‹ Le monde physiqueChapitre 2 sur 271 · II INTRODUCTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION GÉNÉRALE

voir. Les Grecs disaient cosmos (xd^pio;), les Latins mundus, que nous traduisons également par le mot français monde. Cette expression, pour nous, a en partie perdu sa signification première : inséparable chez les anciens de l'idée de beauté, d'ornement, d'harmonie, elle se rapporte plutôt, chez les modernes, à la conception d'un ensemble, d'un tout, dont les parties sont liées par une mutuelle dépendance'. L'étendue de la signification de ce mot monde dépend d'ailleurs, on le sait, des circonstances où il est employé. Tantôt c'est la Terre tout entière, mais isolée du reste de l'Univers ; tantôt c'est l'ensemble des corps célestes qui composent le système dont le Soleil est l'astre dominateur, et alors on peut l'appliquer aussi h tout autre système semblable : on dit, en ce sens, les mondes sidéraux. Dans cette dernière acception tout astronomique, nous disons encore VUnivers, pour désigner la réunion de tous les systèmes, de tous ceux du moins qui sont accessibles à la vue aidée des instruments d'optique.

Enfin, souvent, pour désigner l'ensemble des choses, nous employons le mot nature (natura, cpuaiç). La Nature est tantôt prise en ce sens, c'est-à-dire comme synonyme de l'Univers ou du Monde; tantôt le même mot reçoit une acception philosophique, et signifie l'ordre ou le système des lois qui président à l'existence des choses, à la succession des êtres; ou bien encore, c'est une sorte de personnilication de la cause universelle, la puissance ou force active en vertu de laquelle se dérou-

1. Quem cosiuon Qrœci, dit Pline, noiiiine onuDnenli appellaverunt, eum nos, à perfectâ absoliitàque eleganliâ, mundum. « Les langues, dit M. Littré en citant ce passage de l'écrivain latin, ont parfois de bien grands bonheurs d'expression. Peut-on trouver appellation qui, mieux que ces mots de cosmos et de monde, qui signifient ordre, parure, ornement, témoigne de l'impression ressentie par les Hellènes et les Latins à la vue de ce vaste ensemble qui se meut avec une régularité suprême, et qui, la nuit, déploie son manteau d'étoiles ? Dans nos langues dérivées le sens primitif est perdu, et le monde, quelle que soit l'idée fondamentale que les anciens Latins y aient attachée, n'est plus que l'ensemble total des choses de l'univers, u (La Science au point de vue philosophique .)

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lent, dans leur succession ordonnée, tous les phénomènes observables. C'est à ce dernier point de vue que s'est placé Schelling, pour donner la belle définition qui nous sert d'épigraphe, et qu'Humboldt s'est justement appropriée dans son Cosmos.

Ainsi, Monde ou Cosmos, Nature, Univers, telles sont les dénominations généralement adoptées pour désigner l'ensemble des choses et des êtres, des phénomènes, de leurs lois ou même de leurs causes. Quelle que soit celle à laquelle nous nous arrêtions, si c'est le mot Monde, par exemple, il reste toujours à savoir à quel point de vue nous nous plaçons ici pour en entreprendre la description. La science dans son universalité se propose un double objet : la connaissance du monde et la connaissance de l'homme, et, comme conséquence, la connaissance des rapports de l'homme avec le monde. Problèmes redoutables par leur immensité, énigmes toujours mystérieuses, obscurités profondes, dont les ombres reculent sans doute à mesure que, par les connaissances acquises, la lumière de la science s'étend dans la durée et dans l'espace, mais qui fatalement demeurent à l'état de problèmes, d'énigmes et d'obscurités, parce que dans tous les sens l'infini nous enveloppe. Un Descartes, un Leibniz, un Kant d'une part, un Newton, un Laplace, un Cuvier d'autre part, ont bien pu s'attaquer à ces vastes questions, tenter de les résoudre, sans que la disproportion paraisse trop choquante entre les résultats obtenus par ces génies puissants et la grandeur de l'entreprise. Nul cependant, aujourd'hui encore, ne peut se flatter d'être parvenu à une solution intégrale, même dans un ordre partiel de recherches. Plus la science grandit, plus il semble que le champ de l'inconnu s'étende, précisément par le fait de l'extension du domaine ainsi livré à l'investigation de l'esprit humain. Qui pourrait même avoir la prétention de posséder, et à plus forte raison d'exposer

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