THÉORIE DE L'ÉMISSION
g 2. THÉORIE DE L^ÉHISSION.
Suivant Newton, qui a le premier réduit en système la théorie de l'émission, la lumière serait formée de molécules matérielles d'une excessive ténuité, que les sources lumineuses émettent à tout instant, et qu'elles projettent dans l'espace avec une vitesse uniforme : c'est le choc de ces projectiles sur la rétine qui, ébranlant les nerfs optiques, déterminerait la sensation de la lumière. Ces particules, quand leur mouvement les amène dans le voisinage des molécules des corps, sont soumises à l'action de forces tantôt attractives, tantôt répulsives, qui produisent : les forces attractives la réfraction et la réflexion intérieure, les forces répulsives la réflexion extérieure. II y a autant d'espèces de particules que de couleurs, et chaque espèce est douée d'une réfrangibilité particulière.
L'ensemble des particules successives qui suivent la même ligne droite forme ce qu'on nomme un rayon lumineux ; mais ces particules peuvent être séparées par de grands intervalles. En effet, l'impression sur la rétine dure environ 1/10 de seconde ; il suffirait donc qua 10 particules lumineuses vinssent en une seconde frapper notre œil, pour que l'impression causée par l'une d'elles ne fût pas effacée avant l'arrivée de la seconde, ou, ce qui i-evient au même, pour qu'il y eût sensation continue : en les supposant également espacées, elles se suivraient à 29800 kilomètres ou 7450 lieues de distance les unes des autres. En supposant qu'elles se succèdent au nombre de 100 par seconde, il y aurait encore de l'une à l'autre 2980 kilomètres d'intervalle.
On conçoit donc, dans cette hypothèse, comment les rayons lumineux émanés de sources diverses peuvent se croiser dans tous les sens, sans se faire obstacle. Mais il faut supposer à la masse de chacune d'elles une valeur si petite, que l'imagination a de la peine à s'en faire l'idée. J. Herschel fait à ce propos la comparaison suivante : « Si une molécule de lumière, dit-il, pesait un seul grain (O^'yOCS), son effet serait égal à celui d'un
boulet de canon de plus de 150 livres (ÔG kilogr.) animé d'une \ilesse de o05 mètres par seconde. Quelle doit donc être celle lénuilé, si des milliards de molécules l'cnconlrées par des lentilles ou des miroirs n'ont jamais pu communiquer le nioindif mouvement aux appareils les plus délicats imaginés e:ïprès pour ces expériences ! » {Traité rfc h Lumière, 1. 1.)
Nous venons de dire que, pour expliquer les phéiutmènes de la réflexion et de la réfraction de I:i Inmièi'e, Newton su|>- |>osait que chaque molécule est, soil repoussée, soit attirée |)ar les molécules des corps. L'intensité de ces foires, qui s'exercent dans des sphères iiilmiinent petites, est pi'odjgieuse : on n calculé qu'elle surpasse l'intensité de la pesanteur à la surface de la Terre au point qu'il faudi-ait, pour en exprimer la valeur en nombres, multiplier cette deinièi-e intensité par un noniln-e formé du chiffre 2 suivi de 44 zéros.
Newton ayant considéré la lumière comme formée de particules très ténues, lancées dans l'espace avec une vitesse énorme, on pourrait croire qu'il expliquait les phénomènes de la réllexion en les assimilant ù ceux qu'on observe quand un corps élastique vient à choquer la surface d'un plan dur et poli ; car. ilans ce cas, le corps est renvoyé, connue le rayon lumineiLX, eu faisant avec le plan un angle de l'éflexion égal à l'angle d'incidence. Pour les partisans dn système de l'émission, les choses ne se passent point ainsi; les molécules lumineuses n'arrivent [»as jusqu'au contact des corps qui les réfléchissent'. Selon
t. En e(Tct, Ni-wlon avait dû sup)ii>s<.'r que roï luoli-cules sodI d'une li-uiiili- escessirr. »&n d« faire comprendre ciManicnl rllrs pcnvcnl Iraicrvr libiviiionl In iii3s.<rs ites coqt^ triDSparenls, comment encore elle« peuient Tenir li chaque in^lant frapper les roeoibrane^ si délicates de Dos yeux sans les dKhirvr. CooiparaliTeiitenl aui dimeDMODS des particules dila lumière, les inégalilés de la lurfuce des corps les mieux polis, les poussières qui sorvenl ï les polir en ahaltanl les plus fortes aspérités, soûl des masses considérables. Itès lors, sï fci lumiire se réOt-chissait ï la fa^on des corps élastiques, en touchant rvellenienl la surface du miroir, les molécules lumineuses seraient détournées dans tous li-s sens |i*r les as|iénlé~ de cette surface, et, comme le disait Biol, ■ la rr(b>iion sur les corps les mieux potis |ar noire art ne devrait guère itn^ moins grossière que sur les corps les plus raboteux. Mai* puiaqne, au contraire, elle j est in compara bieme ni plus abondante, plus r^pilière et plu^ parftite, c'est une preuve que les choses ne se passent point comme dans b rêfleiîan mécanique des corps élastiques, et que les (articules lumineuses qui se réflêchisseol D'aniieol pas jusqu'au contact des corps. •