LA VISION CHEZ LES ANIMAUX
voyons pas? S'il y a identité dans l'étendue de la perception du spectre lumineux pour eux et pour nous, y a-t-il aussi identité dansl'énei^ie relative des sensations visuelles dans les diverses répions du spectre? » Il choisit pour sujets de ces ex])ériences des animaux aussi éloignés de l'homme que possible pai- leur constilulion générale et par la structure de leur œil. Celaient les Daphnies ptices, petits crustacés presque microscopiques très sensiblesàla lumière et qui, la nuit, s'approchent vivement d'un flambeau qu'on leur présente.
Placés dans un vase où la lumière ne • pouvait pénétrer que par une fente ^
étroite, ces animaux, qui nageaient indifféremment dans tous les points du liquide, se rassemblèrent eu foule dans la direction de la fente, dès qu'on la rendit lumineuse en y faisant tomber un faisceau de lumière électrique, dispersée par un prisme. «On les fait ainsi accourir, qu'on leur envoie les rayons rouges, les rayons violets, ou la série intermédiaire. » La région ultra-violette du spectre ainsi que la région des rayons obscurs du „- „.. ^. , , ,. .,
" ^ Fig. 2ûo. — Structure i\e I œil
rouge extrême les laissèrent, au cou- composé Ues inwctps.
traire, indifférents. Mais les parties
du spectre les plus brillantes, te jaune, le rouge, le vert, les attiraient manifestement plus que le bleu et le violet. « Ainsi, conclut M. Bert, premier point établi, les Daphnies puces perçoivent à l'état lumineux tous les rayons que nous voyons nousmêmes ; second point, ils ne perçoivent à l'état lumineux aucun des rayons que nous ne voyons pas nous-mêmes; enfin, l'énergie relative des sensations visuelles dans les diverses régions du spectre est la même chez ces animaux et chez nous. » Maintenant faut-il, comme notre savant compatriote, généraliser les conclusions précédentes et admettre que tous les animaux, dans
la série ciUière, voient les mômes ravons avec la même intensite relative? De nouvelles obsei*valioDS faites sur un plus grand nombre de types zoologiques pouvaient seules confirnier ou infirmer cette manière de voir. On doit à sir John Lubbock \e^ expériences suivantes faites sur des fourmis. Ayant placé quel-
ques fourmis avec leurs larves dans un cadre de verre de dimensions juste suffisantes pour permettre à ces animaux de He mouvoir librement, il couvrit une partie du cadre d'une substance opaque : il vit aussitôt les fourmis transporter leurs larves dans la région sombre. Plaçant alors devant le cadre deux verres, l'un jaune, l'autre violet, côte à côte, c'est toujours derrière le verre jaune que les jeunes étaient transportés. D'où M. Lubbock conclut que, pour les fourmis, la lumière violette est plus transparente que la lumière jaune. D'autres expériences lui ont fait croire que les rayons ultra-violets sont perçus par les fourmis. En résumé, il semble probable que les divers rayons du spectre agissent sur ces insectes autrement que sur l'homme.
En6n, il paraît certain que la lumière peut (^xèrcer une influence spéciale sur certains animaux dépourvus d'organes de la vision. La nature de la perception que. ces animaux éprouvent alors semble difficile à définir;; mais ce fait est par lui-même assez curieux pour que nous le mentionnions iqi. On connaissait déjà un assez grand uombre d'animaux inférieurs qui, dépourvus de tout organe extérieur de la vision, sont néanmoins sensibles à l'action de la lumière : par exemple, les polypes d'eau douce, les balanes. M. Georges Pouchet a récemment reconnu et étudié cette même sensibilité chez les larves de mouches, connues sous le nom vulgaire d'asticols. Il a prouvé, par une suite d'expériences très décisives, que ces animaux perçoivent non seulement la lumière, mais savent apprécier la direction suivant laquelle elle leur arrive : dans tous les cas, ils fuient la lumière, en se dirigeant parallèlement à la route suivie par les rayons. « Cette perception, dit-il, ne se fait point par l'entremise des organes sensitifs apparents sur le premier an-