LES ASCENSIONS SCIENTIFIQUES
golfier, et où il rendit compte des premières ascensions, s'exprime ainsi sur l'utilité de la nouvelle découverte :
« Il faut en venir maintenant aux applications et aux usages de la machine aérostatique; mais ici nous sommes arrêtés par la multitude de ceux qui se présentent, car il faudrait un volume jtour exposer en détail tous ceux où on peut les employer. Nous nous contenterons de dire qu'on pourra s'en servir pour élevei' des poids à une certaine hauteur, pour passer des montagnes, pour monter sur celles où jusqu'ici personne n'a jiu arriver, pour descendre dans des vallées ou des lieux inaccessibles, pour élever des fanaux pendant la nuit à une très grande hauteur, pour donner des signaux de toute espèce, soit à terre, soit à la mer. Or, tous ces usages, ou au moins une grande partie, avaient déjà été imaginés par MM. de Montgolfier. L'aérostat pourra être employé dans beaucoup d'usages pour la physique, comme pour mieux connaître les vitesses et les directions des différents vents qui soufflent dans l'atmosphère, pour avoir des électroscopes portés à une hauteur beaucoup plus grande que celle où l'on peut élever des cerfs-volants; enfin, pour s'élever jusque dans la région des nuages, et y aller observer des météores.
« D'ailleurs, on seul que tous ces usages se multiplieront encore lorsque cette machine aura été perfectionnée, et môme qu'ils deviendront d'une tout autre conséquence si l'on parvienl jamais à la dirigei'. »
Ce dernier espoir n'est pas encore réalisé, et si néanmoins l'art de l'aéronautique a fait de notables j^rogrès depuis un siècle, il faut convenir que les applications utiles que prédisait Lavoisier restent presque toutes encore à l'état àe desiderata. Des milliers d'ascensions ont été effectuées; quelques-unes, nous l'avons vu, ont servi aux opérations militaires; un petit nombre d'aéronautes ont eu pour objet exclusif les recherches de physique ou de météorologie, et les résultats obtenus ne forment encore qu'une bien maigre moisson, si l'on songe au dévouement et au zèle de ceux qui les ont recueillis.
C'est de l'ascension de Robertson en J 803 qne date la première ascension scientifique. Ce phiisicien-cuh'oncmte, comme il se nomme lui-même, atteignit des hauteurs considérables (jusqu'à 5679 toises, 7170 mètres) et y fit des observations barométriques, thermométriques, physiologiques et magnétiques.
Vinrent ensuite les ascensions célèbres de Biot et de Gay- Lussac en 1804.
Le 24 août, ces deux savants s'élevèrent à 4000 mètres de hauteur, et firent une série d'expériences sur les oscillations de l'aiguille aimantée, afin de déterminer les variations de
Tig. 270. — Nacelle de M. Glaisbei': inslallation pour une expédition scientifique.
l'intensité magnétique avec l'altitude. Gay-Lussac fit seul, trois semaines après, une ascension qui le porta à environ 7 kilomètres de hauteur verticale. 11 put reconnaître que la composition de l'air atmosphérique à cette altitude est chimiquement la môme qu'à la surface du sol. L'illustre physicien , qui avait constaté à terre, au moment du départ, une température de -h 27^,75 centigrades, trouva, à la plus grande •élévation, une température de — 9°, 5; plus de 57 degrés de différence.
Parmi les ascensions scientifiques contemporaines, il faut