QU'EST-CE QUE LA GRAVITATION
§ 1. VUES DE NEWTON SUR l'aTÏUACTION.
Après avoir passé en revue les principaux phénomènes de la pesanteur, exposé les lois suivant lesquelles ils se manifestent, soit à la surface de la Terre, soit à l'intérieur du globe, soit dans l'atmosphère; après avoir montré l'identité de leur principe avec celui des mouvements des astres, dans notre système solaire comme dans les systèmes sidéraux que le télescope découvre au sein des cieux, une question inévitable se présente :
Qu'est-ce que la pesanteur, qu'est-ce que la gravitation universelle ?
Nous pourrions passer outre et répondre que la question ainsi posée n'est pas du domaine de la science, laquelle se trouve satisfaite si elle est arrivée à connaître, à mesurer les effets de ta cause qui a reçu le nom de pesanteur. Une force est connue autant qu'elle peut l'être, si les effets en sont clairement indiqués par la définition même, si toutes les circonstances des phénomènes sont des conséquences nécessaires du principe, si l'observation expérimentale et la théorie sont toujours concordantes.
Il est vrai : à ce point de vue, nous n'aurions rien à ajouter aux chapitres qui précèdent, n'ayant pas l'intention d'aborder cette question de métaphysique qui aurait pour objet de
déterminer Vessence de la gravitation, de chercher, selon le langage de l'école, ce qu'est la pesanteur en soi.
Mais le problème peut être attaqué d'une autre façon, et il l'a été à diverses reprises par des savants des deux derniers siècles, comme par les contemporains. On s'est demandé si la pesanteur n'est pas un cas particulier d'une force plus générale, ou, ce qui revient à peu près au même, si elle n'a point avec telle ou telle force physique une corrélation (|ui permette de les considérer l'une et l'autre comme les effets d'une môme force. Par exemple, un lien semblable existe-t-il entre la pesanteur et l'électricité ? Ou bien la gravitation se rattache-t-elle au mouvement ondulatoire de l'élher? Les ondes qui donnent lieu à la lumière, à la chaleur rayonnante, ne peuvent-elles aussi rendre compte des [diénomènes de la gravité?
Disons tout de suite qu'il n'y a eu jusqu'à présent que (les ébauches d'une théorie de ce genre ; mais il ne sei a peut-être pas inutile de donner une idée de ces essais, ne fût-ce que pour faire sentir de combien il s'en faut que le problème soit résolu. Ce sei'a en même temps une occasion naturelle pour dissiper quelques idées erronées, de celles qui se glissent si aisément dans l'esprit à la faveur des mots.
C'est ainsi qu'on se fait volontiers une fausse idée de l'attraction. Newton, en employant ce mot, avait eu bien soin cependant de mettre en garde contre une interprétation ([ui eût fait ressembler la cause des phénomènes de gravitation et de pesanteur aux qualités occultes des philosophes anciens. A^oici ce qu'il en dit dans son innnortel ouvrage des Principes mathématiques de la philosopliie naturelle:
« J'entends par le mot attraction l'effort ([uc font les corps })Our s'approcher les uns des autres, soit que cet elfort résulte de l'action des corps ([ui se cherchent nuiluellemcnt ou qui s'agitent l'un l'autre par des émanations ; soit qu'il résulte de l'action de l'éther, de l'air ou de tout autre milieu, corporel ou incorporel, qui pousse l'un vers