CONSEQUENCES DE LA DENSITE TERRESTRE
OÙ le globe terrestre tout entier était fluide, on peut admettre que les substances diverses dont la masse était formée ont dû, pour l'équilibre, suivre la loi des liquides superposés, dont les plus denses sont au-dessous des moins denses : les matériaux les plus lourds ont formé le noyau central , et les couches extérieures se sont trouvées être les plus légères.
Mais il y a une autre raison qui justifierait l'accroissement de densité des couches centrales. Même en supposaivt que le globe terrestre fût composé de matières spécifiquement les mômes, la pression exercée par les couches les unes sur les autres, allant en croissant de la surface au centre, il a dû en résulter une compression ou diminution de volume, c'est-à-dire un accroissement de densité. Ainsi jusqu'à une certaine limite au moins, qui dépend de la loi de variation de la compressibilité avec la pression, môme pour des matériaux primitivement homogènes, l'accroissement de densité était inévitable pour les couches et le noyau intérieurs terrestres.
Déjà l'on savait, par la mesure des degrés des méridiens, comme par les observations du pendule, que l'hypothèse de la Terre homogène était incompatible avec les faits : l'aplatissement du globe eût été beaucoup plus grand que ne l'indiquent à la fois les mesures directes et la théorie. La détermination de la densité moyenne comparée à celle des couches extérieures est une confirmation de cet important résultat.
Mais s'il est prouvé que les couches de l'ellipsoïde terrestre ont des densités croissantes de la surface au centre, la loi suivant laquelle ces densités augmentent reste inconnue. Le seul moyen d'aborder une question aussi complexe est de faire des hypothèses, de les soumettre au calcul et de vérifier par les expériences quelques-unes de leurs conséquences. Clairaut, au dernier siècle, avait imaginé que la densité des couches successives décroissait dans le même rapport qu'augmente leur distance au centre. Legendre supposa que la densité décroît moins rapidement que cette distance, ou, ce qui revient au même, qu'à partir de la surface elle croît rapidement d'abord, puis de moins
en moins, jusqu'au voisinage du centre, où l'accroissement devient nul. Cette hypothèse est d'accord avec ce que l'on sait de la compressibilité des solides et des liquides : les corps, dans l'un ou l'autre de ces états, résistent d'autant plus à la compression qu'ils sont plus comprimés.
Fig. 12G. — Densités comparées des couches terrestres selon la loi de Lcgendrc.
Il paraît donc que, si l'accroissement de densité des couches intérieures s'explique par la fluidité primitive de la Terre, par le transport des matières^ les plus denses au centre, ainsi que par l'effet naturel de la compression exercée par les couches supérieures sur les couches les plus basses, cette dernière cause peut suffire. Laplace a examiné l'hypothèse d'une composition chimiquement homogène pour le noyau terrestre, et il