désigner les individus ainsi conformés sous le nom (ïalbinos.

correspond à l'enlrée du nerf optique est en effet insensible à la , lumière. C'est ce qu'on nomme la tache aveugle ou le punctum escum. On constate par des expériences très simples l'existence de cette région d'insensibilité de la rétine.

L'une d'elles est due au physicien français Mariotte. Elle consiste à marquer sur un plan vertical , sur un mur par exemple, une série de points tracés à égale distance les uns des autres. Si l'observateur se place en face de la ligne de points, ■et fixe l'un d'eux avec l'œil droit en fermant l'œil gauche, il voit le point fixé nettement et aussi la série des autres, mais d'une manière confuse.

S'éloignant alors du mur, sans cesser de regarder le premier point, il arrive un moment où le second devient invisible, puis

Fig. iW. — Ripérience pennetlani de consister l'insengibilili^ du punrium firnim.

à une distance un peu pins grande il reparaît. C'est ensuite le tour du troisième, puis du quatrième point de disparaître, et il en est succesâivement de même de toute la série. La disparition de chaque point s'effectue toujours au moment oîi la distance de l'œil au mur est à peu près triple (pour certaines vues quadruple) de celle qui sépare le point qui disparaît du premier de la série, de celui que fixe l'œil droit. En opérant avec l'œil gauche il faudrait fixer le dernier point vers la droite.

L'expérience de Mariotte se fait encore de la manière suivante, en se bornant à tracer deux points ou deux cercles.

Sur un fond noir, on place deux petits cercles blancs, ou un cercle blanc et une petite croix blanche, comme le marque la figure 2i9. On ferme l'un des yeux, le gauche par exemple, et avec l'œil droit qu'on place en regard de la croix, on fixe celleci attentivement. Puis on s'éloigne ou l'on s'approche jusqu'à

ce que la distance de l'œil ouvert à la croix soit un peu plus de quatre fois supérieure à l'intenalle de celle-ci au cercle blanc. A ce inoment, le cercle blanc disparaît, le fond noir paraît continu. Il faut avoir soin, pour que l'expérience réussisse, de maintenir bien fixe l'œil qui regarde la croix blanche*.

Il est facile de se rendre compte de la marche des rayons de

lumière qui émanent d'un objet AB, et de la façon dont cet

objet va faire son image sur la rétine. Le système lenticulaire,

composé de la cornée transparente et du cristallin séparés par

l'humeur aqueuse, a pour centre optique un point 0, situé un

peu en arrière du crislallin (lïg. 220). Si l'on mène les axes

secondaires AO, BO, c'est sur leur prolongement, et au point

oit ils rencontrent la rétine, que

convei^ent les faisceaux émanés

des points A et B; les points

intermédiaires formeront leurs

images entre les points a et b.

L'image ba de l'objet sera donc

renversée. Ce résultat est une

des conséquences des lois de la

réfraction et de la marche des

rayons dans les lentilles ; mais on a pu le constater directement

par l'observation. Ainsi, en prenant l'œil d'un animal qui vient

de mourir, et en le débarrassant extérieurement des couches

de graisse dont le bulbe est enveloppé , on peut amincir la

cornée opaque, à sa partie postérieure, de façon à la rendre

translucide. L'œil ainsi préparé et exposé à la lumière du jour

t . IlelmholU décrit ainsi un procédé qui pcrmel 1 chacuD de délemiiKr bcileni 'ni U Tonne et le* dimension! apparentes du pundum cacum ; ■ On donne I r<Hl, dit-il, usr poiilion 6ie, ï R ou IS pouces au-dessui d'une feuille de papier blaoc tar laqneUe on ■ marqué une petite craii serrant de point l'c fixation. Puis on promène tur le papier, dan* la projection du punctum cxcum. la pointe, trempée dans l'encre, d'uoe plume Uancbc «■ du moins peu foDcée : la pointe noir« disparaît; éloignant la plume tuccctsiiaDenl, srioa diiïérenlet direclioni, on marque k chaque fois le point où elle commence k deieoir TÎsible... . Pour désigner b grandeur «(trente que la tache aveugle occupe dam l« champ virael, nous dirons que onie pleines lunes pourraient s'y ranger k la file sans «MpMMer son diamètre, et qu^ une distance de 6 ï 1 pieds, une Ggure humaine peut <f dispanfm en entier. > (Optique phtftiologûpK.)

laisse voir par transparence l'image très petite et très nette des objets extérieurs. On peut aussi voir Timage renversée d'une bougie à travers la cornée des animaux albinos, cornée que Tabsence de pigmentum colorant rend naturellement translucide.

Nous avons dit que Tiris joue le rôle d'un diaphragme qui ne laisse pénétrer dans l'œil que les cônes de lumière ayant pour base l'ouverture de la pupille. Mais l'iris peut se contracter ou se dilater spontanément, de manière à rétrécir ou au contraire à agrandir la pupille. Ce mouvement automatique se produit dans le premier sens, quand l'éclat de la lumière reçue par Toeil augmente; il se fait en sens contraire, si cet éclat diminue. Même chose arrive quand Tœil regarde des objets situés à des dislances difiérentes : la pupille s'élargit pour les objets éloignés et se rétrécit pour les objets rapprochés de l'œil. Regardez votre œil même dans un miroir que vous tenez à la main à une certaine distance, et examinez les dimensions de votre pupille; puis, rapprochez rapidement le miroir sans cesser de fixer la pupille, vous verrez celle-ci se rétrécir lentement.

L'œil étant assimilé à un système de lentilles, il peut paraître singulier qu'il serve à voir nettement tant d'objets situés à des distances si différentes. Il n'est pas douteux que, pour que la vision soit distincte, l'objet doive faire son image nette sur la rétine même. Il faut donc, quand la distance change, que le foyer puisse changer aussi, de manière à coïncider toujours avec la surface de la membrane nerveuse. En effet, si l'image nette d'un point lumineux se fait, soit en avant, soit en arrière de la rétine, il arrive ce qu'on observe à l'aide d'une lentille convergente quand on reçoit l'image en avant ou en arrière du foyer correspondant; au lieu d'un point net, on aperçoit un cercle diffus. Il résulte de là que « nous ne pouvons pas voir distinctement en même temps des objets situés à différentes distances de l'œil ». Pour se convaincre de ce fait, dit Helmholtz, qu'on tienne à environ six pouces de l'œil un voile ou tout autre tissu transparent; et plus loin, à une distance d'environ deux

pieds, qu*on mette un livre. En fermant un œil pour simplifier Texpérience^on s'assure aisément qu'on est maître de regardera volonté tantôt les fils du voile, tantôt les lettres du livre, et de les voir nettement, mais que les lettres deviennent coufiises lorsqu'on regarde les fils du voile, et que, pendant qu*on regarde les lettres, le voile n'apparaît plus que comme un obscurcissement léger et uniforme du champ visuel. Si, sans changer la direction de Foeil, on examine tantôt l'objet rapproché, tantôt l'objet éloigné, on remarque qu'à chacune de ces alternatives, l'œil fait un effort pour opérer le changement. » {Optique physiologique.) C'est ce fait qu'on exprime en disant que l'œil s'accommode aux distances. Mais à l'aide de quel mécanisme l'œil conserve-t-il de celte façon sa propriété de distinguer nettement les objets? Gomment, en un mot, se fait V accommodation? Pour les petites distances le rétrécissement de la pupille, pour les grandes un changement dans la forme du cristallin qui diminue son pouvoir convergent, tels sont les deux mouvements soumis à notre volonté, mais aussi se faisant sans que nous en ayons conscience, à l'aide desquels les physiciens expliquent l'adaptation dont il s'agit.

Il y a une limite inférieure à la distance des objets que nous cherchons à voir nettement : c'est la limite de la vision distincte ou encore le punctum proximum, qui varie selon les l^es, entre 15 à 20 centimètres. Le point le plus éloigné {punctum remh tum ou mieux rem^tissimum) auquel puisse se faire l'accommodation est à l'infini pour certains yeux ; pour d'autres, il n'en est pas ainsi, et la vision des objets éloignés ne peut avoir lieu pour eux que par le secours de lunettes.

Quand les muscles de l'œil sont à l'état de repos, ou, si l'on veut, lorsqu'il n'y a aucun effort d'accommodation, la vision distincte est celle qui correspond au punctum remotum : les yeux pour lesquels ce point est à l'infini sont les yeux normaux on emmétropes \

i. f{A{jLtTpo;, daru la mesure, et &^, ml. Il 8*agit ici seulement de la vision distincte; car ni) œil emmétrope peut avoir des défauts à d'autres points de rue.

Les yeux pour lesquels le punctum remotum n'est pas à une dislance infinie , ne peuvent s'accommoder pour des objets dont la distance est plus grande que celle de ce point. On les dit brachymétropes ou myopes. Ils ne peuvent réunir sur la rétine que les faisceaux lumineux qui sont divergents à leur point d'incidence.

On donne encore le nom d'hypermétropes aux yeux dont la distance focale surpasse celle du cristallin à la rétine, de sorte qu'ils ne peuvent voir distinctement sans un eflbrt fatigant d'accommodation les objets même les plus éloignés : la vision u'cst nette pour eux à aucune dislance.

Enfin la conformation de l'œil peut être telle, que la limite

Fig. m. — Fomution du l'Jnugc à*a% l'œil Fig- 333. — Fonnalioii de l'inuge dautl'œil d'uD presbjte. d'un mjope.

inférieure de la vision distincte soit beaucoup plus grande que celle dont nous avons parler plus liant. Cette alfection, qui se rencontre surtout chez les vieillards, les oblige à tenir un livre très éloigné pour pouvoir lire sans confusion. Gela tient à ce que l'image va se former au delà de la rétine (fig. 2til), de sorte que, la convei^ence des rayons émanés d'un point lumineux n'ayant pas lieu sur cette membrane, il y a impression confuse. En éloignant l'objet, le foyer se i-approche et la vision devient distincte. Les personnes afleclées de ce défaut de la vue sont les presbytes. On attribue le presbytisme soit à la diminution du cristallin, soit à une rigidité qui ne lui permet paa de s'adapter aux petites distances, soit enfin à un aplatissement du globe de l'œil, d'avant en arrière.

Les myopes ont un défaut opposé. La dislance de la vision

distincte est beaucoup plus courte pour eux que pour les vues normales ; et à de grandes distances, la vision est toujours confuse. Gela vient de ce que, pour des raisons opposées à celles qui produisent le presbytisme, le foyer ou Timage d'un point lumineux se forme en avant de la rétine (fig. 222). La trop grande convexité du cristallin, rallongement du globe de Tœil sont les causes les plus ordinaires de la myopie. C'est un défaut qui s'acquiert par l'habitude : les personnes que leurs occupations obligent à regarder de près de petits objets, comme les gens de lettres et de bureau, sont fréquemment atteintes de cette infirmité de la vue.

L'œil n'est pas achromatique, comme on l'avait cru d'abord; mais la dispersion qui se produit dans ses divers milieux est presque insensible.

Nombre de physiciens se sont demandé pourquoi, les images des objets étant renversées sur la rétine, nous voyons ceux-ci dans leurs positions réelles, c'estrà-dirc droits. Pour expliquer cette singularité apparente, on a fait des hypothèses plus ou moins ingénieuses, mais qui, selon nous, n'ont pas de sens, attendu que la question elle-même ne signifie rien. D'abord, l'image peinte sur la rétine n'est pas pour nous un objet que nous examinons comme si nous possédions encore un œil derrière la rétine. A la vérité, les objets extérieurs et nousméme, notre propre corps, sont vus par nous dans leurs positions relatives exactes : c'est tout ce qu'il faut, et, quand nous disons que nous voyons un objet, un arbre par exemple, droit et non renversé, cela signifie simplement que sa tête et ses pieds nous semblent, la première, s'élever dans l'air, Tautre toucher au sol, absolument dans le même sens que notre propre tète et nos pieds dans notre position normale. Si, par une disposition particulière de notre œil, analogue à celle de certaines lunettes, les images se faisaient droites sur la rétine, il ne nous parait pas douteux que notre perception n'en serait nullement changée: pour qu'il en fût autrement, il faudrait qu'il y eût exception pour l'image de notre corps, ce qui est hors de supposition.

. § 2. PERSISTANCE DE l'dIPRBSSION LUMINeUSE.

L'impression de la lumière sur la rétine, la sensation qui en résulte ne cessent pas instantanément, aussitôt que la cause qui leur donne naissance cesse d*agir. En un mot, Faction de la lumière peut être excessivement courte ; mais la sensation persiste pendant un certain temps dont la durée dépend à la fois

deTintensité de la lumière et de Tétat de fatigue de Toeil.

Les faits qui prouvent cette persistance sont d'une observation facile. Citons-en quelques-uns.

Quand on jette les yeux sur un objet très brillant, très lumineux, sur le Soleil par exemple, puis qu'on les ferme brusquement, ou, ce qui revient au même, qu'on les porte sur un fond sombre, on voit encore quelque temps l'image brillante du disque. Cette image positive s'affaiblit rapidement et disparait pour faire place à d'autres images accidentelles dont plus loin nous dirons un mot. Il n'est pas nécessaire que l'objet qu'on fixe ait une lumière aussi intense. Ainsi, en regardant de l'intérieur d'une chambre la lumière diffuse du jour venant par une fenêtre, puis fermant brusquement les yeux, on voit persister nettement l'image des rectangles lumineux formés par les vitres, découpés par les lignes sombres de la croisée.

Cette persistance de l'impression lumineuse se constate aisément d'une autre manière. On n'a qu'à faire mouvoir rapidement un point brillant, l'extrémité d'une baguette embrasée, pour que l'œil voie, au lieu d'une suite de points lumineux isolés, un seul trait de feu continu. Ce trait se change en un cercle, en une courbe quelconque, si l'on fait tourner en cercle le bout de la baguette, ou si on lui fait décrire la courbe en question. Les traînées lumineuses des fusées dans les feux d'artifice, celles des étoiles filantes, sont dues en grande partie à la durée de l'impression de la lumière sur la rétine ; nous disons en grande partie, afin que l'on ne confonde pas le trait de feu

avec la traînée, quelquefois persistante et probablement matérielle, qu'on observe après la disparition de certains bolides. Le même phénomène s'obtient si, le point lumineux restant immobile, c'est un miroir reflétant son image qui reçoit le mouvement. Nous avons vu Lissajous combiner les réflexions sur deux miroirs à angle droit pour étudier les vibrations des deux diapasons, et pour comparer les hauteurs des sons que ces diapasons produisent. Les courbes optiques ainsi obtenues sont évidemment dues à la persistance des impressions lumineuses successives. Déjà Wheatstone, dans le kaléidophme. îivait tiré parti de celte persistance pour étudier les mouvements vibratoires d'une verge, à l'extrémité de laquelle était fixée une petite perle de verre : le point lumineux formé par la réflexion de la lumière du jour ou de celle d'une lampe sur ce miroir sphérique se convertissait en courbes continues dont les sinuosités marquaient les variations de position ou l'oscillation de la tige. C'est encore la persistance des impressions lumineuses qui nous fait voir renflée en son milieu une corde vibrante, et nous empêche de distinguer les rais d'une roue en mouvement, dès que la rotation est devenue assez rapide pour que la sensation soit continue.

On })eut délinir les faits que nous venons de décrire sommairement, en disant, comme Helmholtz, que « des impressions lumineuses j'épétées avec une rapidité suflisante produisent le même elfet sur l'œil qu'un éclairage continu ». Cela est vrai de la lumière considéiée au point de vue non seulement de l'intensité, mais aussi de la couleur. L'expérience du disque rotatif telle que l'a faite Newton, et que nous l'avons rapportée au chapitre vu, page 162, montre clairement comment les sensations successives de couleurs différentes se superposent, ou mieux se mélangent, quand la succession est assez rapide, et produisent la sensation unique d'une couleur qui est la synthèse des couleurs composantes.

On a cherché à évaluer la durée de la persistance lumineuse. D'Arcy, au siècle dernier, Aimé, dans celui-ci. puis Plateau

ont fait, par des procédés divers, des séries d'expériences à ce sujet. Le premier de ces physiciens avait trouvé 0%13 pour cette durée. La méthode d'Aimé consistait à faire tourner en sens contraire deux disques montés sur le même axe, dont l'un était percé sur son contour de plusieurs ouvertures étroites, équidistantes et égales, tandis que le second disque n'en avait qu'une. Tant que la rotation est lente, on ne voit à la fois qu'une fenêtre lumineuse, quand l'ouverture unique du second disque passe devant l'une des autres. Mais si le mouvement est assez rapide, on voit deux, trois, quatre ouvertures lumineuses à la fois. Cela arrive dès que la durée de l'impression dépasse le temps qui s'écoule entre deux, trois, quatre coïncidences des ouvertures. On a pu ainsi mesurer cette durée en constatant la vitesse de rotation, et étudier en outre diverses circonstances du phénomène.

C'est ainsi que Plateau a montré qu'il faut un certain temps à la lumière pour que la sensation soit complète et atteigne son maximum, et que ce maximum dure, avant de décroître, d'autant plus que l'impression est plus faible. En outre, la durée totale de l'impression va en croissant avec l'intensité de la lumière; elle est en moyenne de 0*,84.

En faisant tourner à la lumière du jour un disque de carton divisé en 24 secteurs alternativement blancs et noirs, ou encore blancs et colorés. Plateau a reconnu que la vitesse de rotation nécessaire pour obtenir sur le disque une teinte grise ou colorée uniforme dépend de l'intensité de la lumière, et dépend également de l'espèce de couleur qui recouvre les secteurs colorés. La teinte reste la même, si la proportion entre la surface des secteurs blancs et celle des secteurs noirs ou colorés reste constante. C'est ce qu'on démontre à l'aide du disque rotatif de la figure 223, où la surface du cercle est partagée en trois zones diversement divisées : la zone centrale, formée d'un demi-cercle blanc et d'un demi-cercle noir, donne le même gris que la zone suivante oii la surface est divisée en quatre segments, et que l'anneau extérieur divisé en huit parties alter-

kOk LE MONDE PHYSIQUE.

nativement blanches cl noires. Seulement la vitesse de rolaiion nécessaire pour rendre chaque zone uniforme va en croissant du contour du disque au centre. Six révolutions par seconde sufBsent pour qu'on obtienne l'uniformité de l'anneau exteine; il en faut douze pour l'anneau intermédiaire et vingt-quatre pour le cercle central. Quand cette vitesse est sufGsante pour ce dernier, tout le disque parait uniformément teinté. Au contraire, comme Plateau l'a remarqué, si le nombre des secteurs reste le même, on peut changer le rapport de laideur des secleurs blancs et des secteurs noirs sans que la vitesse nécessaire pour runiformilé change. On s'en assure avec un disque disposé comme le second cercle de la figure 223, oij les secteurs blancs vont en s'élai^issant du centre à la circonférence.

Fig. 333. — Disques roblifs ; cipériences sur b persistaoce des impreasii

Lorsqu'un corps se meut avec une certaine rapidité, l'œil ne peut en distinguer nettement ni la forme ni les détails. 11 faudrait pour cela que l'axe optique pût se déplacer aussi vite que l'objet, afin que l'image de ce dernier vînt toujours se former aux mêmes points de la rétine. Gomme cela est généralement imnossible, c'est cette image même qui se déplace sur le fond rétinien, et comme la persistance de l'impression existe p(mr chacun des points où elle se forme, il y a superposition et dès lors confusion des différentes parties de l'objet. L'exemple le plus simple de cette confusion est celui des. rais. d'une roue en mouvement.

Hais quand la lumière qui éclaire et fait voir l'objet en mouvement, ne dure qu'un temps très court, lorsqu'elle le frappe

pour ainsi dire instantanément, de manière que le déplacement du corps pendant ce temps soit insensible, alors il ne se forme qu'une image, et la persistance de l'impression fait voir nettement le corps : il semble alors immobile, comme si on l'eût arrêté brusquement au moment précis où l'a frappé le rayon lumineux. C'est une circonstance qui se présente dans les orages nocturnes. La durée de l'éclair est alors si courte et en même temps sa lumière est si vive, que le paysage est vu avec une grande netteté, et qu'un objet en mouvement, un train de chemin de fer, par exemple, apparaît en repos, bien qu'il soit lancé à toute vapeur.

Un phénomène singulier, facile d'ailleurs à expliquer, est cehii qui se produit lorsqu'on fait tourner sur le même axe, avec des vitesses égales mais de sens contraire, deux roues ayant un même nombre de rais : on aperçoit alors une roue immobile ayant un nombre de rais double. Cette apparence est due à la coïncidence des rais et à la superposition des impressions causées par chacune d'elles. Si l'on suppose qu'une des roues soient en repos, ces coïncidences seront à chaque tour en même nombre que les rais; elles seront évidemment deux fois plus nombreuses si les deux roues tournent ensemble en sens opposés. Mais s'il y avait une différence de vitesse, on verrait les lieux de coïncidence se déplacer : la roue semblerait tourner lentement.

Il nous reste à dire un mot des images accidentelles. Nous avons mentionné déjà celles qui se forment lorsque l'œil, après avoir observé un objet lumineux, est fermé brusquement ou se détourne sur un fond sombre : l'image est alors lumineuse comme Tobjet, et pour cette raison on la nomme positive. Mais si l'on contemple fixement, pendant un temps suffisamment long, trente ou quarante secondes par exemple selon l'intensité de la lumière, un objet lumineux, une fenêtre par où pénètre la lumière du jour ; si ensuite on porte les yeux sur un mur clair, sur le plafond, alors l'image accidentelle qui se forme est négative : la croisée apparaît comme une croix blanche se déta-

chant îjiir dr> carrr-aux siiinbres. C#'S images accidentelles |wysistfînt quelquefois assez longtemps ; elles se voient encore si Ton ferme les yeux. D'après certains physiologistes, elles sont dues à rétat de fatigue qu'ont suLi les points de la rétine où la lumière a agi avec le plus de force ; au contraire, les )>oints où s'est faite l'image des parties sombres a subi une exciUitiou moindre. Quand l'œil se porte ensuite sur une autre surface, la sensibilité est moindre dans les premiers points que dans les autres ; la lumière v est moins vive, et il en résulte une imm^ négative de l'objet primitivement contemplé. Cette explication est insuffisante, et celle qu'a donnée Plateau parait plus satisfaisante et plus complète : selon lui, la rétine impressionnée ne vient pas instantanément à l'état de repos : elle oscille enlro deux états opposés, entre deux impressions contraires qui fonl succéder le noir au blanc, et à une couleur quelconque ou complémentaire; mais en quoi consistent ces états opposés de la rétine, c'est une question qui ne nous semble pas résolue.

Les images accidentelles, tant positives que négatives, se déplacent avec l'axe optique, de sorte que leur situation apparente dans le champ visuel coïncide toujours avec le point de la rétine qui a reçu l'impression première, avec la tache jaune, si la vision a été directe et distincte.

Nous décrirons, dans la deuxième partie de la Lumière, quelques applications intéressantes du phénomène de la persistance des impressions lumineuses.

Quand on regarde à distance un corps très lumineux se détachant sur un fond sombre ou noir, l'image paraît empiéter sur le fond. On s'assure de ce fait par une expérience fort simple que voici. On dessine deux figures égales, deux carrés ou deux cercles par exemple (fig. 224), l'un noir sur fond blanc et l'autre blanc sur fond noir, et on les place l'un à côté de l'autre en les éclairant d'une vive lumière. Le cercle blanc paraîtra sensiblement plus grand que le cercle noir. Ce phénomène est ce qu'on nomme irradiation.

H se manifeste sous des- apparences très variées. Au devant (le la flamme d'une bougie {fig. 225), interposons une règle noire qui coupe l'image de la flamme; on verra celle-ci déborder l'arête de la règle et former au dedans une échancrure lumineuse. Quand la Lune est entre la conjonction et le pre-

mier ou le dernier quartiei*, que sa partie lumineuse a la l'orme

(l'un croissant et que le reste du disque est visible par la

lumière cendrée, il semble (|ue les deux segments lunaires

n'appartiennent pas au même

l'ercle : le contour du croissant

iléborde l'autre. Pendant les

(îclipses totales de Soleil, au

moment où le disque lunaire

masque entièrement la lumière

éblouissante de l'astre, on aper- ^. „„. , ,. . c ^

' Fi;;. SSa, — liniilialion. Ichancruri!

Çoit des masses lumineuses apparent àe. l'arêlP d'une rèjilc.

rougeâtres connues des astronomes sous le nom de protubérances; elles reposent par leur hase sur le contour sombre de la Lune, mais, comme le montre la figure 226, elles empiètent sur ce contour. L'effet est absolument pareil à celui de l'irradiation.

C'est encore le même phénomène qui fait paraître brisées les ligties de séjmration d'un damier o\\ d'un assemblage de carrés.

de rectangles alternativement blancs ou noirs (fig. 227), et qui donne à uu ensemble de cercles tangents comme ceux de la iigure 252 l'apparence d'une série de figures hexagonales. Mais quelle est la cause'de l'irradiation? Les uns, comme

Fig. 336. — Les protubérances solaires pendanl une éclipse totale île Soleil (éclipse du 33 décenibi'e 1870).

M. Plaloau, l'atlribueiit à une continuation de l'inipressinii 4' la rétine au delà du contour d'une image intense. D'autres, comme M. Trouessart, admettent qu'il se forme des images

Fig. 337. — Eftels d'irradiation.

multiples empiétant les unes sur les autres. L'une et l'autre de ces théories considèrent l'irradiation comme un phénomène subjectif dépendant de la sensibilité de la rétine, ou de ceriainâ accidents qui se ti'ouveiit dans les milieux de l'œil. Il y a uoe

difficulté toutefois : c'est que certains des phénomènes en question (comme Tirradiation des protubérances dans les éclipses) ont été obtenus objectivement et se voient sur les épreuves photographiques. Il faudrait donc admettre qu'il y a, dans les lunettes ou dans les plaques sensibles employées par les photographes une disposition ou propriété précisément analogue à celles qu'on suppose exister daiis nos organes \

g 3. ILLUSIONS d'optique.

11 y a des circonstances où TcBil, même sain et normal, voit les objets autrement qu'ils ne sont en réalité; on donne le nom iïilItLsions d'optique aux fausses apparences que présentent alors les images.

Plusieurs des phénomènes décrits dans le paragraphe qui précède pourraient, d'après cette définition, être considérés comme des illusions d'optique. Les efiets de la persistance lumineuse, les images accidentelles, l'irradiation, seraient dans ce cas. La difficulté est de distinguer nettement ce qui dépend de la sensation même et ce qui n'est qu'une affaire de jugement. Il peut arriver et il arrive en effet que certaines sensations visuelles ne correspondent point à des objets réels : par exemple une secousse, un coup sur le globe de l'œil produit une sensation de lumière, bien qu'aucun objet lumineux ne se trouve en présence. Dans d'autres cas, la sensation est bien déterminée par une impression extérieure, et l'image sur la rétine est bien telle qu'elle doit être pour un œil normalement

i. D'après M. Le Roux, le phénomène de rirradittion serait « spécial au champ de la vision indistincte; il augmente à mesure qu'on s'éloigne de la fwea centralU; pour cette portion de la rétine , les phénomènes d'irradiation, tels que les décrivent les auteurs, n'existent pas ; pour elle il n'y a d'autre irradiation que celle qui provient des limites de l'acuité de la vision ; pour le champ de la vision indistincte , l'irradiation est encore une question d'acuité de vision ; elle s'explique physiologiquement par l'espacement progressif des éléments sensibles de la rétine lorsqu'on s'éloigne de la fovea centraliê^ lieu de leur maximum de concentration. » (Voyez les Comptes rendus de V Académie des sciences pour 1873.)

conlbi'iné ; cependant nuus portons un jugeineut erroné, une appréciation fausse, dont il reste, en chaque cas, à rechercher la cause : ce qui n'est pas toujours facile.

Et d'abord, que doit-on entendre par ces mots : vmr h clioses comme elles sontY

Le sens de la vue, comme nos autres sens, exige une éducation préalable, qui se fait instinctivement pour la plujiurl d'entre nous, à une époque de la vie où nous sommes inc4i|ialiles de nous rendre compte des acquisitions successives, fniils d'une observation et (I'hiic expérimentation pour ainsi dire inconscientes. Peii ï peu cependant, sous le contrôle continu de nos autres sens, nous apprenons à jujrer de la forme des objels.

de leurs couleurs, de leur position, de leurs dïnifusiuns et de leurs distaiici'ï.

à saisir le relief ou la solidité de chacun d'eux. Quand Fig. 228. - Illusion d-opiiqoc. ç^i^ éducatiou cst aussi

complète et parfaite que |K)ssiblc, et que d'ailleurs nous ne sommes point atteints de défauts dans la conformation de nos organes visuels, dans la sensibilité de la rétine, chose plus rare qu'on ne pense, aloi-s nous disons que nous voyons les objets tels qu'ils soot en réalité. Cependant, môme dans celte hypothèse, les objels peuvent se présenter de telle façon que notre jugement m soit pas conforme à cette réalité, que la sensation nous sembli' autre que ce qu'elle devrait être, ainsi qu'un contrôle facile permet de s'en assurer.

Par exemple, habituellement, à la vue de lignes droile^ (racées géométriquement, nous reconnaissons très prom)'ltmcnl leurs directions vraies, leurs positions relatives exactes.

Or à IVxamen de la figure 228, formée d'un large trait noir et do deux lignes parallèles plus fines a elb qui le coupent suivant un angle aigu, Tœil croit que la ligne b se prolonge suivant la lignée; il n'en est rien cependant, ainsi qu'on peut le constater aisément. Cette erreur de jugement sur la direction

Fig. 329. — Illusion d'optique : apparente divergence do lignes parallèles.

(les ligues n*esl pas moiqs forte, quand on donne une moindre é|)aisseur au trait noir traversé par la ligne mince.

Un autre genre d'illusion est celui que prosentent les ligures 229 et 250. Deux lignes parallèles sont coupées par des obliques extérieures dirigées de chaque côté en sens contraire.

Fig. S30. — Apparente divergence de lignes parallèles.

Cette disposition suffit pour nous empêcher de reconnaître le parallélisme des lignes. Il semble qu'elles convergent vers une direction opposée à celle oii iraient se réunir les obliques qui les rencontrent. Dans la figure 231, l'illusion est d'autant plus frappante que les effets des deux premières s'ajoutent. Les bandes noires verticales semblent donc alternativement convergentes et divergentes. De plus, les traits qui les coupent, bien qu'ils traversent les bandes en ligne droite, ne sont pas en

apparence dans le prolongement les uns des autres; l'elTet est celui de l'illuEion optique représentée dans la lîgure 228.

La raison de ces fausses apparences n'est pas aisée à trouver. On a invoqué l'irradiation, puis les mouvements involontaires de l'œil ; d'après Helmhoitz, en fixant un point précis du dessin, les illusions disparaissent : ce qui est exact sans doute pour réminent physicien, mais ne l'est pas pour d'autres vues.

Oîi l'irradiation joue certainement un rAle, c'est dans la

fig. 331. — ConTergRQce et ditergencc allenutives de lignes pirallèles.

Fig. 333. — Pomie hexagonale apparente de cercles tingenU : efTet d'imdialjon.

manière dont on voit une série de cercles tangents, soit que c«s cercles se détachent en blanc sur un fond noir, soit qu'au contraire ils soient noirs sur fond blanc. Dans les deux cas, on croit voir des hexagones et non des cercles; tantôt ce sont les cercles blancs qui paraissent par leur empiétement détruire les espaces noirs ; tantôt ce sont au contraire les intervalles blancs qui rétrécissent les cercles noirs, et comme l'efTel se produit autour des six points de tangence, il en résulte pour les cercles l'apparente forme hexagonale de ces derniers. M. A. Nachet, dans la Nature (n' 90 du 20 février 1875), signale cette illusion comme ayant trompé les naturalistes qui observaient au micro-

scope les stries de certaines diatomées, et qui .ont cm voir des hexagones là où, en réalité, il n'y a que des cercles ou mieux des hémisphères.

Des illusions optiques qui se rapportent à la direction des lignes, à la forme des figures, on peut passer à celles qui regardent les dimensions des objets. Une ligne divisée parait généralement plus longue qu'une ligne égale sur laquelle l'œil n'a aucun point de repère. De là vient que si l'on regarde un carré formé de traits équidistants, il prend l'aspect d'un rectangle dont la plus grande dimension est celle qui est divisée. Un objet divisé par des lignes horizontales semble perdre de sa hauteur. Au contraire, il parait plus élevé s'il est divisé par des lignes verticales. Un faisceau de colonnettes minces paraitra plus haut qu'une colonne unique qui aurait même hauteur et aussi même largeur que le faisceau. C'est là une des raisons qui donnent aux nefs des églises gothiques une élévation apparente considérable : une voûte de môme hauteur, dans un édifice d'architecture romane ou grecque, paraitra plus écrasée^.

La lente et progressive éducation du sens de la vue nous permet de juger, avec une exactitude qui varie d'ailleurs selon les individus, des dislances réelles et relatives des objets et de leurs dimensions réelles, que nous rapportons du reste généralement aux distances présumées. Nous verrons plus loin que cette appréciation des distances est liée à une autre impression qu'on nomme Vimpression du relief, laquelle tient à la vision simultanée des deux yeux. En décrivant les instruments nommés slé-réoscopeSj nous reviendrons sur ce sujet. Mais nous ne terminerons pas ce paragraphe sans rappeler une illusion que tout le monde a éprouvée : c'est celle qui nous fait paraître les objets célestes plus grands à l'horizon qu'au zénith ou qu'à toute autre altitude. Le disque du Soleil à son lever et à son coucher, celui de la Lune dans les mêmes circonstances sont notablement

1 . Dans un ordre dîfTérent de considérations esthétiipies, on sait que les yôtements rayés horiiontalement couTiennent aux personnes de haute taille et de peu d'embonpoint ; les étoffes rayées Terticalement aux personnes petites et corpulentes. On peut faire l'application de ces faits d'obserration à bien d'autres cas.

k\k LE MONDE PHYSIQUE.

|j|nsfïr(>sù riiorîzfni qu'au inériilien' : il fii osl do même ilc^ coiislellations. Quand 1p quadrilaU're d'Orion se lùve, il [Kirail immense en comparaison de l'aspect qu'il présente à l'instanl de sa culminalion.

L'illusion est évidenlc. Les explications qu'on en a doiniéi's sont moins concluantes. Elles se réduisent à deux : les uns ont attribué le phénomène à la forme apparente de la voùle céleste, forme qui n'est pas liéinispliérique, mais plutôt ellipsoïdale on

Fig. 333. — Expiirience d'asligmalismi;.

surbaissée, dès lors moins élevée au-dessus de nos télés ipiii l'horizon. Suivant Euler, cette forme nous fait croire que les objets situés à l'horizon sont plus éloignés de nous qu'au zéiiilh : Or, à égalité de dimensions apparentes, ce sont les objets qu'on suppose les plus rapprochés qui paraissent les plus petits. De là l'illusion qui nous porte à juger la Lune d'autant moins grosse

1 . Poui' Il Lune, l'eiTet est d'auUat plus surpreiunl que les dimensions appaml^ "» angulaires du disque sont nu coiitraii« un peu plus petileE, qtttind Tiistre Ml i rhorii«i i{i>r s'il esl aa lénilh. K l'horizon, U Lune est plus éloignée de l'nbsemlour de pre»qM («ilr la longupui' <l'un rayon ili- la Tpm^ Snn diamètre devrait donc «nnbler plnit pt^l. ri c'^ rinverse fpii a lieu.

ILLUSIONS D'OPTIUUE. 415

qu'elle a une plus grande altitude. Une autre opinion rend compte de l'illusion par le fait qu'à l'horizon la Lune se trouve dans le voisinage apparent d'objets auxquels nous pouvons la comparer et dont les dimensions nous sont connues, comme des arbres, des maisons. Une semblable comparaison est impossible au zénith, et la Lune isolée est ainsi réduite à ses vraies dimensions apparentes, qui ne sont qu'une faible fraction du contour du ciel.

11 est bien [)ossible du reste que l'illusion soit due simultanément à ces deux causes. II en faut probablement ajouter une troisième, qui est la faible intensité de la lumière des disques lunaire ou solaire, affaiblie par l'interposition des couches de vapeur beaucoup plus épaisses à l'horizon qu'au zénith.

Nous venons de parler des illusions optiques, en entendant par là les fausses apparences que prennent les objets dans certaines circonstances, pour un œil sain ou normal. Les exemples (jue nous avons cités auraient pu être considérablement multipliés. Mais il existe d'autres illusions qui ont pour cause la défectuosité de Torgane visuel ou certaines altérations morbides, et dont rétude est par conséquent de la compétence du physiologiste beaucou[) plus que de celle du physicien. Néanmoins, nous en citerons un ou deux cas, parce qu'ils sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le croirait.

CiOmmençons par signaler un défaut de la vue qui existe même dans un œil normal, bien qu'il y soit moins marqué. C'est celui qu'on nomme astigmatisme. En regardant avec attention d'un seul œil les cercles concentriques de la figure 233, on observera de notables différences dans la netteté de la vision dans des secteurs opposés des cercles. Selon certains diamètres, les lignes noires et blanches se distingueront nettement; selon d'autres, il y aura confusion, et la surface des secteurs paraîtra comme nuageuse, grisâtre. La position de ces secteurs d'appalences diverses dépendra de l'accommodation de notre œil.

L'explication de l'astigmatisnie est dans la conformation ou

la courbure des surfaces réfringentes de TœiU qui n'est pais symétrique dans tous les sens, de sorte que les rayons n'y ont pas le même foyer dans un plan horizontal que dans un phn vertical. Quand Fœil est accommodé pour la vision distincte des arcs horizontaux, il ne Test pas pour les arcs verticaux, et réciproquement.

Un autre défaut de la vue consiste à ne pas distinguer certaines couleurs, ou bien à en distinguer un nombre moindre que les yeux normaux. On nomme achromatopsie cette affection connue encore sous le nom de daltonisme ^ parce que le célèbre chimiste Dalton Tétudia le premier sur lui-même, a Les individus chez lesquels cet état est complètement développé, dit Helmholtz, ne voient dans le spectre que deux couleurs, qu'ils désignent ordinairement sous les noms de bïeu et de jaune. A cette dernière ils rapportent tout le rouge, Torangé, le jaune et le vert. Ils appellent gins les tons bleu-verdàtre, et nomment bleu tout le reste. Lorsque le rouge extrême est faible, ils ne le voient pas du tout; ils ne le voient que loi*§qu'il est intense. C'est pour ce motif qu'ils indiquent ordinairement comme limite du spectre une partie où les yeux normaux voient encore distinctement un rouge faible. Parmi les couleurs des corps, ils confondent le rouge (c'est-à-diiv le cinabre et l'orangé rongea tre) avec le bmn et le vert, dans les cas où les yeux normaux voient, en général, le rouge avec bien plus d'intensité que le brun et le vert. Ils ne distinguent pas le jaune d'or du jaune, ni le rose du bleu. » {Optique physiologique.)

Ce défaut est assez répandu pour que les compagnies de chemins de fer aient cru devoir, depuis un certain nombre d'années, faire passer des examens spéciaux à ceux de leurs employés, mécaniciens ou autres, qui se trouvent appelés à faire ou à observer des signaux. Les feux blancs, rouges et verts ou les disques de même couleur correspondent à des indications opjK>sées, et la confusion de ces couleurs pourrait être excessivement dangereuse.

ILLUSIONS D'OPTigUE. 417

Un autre défaut singulier de la vue a été signalé par Wollaston en ces termes : « A la suite d*uri violent exercice, dit-il, je reconnus subitement que je ne pouvais voir que la moitié de la figure d'un homme qui se trouva sur mon chemin ; le même effet avait lieu, quel que fût Tobjet que je regardasse. Ayant essayé de lire le nom Johnson sur une porte, je voyais seulement ... SON : le commencement du mot était totalement caché à mes regards. La perte de la vue, dans cet exemple particulier, avait eu lieu à gauche, soit que je regardasse avec l'un ou avec Faulre œil. Cette cécité n'était pas néanmoins tout à fait complète ; mais les objets paraissaient couverts d'une ombre intense et sans limites bien définies. La maladie dura peu de tem[)s : en un quart d'heure elle s'était entièrement dissipée. La sensibilité revint graduellement en parlant du centre et en s'avançant obliquement vers la gauche en montant. » Wollaston éprouva plus tard un second accès de celte affection, de cette demi-cécité, cl il en observa chez un de ses amis un cas qui persista. « Le champ est assez étendu, dit-il, pour que mon ami puisse lire parfaitement ; il voit ce qu'il écrit, la plume qu'il emploie, mais non pas la main qui la conduit. » Arago, en rapportant ces faits, dit que l'affection décrite par Wollaston est assez commune. Il connaissait quatre personnes qui y étaient sujettes, et lui-même en avait éprouvé plusieurs atteintes. Cette insensibilité d'une moitié de la rétine semble comme une extension de la tache aveugle.

On nomme hémiopsie l'affection que nous venons de décrire.

g 4. I.A VISION CHEZ LES ANIMAUX.

L'organe de la vue chez les animaux vertébrés est à peu près conformé comme celui de l'homme : il en diffère surtout |)ar les parties accessoires. Chez les espèces nocturnes, la pupille est plus large, la surface de la rétine plus étendue. L<»s animaux qui vivent dans l'obscurité ont des yeux tout à fait

nidimentaires : tels sont les rats aveugles d'Orient, les taupes, les anguilles. Les oiseaux ont un cristallin plus aplati que celui des mammifères, de sorte qu'ils sont naturellement presbytes. Le contraire a lieu chez les poissons, qui ont un cristallin sphériquc, le milieu plus dense où ils vivent nécessitant une lentille plus réfringente que chez les animaux aériens : les |)oissons sont myopes.

Les invertébrés ont des yeux conformés d'une tout autre manière ; généralement ils sont formés par la réunion d'une multitude de petits yeux isolés, dont chacun a un nerf optique ou plulôl une fraction du nerf optique. Selon J. Huiler, chacun des yeux élémentaires des yeux jà facettes qu'on remarque chez les insectes (fig. 254 et 2551 ne perçoit qu'un point lumineux , et c'est ta réunion de ces impressions multiples qui con-

Fig. 254. — Œil composé des insectes; . i.-

cornée de mouche. stitue I image , conuue

elle résulte chez nous des impressions produites par la lumière sur les divers points de la rétine.

Les animaux voient-ils comme nous ? Sont-ce les mêmes radiations qui produisent chez eux la sensation lumineuse? C'est là une question qui a été, croyons-nous, peu étudiée jusqu'ici. Néanmoins un de nos-savants physioli^stes, M. P. Berl. a fait quelques observations sur ce sujet. Voici comment il pose lui-même le problème à résoudre et comment il l'a résolu pour le cas particulier oiî il s'est placé.

« Tous les animaux, dit-il, voient-ils les rayons que nous appelons lumineux dans le spectre ? En voient-ils que nous ne

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