PIERRES MUSICALES
« M. Richard Nelson écrit au journal anglais Nature une lettre intéressante où il parle de certaines pierres musicales qui se rencontrent assez fréquemment aux environs de Kendale, \illc voisine de Lancastre, dans le Westmoreland. En me promenant aux environs de Kendale, dit cet observateur, à travers les monts et les rochers, il m'est souvent arrivé de ramasser certains cailloux que l'on appelle ici « les pierres musicales ». Elles sont généralement plates, usées par le temps, et offrent des formes particulières ; quand on les frappe d'un morceau de fer ou d'une autre pierre, elles rendent un son musical, bien différent du bruit sourd que produirait un caillou ordinaire. Les sons obtenus sont généralement assez analogues, mais je connais des personnes qui possèdent huit de ces pierres, qui, frappées successivement, produisent une octave, très nette, très distincte. — Nous nous rappelons, ajoute le recueil français, avoir vu à Paris, dans une fête publique, un physicien en plein vent qui jouait des airs de musique, en frappant d'une tige de fer de gros silex pendus à des lils de soie. Les sons obtenus étaient limpides et purs : les pierres siliceuses avaient des formes très irrégulières. » Ces espèces d'harmonica n'ont rien de mystérieux : la sonorité de ces pierres est due certainement à l'homogénéité et à l'élasticité de l'espèce minérale qui les constitue. Voici un fait que nous nous expliquons moins, ce qui tient peut-être au défaut de clarté de la description : « Un musicien distingué, M. A. Elwart, a eu l'idée de frapper de la paume de la main la vasque de pierre qui est dans la cour d'honneur de l'Institut. 11 a reconnu que celte vasque rend un son musical qui correspond avec une extrême précision à raccord majeur de fa naturel. » Qu'un son soit à
l'unisson de celui que les musiciens appellent le fà, fort bien, mais qu'à lui seul il forme un accord parfait, c'est ce qui nous paraît bizarre et ce que le rédacteur de la Nature n'explique point.
Enfin voici encore, d'après le même recueil, un fait assez curieux, observé par le capitaine Palmer, sur les flancs du
Gebel-Nagus, colline sablonneuse voisine du Sinaï. « L'étendue de la pente sablonneuse s'élève jusqu'à 60 mètres de haut. Le sable paraît différer peu de celui du déseit environnant; ses grains, assez forts, sont des débris de quartz. Ils sont de môme nature que les rochers des environs, friables, ayant la cassure jaunâtre, ils sont brûlés du soleil. Ce salde est si homogène et si propre qu'il suffit du passage d'un homme, d'nne bête de somme ou du vent pour provoquer sur cette pente, inclinée environ à 29", le départ d'une traînée. Quelquefois aussi l'excès de chaleur combiné avec la pluie détermine mie séparation de la croûte superficielle avec les particules sablonneuses. Quand le mouvement du sable acquiert une certaine importance, il se forme de petites ondulations de sejit ou huit centimètres de hauteur, que l'on pourrait comparer, avec quelque exactitude à de l'huile ou à un liquide épuis qui conlerait sur une glace avec des courbes et des festons variés. On entend alors un bruit singulier; léger au début, il augmente avec la rapidité de jn'ogression du sable, jusqu'à ce qu'atteignant son maximum d'intensité, il soit j)erceptible à distance. Il dure pendant tout le temps que le sable glisse sur la pente.
« Ce son est difficile à décrire ; il n'est ni métallique ni vibratoire ' ; il ressemblerait plutôt aux notes les })lus aiguës d'une harpe éolienne, ou bien encore au grincement produit par un bouchon que l'on promène dûrement sur un verre mouillé; on pourrait aussi le comparer an bruit de l'air chassé rapidement d'un flacon vide; tantôt il produit à l'oreille du voyageur l'effet du tonnerre éloigné, tantôt celui des sons graves du violoncelle. Le capitaine Palmer aurait observé que les couches superficielles étaient plus propres à la sonorité que les couches sous-jacentes. Le sable, à la température d'environ 40" centigrades, est d'autant pins mobile que la sécheresse détermine le glissement; si le mouvement du sable se produit
1 . Nous ne comprenons pas bien ce qu'entend le narraleur par ces expressions ni métallique ni vibratoire, tout son étant nécessairement vibratoire.