VUES DE NEWTON SUR L'ATTRACTION
l'autre, d'une manière quelconque, tous les corps qui y nagent. »
Et ailleurs :
« J'ai expliqué jusqu'ici les phénomènes célestes et ceux de la mer par la force de la gravitation ; mais je n'ai assigné nulle part la cause de cette gravitation. Cette force vient de quelque cause qui pénètre jusqu'au centre du Soleil et des planètes sans rien perdre de son activité ; elle agit selon la quantité de la matière, et son action s'étend de toutes parts cà des distances immenses, en décroissant toujours dans la raison doublée des distances. Je n'ai pu encore déduire des phénomènes la raison de ces propriétés de la gravité, et je n'imagine point d'hypothèses....»
Parlant, dans la question XXXI de YOptique, des puissances attractives, telles que le magnétisme, l'éleclricité, la gravité. Newton fait encore expréssement la même réserve en disant : « Je n'examine point ici quelle peut être la cause de ces attractions : ce que j'appelle attraction peut être produit par impulsion ou par d'autres moyens qui me sont inconnus. Je n'emploie Ici ce mot (Vattractiou que pour signifier en général une force quelconque, par laquelle les corps tendent réciproquement les uns vers les autres, quelle qu'en soit la cause ; car c'est des phénomènes de la nature que nous devons apprendre que les corps s'attirent réciproquement et quelles sont les lois et les propriétés de cette attraction, avant que de rechercher quelle est la cause qui la produit. ))
Tout le monde sait que Newton considérait la lumière comme une matière sut génois se propageant en ligne droite dans les milieux homogènes, et qu'il regardait les espaces célestes comme n'opposant aux mouvements des corps célestes qu'une résistance nulle ou insensible. Ce])endant ces espaces n'étaient pas, selon lui, absolument vides; il les supposait remplis, au contraire, d'un milieu auquel il donne le nom de milieu éthéré ou iVétlier, milieu au-
quel il attribue précisément les pro})riétés que lui donnent aujourd'hui les physiciens pour expliquer les phénomènes de la lumière. L'existence d'un tel milieu lui paraît prouvée, entre autres, par une expérience qui consiste à faire le vide dans un ballon au centre duquel se trouve la boule d'un thermomètre, et à constater que l'instrument se réchauffe ou se refroidit à peu près avec la même rapidité que dans le cas où le ballon est plein d'air. 11 lui semble résulter de cette expérience que la chaleur ne peut être transmise ou « communiquée à travers le vuicle que par les vibrations d'un milieu beaucoup plus subtil que l'air. » [Questions d'optique.) « Ce milieu, ajoute-t-il, n'est-il pas excessivement plus rare et plus subtil que l'air, et excessivement plus élastique et plus actif? Ne pénètre-t-il pas facilement tous les corps, et par sa force élastique ne se répand-il pas dans tous les lieux? »
Chose curieuse. Newton, qui refuse à l'éther en mouvement la propriété qui lui est aujourd'hui universellement attribuée d'être le propagateur des ondes lumineuses, le regarde comme susceptible de rendre compte des phénomènes de la gravitation et de la })esanteur. « Ce milieu, dit-il dans la Question XXI de VOptique, n'est-il pas plus rare dans les corps denses du Soleil, des étoiles, des planètes et des comètes, que dans les espaces célestes vides qui sont entre ces corps-là ? Et en passant de ces corps dans des espaces fort éloignés, ce milieu ne devient-il pas continuellement plus dense, et pal- là n'est-il pas cause de la gravitation réciproque de ces vastes corps, et de celles de leurs parties vers ces corps mêmes, chaque corps faisant effort pour aller des parties les plus denses du milieu vers les plus rares? »
Ce n'est là sans doute qu'une hypothèse ; elle suflit })our montrer que Newton était bien éloigné de considérer l'attraction connue une sorte de qualité occulte agissant à distance, puisqu'il assigne aux phénomènes de gravitation une cause analogue à celle qui agit j)Our pousser les corps