TRANSMISSION DE LA GRAVITATION
multiples, il en résulte une conséquence d'un grand intérêt. On doit pouvoir calculer la masse des étoiles dont la distance est connue, en la comparant à celle de notre propre Soleil. Parmi les systèmes dont les éléments sont calculés et dont les parallaxes sont déterminées, nous en trouvons quatre, Sirius, la 61^ du Cygne, a du Centaure et j) d'Ophiucus, doni il est possible d'évaluer approximativement la masse. On trouve ainsi que les deux étoiles de 61^ Cygne ont ensemble un peu plus du tiers de la masse du Soleil (0,549), en admettant 0",574 ])our la parallaxe et 452 ans pour la période de révolution. En supposant, comme la presque égalité de leur éclat l'autorise, qu'elles sont toutes deux de même dimension et de même masse, chacune d'elles serait le sixième de la masse solaire. Les masses réunies des deux composantes d'à Centaure sont égales à 0,595, près des quatre dixièmes de la masse du Soleil. Ces deux systèmes sont donc, sous ce rapport, inférieurs au nôtre. Il n'en est pas ainsi de
10 p Ophiucus; en admettant la parallaxe trouvée par Krûger, 0",162, ce magnifique système aurait pour masse 5,4, près de trois fois et demie autant que le Soleil. Sirius enfin serait un peu moindre, et sa masse équivaudrait à 5,1125, d'après les calculs de M. Wilson. »
§ 0. TBANSMlSSIOiX INSTAKTAKÉE DE LA GRAVITATION.
La gravitation, que nous venons de voir exercer son action dans toutes les régions visibles de l'univers , se transmetelle à distance instantanément, ou bien cette transmission est-elle progressive, comme celle de la lumière, par exemple, dont les ondulations parcourent en une seconde de temps l'énorme intervalle de 500000 kilomètres?
Laplace s'est posé cette question, et voici en quels termes
11 la résout dans son Exposition du système du monde:
« Nous n'avons, dit-il, aucun moyen pour mesurer la
durée de la propagation de la pesanteur, parce que, l'attraction du Soleil ayant une fois atteint les planètes, cet astre continue d'agir sur elles, comme si sa force attractive se communiquait, dans un instant, aux extrémités du système planétaire ; on ne peut donc pas savoir en combien de temps elle se transmet à la Terre ; de même qu'il eût été impossible, sans les éclipses des satellites de Jupiter, et sans l'aberration, de reconnaître le mouvement successif de la lumière. 11 n'en est pas ainsi de la petite différence qui peut exister dans l'action de la pesanteur sur les corps, suivant la direction et la grandeur de leur vitesse. Le calcul m'a fait voir qu'il en résulte une accélération dans les moyens mouvements des planètes autour du Soleil, et des satellites autour de leurs planètes. J'avais imaginé ce moyen d'expliquer l'équation séculaire de la Lune, lorsque je croyais avec tous les géomètres qu'elle était inexplicable dans les hypothèses admises sur l'action de la pesanteur. Je trouvais que si elle provenait de cette cause, il fallait supposer à la Lune, pour la soustraire entièrement à sa pesanteur vers la Terre, une vitesse vers le centre de cette planète au moins sept millions de fois phis grande que celle de la lumière\ La vraie cause de l'équation séculaire de la Lune étant aujourd'hui bien connue, nous sommes certains que l'activité de la pesanteur est beaucoup plus grande encore. Celte force agit donc avec une vitesse que nous pouvons considérer comme infinie ; et nous en devons conclure que l'attraction du Soleil se communique dans un instant presque indivisible aux extrémités du système solaire. »
l. Si ce nombre exprimait la vitesse vraie de la transmission de la force de gravitation, elle se propagerait en 15 secondes h la distance de l'étoile la plus voisine de nous, de a du Centaure par exemple. La lumière met trois ans e( demi à franchir cet intervalle.