LES BALLONS CAPTIFS
pour éviter les obstacles matériels rencontrés le long delà route.
Il est clair que des dispositions aussi simples seraient insuffisantes pour la manœuvre d'un ballon captif qu'on voudrait maintenir pendant un temps un peu long au même endroit, qu'on voudrait utiliser, par exemple, à des observations météorologiques prolongées.
Aujourd'hui l'art de construire de tels aérostats, de les manœuvrer avec facilité, d'opérer de fréquentes ascensions, a fait de grands progrès, grâce à notre compatriote M. Giffard. Ce savant ingénieur, préoccupé des difficultés pratiques de toute sorte qu'il restait â vaincre, avant de construire le ballon dirigeable que nous avons décrit et avec lequel il lit, en 1852 et en 1855, deux expériences provisoires, profita de l'occasion des grandes solennités des expositions universelles pour se livrer à une étude minutieuse à ce sujet.
Un premier ballon captif fit de nombreuses ascensions à Paris et à Londres, en 1867 et en 1869. Mais c'est à l'Exposition de 1878 qu'on put admirer le magnifique ballon construit par M. Giffard. Des milliers d'ascensions furent faites alors, et aussi l'année suivante. Malheureusement dans une tempête les secousses du vent furent si violentes sur l'aérostat en partie dégonflé qu'il fut mis en pièces , heureusement sans autre accident que celui du dégât matériel occasionné par cette fin fâcheuse. Nous donnons (pl. XXiï) une vue de ce magnifique appareil. Yoici en même temps quelques détails intéressants sur ses dimensions :
La sphère qui le formait n'avait pas moins de 56 mètres de diamètre, et quand il était entièrement gonflé d'hydrogène, sa capacité était d'environ 25000 mètres cubes. Comme la force ascensionnelle était d'environ 1 kilogramme par mètre cube, elle avait une valeur totale de 25000 kilogrammes.
Voici comment se répartissait l'emploi de cette énorme puissance :
Le ballon, dont l'étoffe était formée de deux tissus de toile unis
par nnc feuille de caoutchouc, puis d'une feuille de mousseline vernie à la gomme laque et peinte de plusieurs couches à l'huile,
ne pesait pas moins avec ses deux soupapes de 5000 kilogr.
Le fdet et les cordages pesaient 4500
La nacelle et son arrimage i600
Le câble peson, etc 750
Le càl)le de (100 mètres de longueur .... 5000
Total 14850 kilogr.
11 restait donc disponible une force ascensionnelle de 10150 kilogrammes. En portant à 4000 kilogrammes le poids des 50 voyageurs que pouvait contenir la nacelle, on voit qu'il restait encore un excédent de force considérable. Le gonflement à l'hydrogène pur de ce colosse aérostatique demanda trois jours seulement, et exigea la consommation de 180000 kilogrammes d'acide sulfuriqua et de près de 9000 kilogrammes de tournure de fer. Deux machines à vapeur de 500 chevaux actionnaient le treuil autour duquel s'enroulait et se déroulait le cable, pour chaque ascension.
On peut juger par les chiffres que nous venons de donner de la dépense énorme qu'a occasionnée la construction de l'installation d'un pareil ballon, qui n'avait d'ailleurs d'autre objet apparent que de satisfaire la curiosité des nombreux visiteurs attirés à Paris par l'Exposition, et d'exciter leur enthousiasme pour l'art aéronautique. Mais un autre profit a été tiré de cette entreprise : c'est, comme nous le disions plus haut, les progrès de toute sorte apportés à la construction rationnelle des ballons et aux mille détails de leur aménagement.
Il est à désirer que, dans un but d'observations scientifiques suivies et méthodiques, on construise des postes aérostatiques de ballons captifs ou fixes, et qu'on en confie la direction à des savants qui réunissent l'habilité technique au savoir. 11 y a longtemps que des vœux de ce genre sont formulés : h quand la mise à exécution?