LES RÉSEAUX. S9S
plume ou d'un ruban noir tenu tout près de l'œil, on verra plusieurs arcs-en-ciel , parce que les ombres que les fibres ou filets jettent sur la rétine sont bordées de pareilles franges colorées. » La figure 1 de la planche V représente l'effet produit par la diffraction de la lumière solaire à travers le réseau que forment les barbes d'une plume d'oiseau. On peut également observer des franges de même nature en regardant la lumière d'une bougie, les yeux presque fermés : les cils en se joignant forment alors les mailles d'un réseau irrégulicr.
C'est encore par l'interférence des rayons lumineux que les physiciens expliquent les brillantes couleurs qu'on distingue sur certains corps dont la surface est couverte d'une multitude de stries très fines : les plumes de quelques oiseaux, la surface de la nacre de perle, sont formées d'une multitude de l'aies qui reflètent toutes les couleurs du prisme. Brewster, ayant eu l'occasion de fixer de la nacre de perle à un gonio-
mèlre avec un cimenl de résine "■«■ "'■ Zl1:£^^ " "*• ot de cire, fut tout surpris de
voir la surface de la cire brillant des couleurs prismatiques de la nacre; il répéta l'expérience avec diverses substances, du réalgar, du métal fusible, du plomb, de l'étain, de la colle de poisson : toujours il vit apparaître les mêmes couleurs. Un Anglais, John Barton, eut l'idée d'appliquer celte propriété des surfaces striées : il tailla à facettes très fines des boutons d'acier et divers bijoux qui, à la lumière du soleil, du gaz ou des bougies, laissaient voir des dessins brillant de toutes les nuances du prisme. « Ces couleurs, dit Brewster, sont à peine surpassées par les feux du diamant. »
Voici encore un iait d'observation qui paraît se rattacher aiix
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phénomènes d'interférence, ainsi que i*a expliqué M. Babinel. En voici la description d'après M. A. Necker :
« Pour jouir de la vue de ce phénomène, dit-il, il faut être placé au pied d'une colline interposée entre l'observateur et la place où le soleil se couche ou se lève. On est ainsi complètement dans l'ombre ; le bord supérieur de la colline ou montagne est couvert de bois, ou d'arbres et de buissons détachés, qui se projettent en noir sur un ciel parfaitement clair et brillant, sauf la place même à laquelle le soleil est sur le point de paraître ou vient de disparaître. Là, tous les arbres et les buissons qui bordent la sommité, dans leur totalité, branches, feuilles, troncs, etc., paraissent d'une blancheur vive et pure, et brillent d'une lumière éclatante, bien que projetés sur un fond qui est lui-même lumineux et brillant, comme l'est toujours la partie du ciel voisine du soleil. Les moindres détails des feuilles, des petits rameaux sont conservés dans toute leur délicatesse, et on dirait des arbres et des forêts faits de l'argent le plus pur, avec tout l'art de l'ouvrier le plus habile. Les hirondelles et autres oiseaux qui traversent en volant cette mcrae région paraissent comme des étincelles de la blancheur la plus éclatante. »
Pour celui qui sait observer, on le voit, la nature est d'une magnificence que l'habileté des expérimentateurs les plus ingénieux ne dépasse jamais. Ce qui fait le mérite du savant, ce n'est pas tant de la reproduire, de multiplier les phénomènes dont elle nous offre le tableau; c'est, à force de patience, de sagacité, de génie, de découvrir les raisons des choses, les lois de leurs manifestations. A ce point de vue, l'histoire de la physique est certainement l'un des plus beaux titres de gloire de l'esprit humain.