‹ Le monde physiqueChapitre 3 sur 271 · IV INTRODUCTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION GÉNÉRALE

l'ensemble des résultais acquis dans l'une quelconque des grandes branches de la science?

Heureusement toute une moitié (et c'est la plus abstruse, la plus difficile et la plus complexe) de ce domaine est en dehors du programme de cet ouvrage. Je veux dire celle qui a l'homme, individuel ou collectif, pour objet. En outre, dans l'autre moitié, ce n'est encore qu'un fragment que nous aurons à considérer, laissant de côté l'étude des êtres vivants, et nous bornant aux phénomènes qui ne dépendent point directement de la vie.

C'est donc en ce sens très restreint qu'il faut entendre ici le monde physique, mais en comprenant bien cependant qu'il embrasse tous les phénomènes de même ordre, en quelque point de l'espace, ou à quelque époque de la durée qu'ils se manifestent, que leur siège soit un astre ou un système d'astres, un corps brut ou un être organisé et vivant, dès que d'ailleurs les phénomènes observés ou étudiés ne sont point eux-mêmes des phénomènes vitaux. Au reste, afin d'enlever à ces généralités ce qu'elles pourraient avoir de vague et d'obscur, je vais, dans une rapide esquisse, résumer en un tableau concret le monde physique, tel que je me propose de le décrire.

Qu'est-ce que l'Univers, quelle conception pouvons-nous nous faire de ce vaste ensemble, dans l'état actuel des sciences? C'est l'Astronomie qui va répondre à cette première question. L'univers est l'assemblage des corps célestes, des astres, groupés en une multitude de systèmes. Ces corps, isolés les uns des autres, ou du moins séparés par des intervalles considérables eu égard à leurs propres dimensions, sont animés de mouvements divers,

INTRODUCTION GÉNÉRALE. v généralemeiiL périodiques, qu'ils effectuent indéfiniment au sein d'un milieu en apparence vide de matière, et qu'on nomme le Ciel. La Terre elle-même est un de ces corps, et, comme les autres astres, elle se meut perpétuellement dans l'éther céleste. L'étude des mouvements des astres, de leur périodicité, de leur réciproque dépendance, a été longtemps l'unique et est encore aujourd'hui le principal objet de la science astronomique. C'est cette étude, patiemment prolongée pendant des siècles, qui a fait reconnaître dans un petit nombre d'astres, les plus voisins de nous et les plus intéressants pour nous, un groupe ou système (celui-là même dont la Terre fait partie), et non pas seulement des corps jetés au hasard et sans ordre dans l'espace qui nous entoure. Qui dit système dit liaison , dépendance , harmonie. Or notre système planétaire, ou mieux solaire, est en effet caractérisé par la dépendance commune qui fait de toutes les planètes, des comètes et des agrégations quelconques de matière dont il se compose , autant de satellites d'un corps central et prépondérant, foyer de lumière et de chaleur, qui est le Soleil. Une même loi préside aux mouvements particuliers de tous ces corps, une même force, la gravitation, les maintient dans leurs orbites, et cause toutes les variations périodiques ou séculaires que subissent les éléments de ces orbites ; une même hypothèse hautement probable sur l'origine et la formation du Soleil, des planètes et de leurs satellites tend à les faire regarder comme les enfants d'une même famille, comme les produits d'une lente évolution, dont les âges se comptent par centaines de millions d'années.

Les phénomènes célestes bornés au monde solaire sont ramenés aujourd'hui par une science perfectionnée à des lois d'une précision qui permet d'en calculer longtemps à l'avance toutes les phases. L'astronomie planétaire est devenue ainsi le plus

VI INTRODUCTION (iENEKALE.

grandiose monument élevé à la gloire de l'esprit humain par le génie des seienees mathématiques : géométrie, mécanique et analyse. Mais, parallèlement à cette branche transcendante de l'astronomie, une autre branche, l'Astronomie physique, a

Fig. 1. — Amas stellaire de la constellation d'Hercule.

poussé depuis trois siècles des rameaux de plus en plus florissants. La physique s'est attaquée à l'étude de la constitution intime des corps célestes, et l'optique a apporté un contingent considérable d'observations , relatives à des régions du ciel jusqu'alors inexplorées.

INTRODUCTION GÉNÉRALE. vu Les étoiles, si prodigieusement éloignées de notre système, que la lumière met des années à franchir le plus court des mtervalles qui nous en séparent, n'avaient été longtemps, pour l'astronomie planétaire, que des points de repèi'e, bien précieux il est vrai, puisque, sans leur fixité apparente, on ne fût peut-être jamais parvenu à connaître le système des mouvemenis réels dont les corps planétaires sont animés. Mais le télescope, appliqué à l'étude du ciel sidéral, a fourni les plus étonnantes révélations sur la constitution même de l'univers. Non seulement il a centuplé, pour les yeux de l'homme, le nombre des soleils dont la lumière poudroie dans l'espace infini, mais il a permis de reconnaître l'existence de groupes de soleils, gravitant les uns autour des autres, et formant de la sorte des systèmes binaires, ternaires, multiples; il a montré ainsi que l'ordre et l'harmonie qui ont présidé à l'arrangement de notre monde planétaire se retrouvent dans des systèmes supérieurs, merveilleux témoignage de cette grande loi universelle de la variété dans l'unité, qui caractérise tous les phénomènes de la nature.

Des systèmes d'étoiles doubles et multiples on passe aux associations plus vastes, à ces amas stellaires, où les individus se comptent par milliers. Resserrés par la distance dans des espaces imperceptibles, ces nébuleuses ne forment à l'œil, et souvent même dans des lunettes puissantes, que des nuages confus, des lueurs incertaines ; mais des pouvoirs optiques plus grands finissent par les résoudre en points lumineux. La pensée se confond et se perd à dénombrer de tels systèmes de soleils, à pénétrer à ces insondables profondeurs des abîmes célestes, à calculer leurs dimensions, à se représenter ces myriades de mondes, à se figurer que chacun d'eux est le foyer d'autres corps invisibles, analogues à nos planètes et portant comme elles à leur surface le mouvement, la végétation, la vie.

viu INTRODUCTION GENERALE.

Qu'est-ce qui nous apporte la connaissance de ces lointains univers? La lumière, dont les ondulations rapides, excitées par les vibrations des sources, soleils et nébuleuses, ébranlent l'éther, puis s'y propagent sans se confondre et sans s'altérer, à de telles effroyables distances. Ce sont les mômes ondes éthérées, émanées de chacun de ces mondes, qui, délicatement analysées par une méthode admirable, permettent à la science de

Fig. 2. — Mars ; ses continents et ses mers. Neiges du pôle austral.

dire quel est l'état physique et même chimique de la source lumineuse, quelles sont les substances métalliques ou autres en incandescence dans ces foyers.

Ainsi, les phénomènes astronomiques, grâce aux profondes investigations des observateurs, des géomètres et des physiciens, d'une part nous initient à la structure générale de l'univers, composé d'une agrégation sans fm de mondes groupés par systèmes de divers ordres; d'autre part ils nous permettent de scruter chacun de ces mondes, ponr y trouver tantôt des ana-

INTRODUCTION GENERALE. ix

logies, tantôt des différences tranchées avec le nôtre. De la Lune, dont la topographie, dont les montagnes, les volcans, nous sont mieux connus aujourd'hui que certaines régions de la Terre même, le télescope nous fait passer à la structure des planètes et du Soleil ; nous y découvrons les satellites multiples de Jupiter, ceux de Saturne et d'Uranus, les anneaux du second de ces globes gigantesques, les terres et les mers et les neiges des pôles

Fig. 7). — M;irs ; configuration géographique, d'après Schiaparelli.

de Mars. Les ouragans formidables, les éruptions et explosions hydrogénées de l'océan enilammé du Soleil n'auront bientôt plus pour nous de secrets. Quelle conception grandiose, quels admirables aperçus la science nous permet d'avoir dès maintenant sur l'ensemble des choses, c'est ce qui ressort de la description détaillée du ciel , à laquelle nous avons déjà consacré un volume, qu'on peut considérer à volonté comme l'introduction ou comme le complément du Monde physique.

En revenant de ces excursions dans l'espace sans bornes

INTRODUCTION GÉNÉRALE, sur le globe où nous vivons et qui nous sert d'observatoire mobile, nous retrouvons toute une série de faits qui nous sont sans doute plus familiers, mais dont il y aura lieu de montrer la liaison avec les mouvements des corps célestes et les lois qui les régissent. Tels sont ceux que détermine le double mouvement de la Terre, celui de rotation sur son axe et celui de translation

Fi^i;. i. — ■ FiC luoniic dn Siiliiriii'.

autour du Soleil. En y combinant les mouvements de notre satellite la Lune, nous aurons à rendre compte des alternatives du jour et de la nuit, de celles des saisons, des variations causées par les différences de latitude aux diverses époques de l'année, à expliquer la succession des éclipses; puis, en .revenant sur le sol môme de la planète, à donner les raisons astronomiques dn phénomène des marées.

Du ciel iKiiis passei'ions ainsi sur la Terre, (|iii api'ès loiit

INTRODUCTION GENERALE. xi

vogue dans k' ciel inènie, si d'aulres phénomènes temporaires, les uns accidentels, les autres périodiques, ne nous retenaient encore dans le domaine de l'astronomie. 11 s'agit des étoiles filantes, de ces traînées tle lumière sillonnant, de temps à antre, le ciel de nos nnits, isolément parfois, à certaines autres époqnes par troupes pressées, par essaims ou averses : fugitives apparences dont la nature a été longtemps méconnue, mais que l'astronomie a iîni par revendiquer, qu'elle démontre aujourd'hui provenir du passage périodique de longues traînées de corpuscules. Des recherches toutes récentes ont fait connaître le lien qui unit ces phénomènes singuliers aux ap])aritions des comètes : ces météores ne seraient en effet que des fragments de la suhstance cométaire, dispersés ou détachés par l'influence des masses des planèles.

A une origine analogue, sinon identique, il faudrait enfin rattacher les pieiTcs qui tomhenl tlu ciel, les aérolithes ou météorites, dont l'hisloire curieuse est un des plus intéressants cha})itres d'une science à peine éhauchée; on pourrait appeler cette science la Physique intercosmique, |)arce qu'elle constituerait une sorte de transition entre l'astronomie ou physique céleste, et la physique du glohe ou physique terrestre.

Peu à peu, dans cette énumération rapide, et foi't incomplète d'ailleurs, des phénomènes du monde physique, nous nous trouvons ramenés à ceux qui intéressent notre planète, dont ils forment l'histoire naturelle spéciale. Là, à mesure que la généralité des conceptions décroît, et va se resserrant, pour ainsi dire, croit aussi l'intérêt que iu)us sonnnes portés à ])rèter à tout ce

Page 1