LA TÉLÉPHONIE
§ l. LES SIGNAUX ACOUSTIQUES DANS LA NAVIGATION; BOLÉES A CLOCHES. LES TUBES ACOUSTIQUES LA FEMME INVISIBLE.
L'idée d'employer le son, la \'oix humaine, les cloches ou d'autres instruments acoustiques pour correspondre à distance est fort ancienne. La portée du son est infiniment moindre sans doute que celle de la lumière, et les signaux lumineux ont fourni un moyen de télégraphie longtemps employé avant que l'électricité vint porter à la perfection, pour ainsi dire, cet art si précieux, cette application si utile.
Mais la lumière ne se voit point ou se voit mal pendant les temps brumeux, ou au milieu des tempêtes : le son est alors un utile auxiliaire qu'on emploie toujours dans la marine, à l'entrée des ports, dans le voisinage des écueils. « Par les temps de brume, les entrées de port, dit M. Renard, sont signalées par des cloches qu'on sonne à la volée, en observant certains intervalles. Quelques phares possèdent aussi de ces appareils. Aux
Etats-Unis, où les brouillards sont fréqiienls et très épais, on n'a pas reculé devant les dépenses qu'exigeait la portée des sons, et l'on a installé sur plusieurs points des cloches pesant jusqu'à 500 kilogrammes et plus, et, sur d'autres, de puissants sifflets alimentés avec de l'air comprimé. » {Les pltares.) Dans les passes des chenaux, près des bancs ou des rochers, on voit souvent des bouées munies de cloches qui avertissent les marins du danger.
Les cloches des églises, dans les campagnes et dans les villes, sont des signaux téléphoniques qui avertissent à distance les gens pieux des cérémonies et offices du culte, et ceux-ci savent reconnaître, à l'audition des diverses sonneries, quelle est la nature de la cérémonie annoncée. En cas d'incendie, c'est le tocsin qui fait entendre ses sons sinistres et appelle au loin tout le monde au secours. Mais, dans tous ces cas, c'est le son en plein air qu'on emploie, sans aucun procédé spécial pour le propager à distance en lui conservant son intensité première. Les moyens imaginés pour conduire le son à des distances plus grandes que sa portée ordinaire, voilà qui constitue, à proprement parler, ce que nous appelons aujourd'hui la téléphonie.
Un de ces moyens, très employé pour les petites distances, consiste à faire en sorte que le son se propage dans des tubes où la masse d'air limitée qu'on ébranle à une extrémité transmet, presque sans en rien perdre, toute la force vive de l'ébranlement sonore. Les tubes acoustiques ou S2)eakin{i tubes (comme disent les Anglais) sont d'un usage aujourd'hui très fréquent dans les maisons privées, les ateliers, les usines, les magasins où les divers employés ont besoin de converser d'une pièce à une pièce éloignée, ou d'un étage à un autre étage. On les emploie aussi sur les navires pour la transmission des ordres aux gabiers des hunes, aux mécaniciens et aux chauffeurs des machines. Ce sont ordinairement des tubes cylindriques et flexibles en caoutchouc (fig. 567), que terminent des orifices en os, en ivoire, en forme d'embouchures évasées : un sifflet s'emboîte dans cette embouchure. On souffle d'abord dans le