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SI LA PESANTEUR EST UNE FORCE EXCLUSIVEMENT TERRESTRE

La pesanteur, telle que nous venons de l'étudier, dans ses phénomènes et dans ses lois, est une force qui juscprà présent semble inhérente à la Terre même : sa direction, constamment tournée, sinon vers un point unique qui serait le centre de notre globe, du moins vers des régions très voisines de ce centre, son action, qui non seulement presse à tout instant toutes ses couches en repos les unes sur les autres, et précipite les corps abandonnés à eux-mêmes dans l'air ou dans le vide, mais qui ramène à la surface du sol les mobiles projetés en des sens quelconques, et s'exerce à toutes les profondeurs accessibles ainsi qu'à toutes les hauteurs de l'atmosphère; ses variations d'intensité qui se manifestent dès que la latitude change, accusant ainsi les variations mêmes de la forme de la Terre, ou les accidents de sa surface, et qui dépendent, on l'a vu, de la distance au centre ou de la distance à l'axe de rotation ; en un mol, tout ce que nous connaissons jusqu'à présent de la pesanteur semble en faire une force éminemment terrestre. On a vu que les corps sont tous pesants, et que, s'ils ne changent point de position, si leur latitude et l'altitude du lieu où ils se trouvent restent invariables, leur poids est invariable lui-môme.

Dans ces limites, nous savons donc déjà que la pesanteur est une force constante, et nous pouvons ajouter qu'elle est univcr-

LA GRAVITATION UNIVERSELLE. 239

selle, en ce sens qn'il n'est pas, snr la Terre, un corps, solide on fluide, pas une parcelle ni un atome de matière qu'elle n'affecte, que ce corps, cette parcelle, cet atome soient en équilibre ou en mouvement.

Il faut aller maintenant plus loin : de la Terre, où nous sommes restés confinés et où ont eu lieu jusqu'ici toutes les observations, toutes les expériences que nous avons rapportées, il faut passer aux régions célestes, aux corps qui se meuvent dans les profondeurs du ciel. Nous savons bien que la Terre parcourt elle-même ces espaces, et en réalité, pourrait-on dire, qu'elle les explore et les connaît, qu'elle y transporte partout cette force de la gravité qui lui est propre. Mais ce qu'on a longtemps ignoré, bien plus, ce que longtemps on a nié, sous l'empire de je ne sais quelles idées de vaine métaphysique, c'est que les corps célestes soient soumis comme les corps terrestres à cette force de la pesanteur. La Lune, qui accompagne la Terre dans son mouvement annuel de translation, pèse-t-elle vers notre globe? Le Soleil, les planètes et tous les astres sontils, comme ce dernier, le siège de forces analogues à la pesanteur terrestre, et, s'il en est ainsi, toutes ces forces disséminées, à toutes les distances, dans l'espace, réagissent-elles les unes sur les autres? Enfin, si ces actions et réactions sont réelles, quelle est leur loi commune?

De telles questions, qu'on n'avait pas môme eu la pensée d'énoncer avant Galilée, et dont la haute importance, scientifiqueetphilosophique, ne peut échapper à personne, sont aujourd'hui résolues, grâce au génie de Newton, grâce aux admirables travaux des géomètres et des astronomes qui ont, depuis deux siècles, suivi la voie tracée par ce grand homme. Nous allons essayer d'exposer, dans leur enchaînement, cette série de découvertes qui, en reliant la Terre au ciel, les phénomènes d'ici-bas aux phénomènes observés dans les profondeurs de l'espace, ont fait de la physique terrestre et de la physique céleste une seule et même science.

§ 2. DÉCOUVERTES ASTRONOMIQUES DE KOPERNIC. — LE VRAI SYSTÈME DU MONDE.

Nous Yenoiis de dire que les problèmes ainsi posés n'étaient pas même soupçonnés avant Galilée, c'est-à-dire ayant l'introduction de la méthode expérimentale dans l'étude de la physique. Ajoutons que leur solution exigeait et supposait une révolution immense, laquelle venait heureusement de s'opérer, en astronomie, sous l'impulsion des Kopernic et des Képler. Pour découvrir le lien physique qui unissait tous les astres, la force qui présidait aux mouvements des corps du système solaire, il fallait avoir la connaissance des positions relatives vraies et des mouvements réels de tous ces corps ; il fallait découvrir les lois de ces mouvements. Kopernic, dans son immortel ouvrage des Révolutions célestes , publié en 1545, avait démontré la réalité du double mouvement de la Terre, mouvement de rotation sur son axe, et mouvement de translation autour du Soleil ; et, en étendant à toutes les planètes cette vérité que quelques philosophes de l'antiquité avaient vaguement entrevue, il avait établi sur des fondements solides le véritable système du monde. Le Soleil est le centre, relativement immobile, de tous les mouvements planétaires : autour de lui et dans le même sens, circulent à des distances et dans des plans différents, en des périodes et avec des vitesses inégales, mais constantes. Mercure et Vénus, la Terre et Mars, Jupiter et Saturne ; la Lune elle-même n'est qu'un satellite de la Terre, comme on en découvrit bientôt de semblables à plusieurs des planètes alors connues.

Mais si Kopernic avait assigné au Soleil, aux planètes et à la Terre leurs véritables rôles, s'il avait substitué la réalité simple aux hypothèses compliquées des anciens astronomes, il n'avait entrevu qu'une part de la vérité. Les anciens, outre qu'ils faisaient de la Terre le centre du monde, basaient toutes leurs

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