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LA FIGURE DE LA TERRE ET LE PENDULE

jusqu'à ce jour, a permis en effet de constater de telles anomalies. En réunissant celles qui concernent l'hémisphère boréal, on a trouvé un aplatissement égal à la fraction 5^, tandis que les observations combinées de l'hémisphère austral donneraient ^, de sorte que l'hémisphère sud serait plus aplati que l'hémisphère nord.

Il y a plus. Les oscillations du pendule sont influencées, comme on le verra dans le paragraphe suivant, par les masses des montagnes, par celles des continents qui, dépassant le niveau de la mer, accroissent la force attractive terrestre en ces régions. On tient compte de cette attraction du continent sur lequel on opère, à l'aide d'une correction spéciale. Or les expériences faites paraissent en contradiction avec cette indication de la théorie. C'est ainsi que presque toutes les observations du pendule faites au large des mers, dans des îles, donnent une longueur trop grande pour le pendule à secondes, indiquant un excès d'attraction là oii cette attraction devrait être moindre, si la loi de Clairaut était applicable; au contraire , les observations faites dans les stations continentales donnent une longueur du pendule trop courte, et, par suite, une force attractive trop faible. « Rien de plus frappant à cet égard, dit M. Faye dans un mémoire récemment publié sur cette intéressante question de physique du globe, que les dernières observations des Anglais aux Indes. Impossible de découvrir, dans cette longue suite de mesures poussées jusque dans le massif de l'Himalaya, le moindre indice de la présence de ce massif, tandis qu'avec le même instrument on trouverait une différence d'attraction du pied au sommet d'une des pyramides d'Egypte. »

L'explication de ces anomalies n'est pas connue, ou du moins les savants ne s'accordent point sur ce sujet. Saigey accepte la supposition « qu'à égalité de latitude le niveau des eaux est surbaissé au milieu de l'Océan, en sorte qu'il se rapproche plus du centre du globe ; et qu'au contraire ce niveau est surélevé dans le voisinage des grandes terres, de

manière à s'éloigner de ce centre. » Dans cette hypothèse, les inégalités trouvées seraient dues simplement aux différences de distance des stations au centre de la terre.

Le directeur de l'Observatoire de Greenwich, sir Airy, pour expliquer le défaut d'attraction observé dans l'Himalaya, « suppose que ce massif, d'une densité égale à celle des couches superficielles, plonge par sa base, en vertu de son poids, dans les couches encore liquides de l'intérieur dont la densité est plus grande, en sorte que l'excès de son attraction en haut est compensé par le défaut d'attraction du liquide déplacé en bas. » Mais, fait observer M. Faye, cette ingénieuse suggestion ne s'adapterait pas aux phénomènes inverses observés en mer avec le pendule. Aussi propose-t-il une hypothèse qu'on peut résumer en ses points essentiels de la manière suivante : L'épaisseur de la croûte solide est moindre sous les continents que sous les mers. La masse liquide, en effet, a une plus grande conductibilité calorifique que les roches de l'écorce : le noyau fluide interne se refroidit donc plus et plus vite sous la mer que sous les continents, de sorte que, dans la suite des âges, la solidification y a été plus considérable. M. Faye admet en outre que la densité de la croûte est plus grande que celle de la couche fluide limitant le noyau. De là l'attraction plus forte des stations maritimes.

Quoi qu'il en soit, on voit que les observations du pendule accusent, soit dans la forme, soit dans la constitution intérieure de la Terre, des irrégularités qui, si la cause n'en est pas encore reconnue avec certitude, soulèvent du moins des questions de la plus haute importance au point de vue de la physique du globe. Nous allons maintenant montrer comment elles ont été utilisées pour résoudre un problème non moins intéressant, celui de la densité de la planète.

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