‹ Le monde physique (volume 5)Chapitre 137 sur 185 · LES LUNETTES. — LUNETTE DE GALILÉE. — ACHROMATISME · texte numérisé non relu

LES LUNETTES. — LUNETTE DE GALILÉE. — ACHROMATISME

Le microscope nous permet de pénétrer dans les mystères de rinfiniment petit; il meta la portée de la vue humaine les objets les plus infimes, et fait voir d'une manière distincte les mille détails qui envoient à Tœil nu une lumière trop faible pour impressionner la rétine.

Ce que le microscope fait pour les objets à noire portée, mais trop petits, le télescope le réalise avec une pareille puissance pour les objets que leur éloignement rend invisibles, quelles que soient leurs réelles dimensions. Il sonde les profondeurs de l'espace et rend accessibles à la vue des astres dont l'homme, sans son secours, n'eût pas même soupçonné l'existence. Il rapproche ceux qu'on peut observer à la vue simple, et alors ce sont les détails de leur structure qu'il révèle à la science, multipliant ainsi pour notre curiosité les objets que la nature offre à l'observation, et à l'aide desquels l'intelligence humaine parvient à découvrir ses lois.

Le nom de télescope est tiré du grec comme celui de microscope ; l'un et l'autre ont pour racine commune le mot cxoitio) {scopeôj je regarde) ; (xapà; (micros) signifie petit, et TîjXe (télé) au loin. L'élymologie permet donc d'appliquer le nom de télescope à tous les instruments qui ont pour effet de rapprocher les objets éloignés en amplifiant leur image. Mais en France on

a coutume de réserver le nom de lunettes aux télescopes exclusivement réfracteurs, c*est-à-dire formés uniquement de certaines combinaisons de verres ou de lentilles : tandis que le nom de télescopes s'applique plus spécialement aux instruments dans lesquels entre un miroir ou réflecteur ; on dit quelquefois alors de ces derniers que ce sont des télescopes catadioptriques. Nous nous conformerons ici à l'usage, qui cependant n'est guère justifié, et nous décrirons successivement et séparément les lunettes et les télescopes.

A quelle date remonte l'invention des lunettes ? L'inventeur de ce merveilleux instrument d'investigation terrestre et céleste est-il parfaitement connu?

A ces questions^ les érudits ne font que des répouses douteuses, comme pour mainte autre découverte scientifique. Seulement, ici, on peut être assuré que la prétention de faire remonter la découverte des lunettes grossissantes à Tantiquilé et même au moyen âge n'est fondée sur rien de sérieux*. C'est vers la fin du seizième siècle qu'on trouve la première mention, faite par Porta, de la possibilité de combiner deux lentilles, l'une concave, l'autre convexe, « pour voir agrandis et distincts tant les objets voisins que les objets éloignés ». Mais c'est un opticien de Middelbourg, Jean Lippershey, qui réalisa le premier cette combinaison et construisit la première lunette télescopique (1606). Jacques- Adrien Métiusen 1608 et Galilée en 1609 paraissent avoir trouvé eux-mêmes la solution du problème d'optique indiqué par Porta; mais il faut dire que le grand

1 . Nous ne Youlons parler ici que des lunettes composées. Les luneitei iimplei ou baiclet qui sont formées, pour chaque œil, d^un seul Terre, d'une lentille convergente ou diyer* gente à long foyer, étaient connues depuis longtemps. On en fait remonter TinTcntion au quatorzième siècle, sans qu'on puisse avec certitude en désigner le véritable inventeur. Suivant certains historiens, cet inventeur serait un sieur Salvino Armato de Florence, dont le tombeau portait cette épitaphe :

Qui giace

Salvino ^Armato degli Armati

di Firenze

IRVENTOR DEGLI OCCHIAU

Dio li perdonie a peccata anno dmcccxvu.

physicien et astronome de Florence avait eu connaissance de la découverte de Lippershey. sans du reste avoir eu, parait-il, aucun renseignement précis sur Tinstrument lui-même.

Maintenant, comment Toplicien hollandais était-il arrivé au hut? Là, on ne sait rien de positif; ce qui le prouve, c'est qu'il y a deux versions, deux légendes différentes sur ce sujet. Rapportons-les toutes deux d'après Arago.

« Hieronimus Sirturus, dit-il, rapporte qu'un inconnu, homme ou génies s'étant présenté chez Lippershey, lui commanda plusieurs lentilles convexes et concaves. I^e jour convenu, il alla les chercher, en choisit deux, l'une concave, la seconde convexe, les mit devant son œil, les écarta peu à peu l'une de l'autre, sans dire si cette manœuvre avait pour objet l'examen du travail de l'artiste ou toute autre cause, paya et disparut. Lippershey se mit incontinent à imiter ce qu'il venait de voir faire, reconnut le grossissement engendré par la combinaison des deux lentilles, attacha les deux verres aux extrémités d'un tube et se hâta d'offrir le nouvel instrument au prince Moritz de Nassau.

ce Suivant une autre version, les enfants de Lippershey, en jouant dans la boutique de leur père, s'avisèrent de regarder au travers de deux lentilles, l'une convexe, l'autre concave; ces deux verres, s'étant trouvés à la distance convenable, montrèrent le coq du clocher de Middelbourg grossi ou notablement rapproché. La surprise des enfants ayant éveillé l'attention de Lippershey, celui-ci, pour rendre l'épreuve plus commode, établit d'abord les verres sur une planchette ; ensuite il les fixa aux extrémités de deux tuyaux susceptibles de rentrer l'un dans l'autre. A partir de ce moment, la lunette était trouvée. » {Astronomie populaire, d'après un mémoire d'Olbers.)

Une lunette se compose, comme le microscope composé, de deux parties essentielles, de deux systèmes de lentilles. L'un, tourné vers l'objet, se nomme, pour cette raison, Vobjectif: c'est ordinairement une lentille biconvexe, à long foyer, qui produit une image réelle et renversée de l'objet. A l'autre sys-

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