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CHAPITRE VU

LA MOLLASSE DE LA SUISSE

Son area. — Distribution et importance. — Diverses espèces de roches. — Grès. — Marne. — Nagelfluh. — Calcaire. — Lignites. — Los cinq étages de la mollasse. Configuration «le l’Europe centrale à cette époque. — Apparence du sol de notre pays mollassique.

Nous avons jusqu'ici considéré la contrée accidentée qui sépare le Jura des Alpes comme le fond d'une ancienne baie marine inaccessible à nos recherches ; ce terrain est, en effet, recouvert d’une telle masse de marnes et de grès récents, que les roches anciennes apparaissent seulement sur les bords de ce bassin. Ces grès sont en partie durs et compactes, en partie tendres ou se présentent sous la forme de couches de sable. Dans le canton de Vaud, ils ont reçu le nom de Mollasse , nom qui s’est étendu à toutes les formations de cette époque *.

Le terrain mollassiquc comprend environ 152 milles géographiques carrés, à peu près le cinquième de la superficie de la Suisse. Dans le sud, il s’est arrêté à la zone du flysch et des dépôts nummulitiques dont nous venons de parler; dans quelques localités seulement, il touche aux roches

* Voy. « Fleitr&ge zu einor Monographie der Mollasse, » von II. Studer. Iiern,

Cet ouvrage remarquable est, avec le deuxième volume de « la Géologie de la Suisse » du même auteur, une des meilleures publications pour l’étude de la mollasse suisse.

LA MOLLASSE DE LA SUISSE

crétacées. Il est limité au nord par le jura et les hauteurs crétacées de la chaîne du Jura; il occupe donc tout le bas pays de la Suisse.

La mollasse ne pénètre nulle part dans notre domaine alpin, elle occupe en revanche le fond de plusieurs vallées du Jura, où elle recouvre les rognons éocènes ferrugineux appelés bohnerz. Elle a subi, le long des Alpes, des soulèvements qui ont eu pour résultat d’engager sa partie sud sous les couches alpines, tandis que la partie nord a conservé sa direction horizontale. La disposition de ces gisements permet d’affirmer que la mollasse suisse est plus jeune (pie les formations éocènes. Elle appartient à une époque du monde que l’on a désignée sous le nom de Tertiaire moyen ou Miocène , et qui a la même signification que celui de mollasse. '

Les dépôts de cette époque sont très-considérables et s'élèvent maintenant sur le bord des Alpes en montagnes assez hautes, entre autres le Speer, <!021 pieds, et le Itigi, 5541 p. au-dessus de la mer. Vers le nord, le terrain mollassique est moins élevé ; on peut en conclure que l’eau trouva son écoulement dans cette direction en formant des fleuves et des ruisseaux qui se sont fait jour par de larges et profondes vallées. Les roches qui se déposèrent pendant cette époque, sont des grès, de la marne, le nagelfluh et du calcaire.

Le Gris a une couleur grise; il se compose de grains et de paillettes de quartz, ainsi que le feldspath et d’autres parties minérales dures qui sont réunies par un ciment marneux en une masse assez 'uniforme. Le grès présente une foule de variétés qui proviennent de la proportion de . ciment marneux et de parties dures, comme aussi du degré d’union du mélange. Dans plusieurs localités, par exemple à Berne, à Lucerne, dans la vallée supérieure du lac de Zurich et près de Rohrschach, le grès donne une excellente pierre à bfttir, tandis que dans d’autres endroits, comme dans les environs de Zurich, il est impropre à cet usage.

Même dans les grès employés pour les constructions, il y a des différences notables. Ceux de Berne, lorsqu’ils sont fraîchement sortis de la carrière, sont tendres, mais ils durcissent à l’air ; ils sont par consé-

ROCHES MOLLASSIQUES.

quent faciles à travailler. Les grès de Bach, à l'extrémité sud du lac de Zurich se cassent en grandes dalles dont la surface est recouverte de marne bleue et de brillantes paillettes de mica. Les grès de Bollingen se détachent en grands blocs.

On rencontre par places dans la mollasse tendre de gros fragments durs et de formes diverses qui souvent offrent des proéminences prismatiques ou coniques; on en voit sur les bords de la Thur et sur l’Irchel. Une variété plus remarquable encore est le Grès coquülier (Muschelsandstein) qui se compose en bonne partie de coquilles de Mollusques brisées et réunies à des grains verts de la grosseur d'un pois ; le tout est pétri dans une masse dure. Il compte beaucoup de variétés, et se trouve répandu dans la chaîne du Jura depuis le canton de Vaud jusqu’au Liigern; il fournit des matériaux estimés pour les bassins de fontaine et les pavés ; il est exploité en grand dans plusieurs localités telles que Würenlos, Mellingen, Othmarsingen, Lenzburg et ailleurs encore.

Les Marnes forment souvent des couches entre les dépôts des grès, et servent de transition insensible à cette roche. Elles sont d’un gris foncé dans la mollasse marine; mais dans les sédiments d’eau douce, elles offrent fréquemment des filons rouges, jaunes ou bleus.

Le Nagelfluh consiste en cailloux roulés de toutes les grosseurs qui sont cimentés ou réunis les uns aux autres par une marne arénacée ou par du grès. On distingue plusieurs espèces de nagelfluh, d’après la nature des cailloux et du ciment. Il prend le nom de Nagelfluh bigarré si les cailloux de granit, de porphyre, de gneiss et de quartz dominent, et celui de Nctgdfluh calcaire si ce sont les cailloux calcaires ou de grès. Les cailloux de ces deux espèces de nagelfluh ne sont souvent pas de la nature des hautes montagnes environnantes, et ne peuvent par conséquent pas leur avoir appartenu.' Les cailloux calcaires rappellent le calcaire liasique du Vorarlberg, et le calcaire, blanc jaunâtre du jura supérieur. Ceux de granit ou de porphyre semblent provenir de la Forét- Noire. Les cailloux sont souvent polis et quelquefois meurtris ; ceux de calcaire présentent aussi des empreintes profondes dont les formes cor-

LA MOLLASSE UE LA SUISSE

respondent parfaitement à celles des cailloux voisins. La cause de ces excavations est encore un problème ; peut-être sont-elles le résultat d’un frottement long et continu des pierres les unes contre les autres pendant qu'elles étaient encore sous l’eau. On nomme Nagelfluh spongieux une troisième espèce de cette roche dont les cailloux proviennent des environs ; ils sont réunis faiblement par une niasse sablonneuse, et laissent souvent entre eux des espaces vides. Les empreintes dont nous avons parlé ne se voient pas chez eux; souvent, au contraire, ils sont fortement striés. Les couches de cailloux alternent avec des veines d’un grès peu cohérent. Le nagelfluh spongieux forme la crête supérieure de l’Uetliberg et les sommités de l’Au ; il se rencontre dans plusieurs localités des cantons d’Argovie et de Berne, ainsi que sur les sommets du Schienerberg, près d’Oeningen. Leur formation n’a probablement pas eu lieu pendant l’époque miocène, mais plus tard ; tandis que le nagelfluh bigarré et le calcaire appartiennent indubitablement à la mollasse.

Le plus grand développement du nagelfluh s’est produit le long de la côte sud du pays mollassique, dans le Haut-Emmenthal, entre le lac des Quatre-Cantons et celui de Zug, et depuis le Toggenburg, à travers la chaîne du Ilornli, jusque dans les environs de Kybourg et d’Elgg. Le Napf, le Righi et le Spcer sont comme les trois jalons du nagelfluh. Sur tous ces points, il est arrivé d’éuormes masses de cailloux et de sable qui ont formé ces dépôts gigantesques. Le Napf est le point central du nagelfluh bigarré. D’après Studer, il renferme des roches de hornblende mêlé à des quartzites talqueux (silicate de magnésie) ou micacés. Dans les cailloux quartzeux, ou a trouvé des paillettes d’or, et ce sont eux qui fournissent probablement le sable aurifère de l’Emme et de l’Aar, qui était déjà exploité dans des temps reculés. Le nagelfluh bigarré se trouve aussi au ltighi, près de Staft'el, Ilothstock et Dosscu, au Rossberg et à Walchwylerberg, au Hohe-Rhonen et dans le canton d’Appenzell, surtout dans les environs du Gabris.

Le nagelfluh calcaire se rencontre depuis le lac de Genève, il passe par le canton de Fribourg et arrive jusqu’au-dessous du Gurnigel ; dans

- BOCHES MOLLASSlyUKS.

l'Eminentha), il est entouré par le nagelfluh bigarré. Aullighi et au Speer, les cailloux calcaires constituent la masse principale de la montagne; dans la chaîne du Hornli, la plupart des cailloux proviennent de cette roche ; ils sont d’un calcaire gris et jaune qu’on peut d’autant mieux rapporter au lias du Vorarlberg qu’on y a trouvé un morceau d’une Ammonite caractéristique de cet endroit: Ammonites Kegnardi; en outre, on y rencontre un grès rouge semblable à celui des grès bigarrés de la Forêt-Noire. Ce nagelfluh est mélangé avec des débris de granit blanc et rougeâtre, de porphyre, de gneiss, de quartz rouge et de hornstein. Une espèce si»éciale de nagelfluh est exploitée dans, les environs de Riiti près de HUllenstein ; grâce à sa grande dureté, on en fait des bassins de fontaine, des socles et des bouteroues. Il est appelé granit appenzellois par les tailleurs de pierre zurichois, et se compose d'une masse de morceaux calcaires noirs cimentés et accompagnés de quelques cailloux quartzeux ; on en trouve depuis les environs de Feldbach jusqu’à Hérisau.

Le nagelfluh se rencontre aussi bien dans le Jura que dans le voisinage des Alpes; il n’est pas rare dans le Jura bernois et le soleurois; ainsi, il apparaît dans la vallée de Court, où il se com]>o.se de granit bigarré, de porphyre et d’un calcaire alpin de couleur foncée ; il a ceci de remarquable qu’il ne présente aucun mélange de pierres provenant du Jura. Au Delsberg, il est formé de couches peu cohérentes, dans la composition desquelles entrent des pierres calcaires jurassiques, du grès rouge, du granit et des roches étrangères à la localité provenant des Vosges et du Steinbühl qui est plus éloigné encore. Au-dessus de Breitenbach, on peut y reconnaître un grès et un porphyre rouges et du granit, probablement originaire de la Forêt-Noire.

Dans le Jura des cantons de Berne, Soleure, Bâle, Argovie et Schaffhouse le nagelfluh est très-répandu, et forme par places des bancs d’une grande importance. Les cailloux appartiennent à plusieurs calcaires jurassiques et varient depuis la grosseur d’un pois à celle de la tête; ils sont reliés entre eux par un grès calcaire jaune ou rouge. D’après

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M. Mosch le nagelfluh du canton de Schaffhouse est en grande partie formé d’oolithe du canton d’Argovie, il serait donc venu de l’est.

La preuve de son origine miocène a été fournie récemment par des dents de Mastodonte (probablement le M. tapiroides) que M. Mosch a trouvées au Botzberg.

Tandis que le calcaire joue un rôle important dans les dépôts jurassiques et crétacés, il n’occupe qu'un rang très-inférieur dans les sédiments mollassiques. Les conditions qui ont présidé à la formation des puissantes masses calcaires fout défaut dans cette nouvelle période ; nous ne retrouvons plus ces myriades de petits ouvriers marins qui travaillaient sans relâche à la construction de l’écorec terrestre. Les dépôts calcaires de peu d’importance ne sont cependant pas rares dans la mollasse. A Porrentruy on trouve du calcaire marin, tantôt blanc, tantôt brun, qui est probablement contemporain du tongrien; les sédiments calcaires, provenant d’eau douce, sont plus communs; ils sont marneux, plus clairs, et recouvrent des pentes de vallées sur une assez grande étendue ; dans plusieurs localités, ils sont exploités comme chaux à brûler. Ce calcaire s’est probablement déposé dans de petits lacs et dans des basfonds, dont il nous indique la distribution.

On rencontre fréquemment du lignite dans les gisements mollassiques, et il est très-probable que dans une bonne part ie dé la Suisse les couches supérieures et inférieures de la mollasse en renferment. Malheureusement ces gisements ne sont nulle part d’une importance réelle. Presque toutes les années on entend dire qu’on a découvert du lignite dans une nouvelle localité ; mais fort souvent aussi l’on apprend que l’exploitation n’a donné aucun profit, et qu’on a dû l’abandonner peu de temps après parce que le rendement ne payait pas même les frais d’extraction. Les gisements suivants ont cependant une certaine importance : la Paudèzc, près de Lausanne ; le versant nord du Sonncnberg près de Lucerne ; le Ilohe-Rhonen et Riifi près de Schiinnis; ceux de Kapfnach près d’Horgen, d’Elgg et d’Herderen, dans le canton de Thurgovie. De toutes ces exploitations, celle de Kapfnach est la plus ancienne et la seule en même

ÉTAGES M0LLASSIQUE8.

temps qui ait continuellement donné des résultats satisfaisants. L’épaisseur de la couche est de 8,75 pouces en moyenne ; comme le dépôt se trouve sur le bord du lac, il offre de bonnes conditions à l’exploitation qui est dirigée par M. C. Stockar-Escber, ingénieur des mines.

L’extraction du charbon a donné en 1848 : 9388 quintaux, en 1849 : 11,386 quintaux, avec une redevance pour la caisse de l’État de 1818 fr. En 18G1, le rendement s’est élevé à 126,242 quintaux, qui équivalent comme combustible à 6800 moules de bois de sapin (le moule a 108 pieds cubes) ou à 278,000 quintaux de charbon feuilleté et à 72,000 quintaux de houille. Les ouvriers, au nombre de 83, ont exploité environ 4 */, ares, qui ont donné 26,48 quintaux par toise carrée. La redevance à l’État fut de 17,757 fr. En 1862, on a extrait 103,749 quintaux sur une superficie de 4003 toises dont la vente rapporta 76,000 fr. environ. Un produit accessoire de ces exploitations de lignite est la marne de couleur foncée qui les entoure ; elle est très-estimée comme engrais pour les vignes. On en a chargé 140 bateaux en 1861 et 156 en 1862.

La couche de charbon d’Horgen traverse probablement le Horgeregg, car on la retrouve de l’autre côté de la montagne dans le Sihlthal avec la même direction (Creux de Steinkratten).

Nous avons examiné les roches mollassiques dans leur composition minéralogique seulement ; si nous étudions maintenant les conditions de ces gisements, les plantes et les animaux qu’ils nous ont transmis, nous verrons qu’on peut les diviser en cinq étages.

L’étage inférieur, celui qui représente les dépôts les plus anciens, a reçu le nom de Tongrien; il renferme des animaux marins et forme l’assise de la mollasse dans le canton de Bâle et à Porrentruy. Il fut déposé par un bras de mer qui s’étendait depuis l’Alsace jusqu’à Bâle, et sur le Ferret jusque dans les environs de Porrentruy et de Delsberg. Dans l’intérieur de la Suisse, on ne connaît pas de gisement appartenant à cet étage, à moins qu’on ne compte comme tel une bande de terrain éocène qui va de la Dent du Midi par les Diablerets jusque dans

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le canton (le Berne, et qui appartiendrait alors au tongrien supérieur. Les animaux marins, qui ont été trouvés à la Dent du Midi jusqu’à 10,940 pieds au-dessus de la mer, offrent, à côté d'espèces éoeènes de Nummulites et de Mollusques, un certain nombre de formes de l’étage mollassique inférieur; c’est d’après ces indices que ce gisement a été classé ainsi par M. K. Mayer, tandis que d’autres savants (MM. Hébert et Renevier) le font rentrer dans l’éocène supérieur.

la? second étage a été appelé : Formation des lignites du miocène inferieur ou Aquiianicn; ce dernier nom lui vient d’un gisement paléontologique très-riche qui se trouve à l’ouest de la France dans l’ancienne Aquitaine.

L’aquitanien forme sans doute une épaisse couche sur tout notre pays mollassique; mais il est recouvert en grande partie par des mollasses plus jeunes. Son plus grand développement se voit dans l’ouest de la Suisse ; dans ses parties inférieures, cet étage est composé en premier lieu d’une marne irisée qui atteint quelqucfoisjusqu’à 1000 pieds d’épaisseur (mollasse rouge); en second lieu, de grès et de marnes qui renferment des lignites et de riches amas de matières organiques; c’est ce qu’on voit à la Paudèze et à Monod (près Chexbres).

Dans l’est de la Suisse, les lignites de Hohe-Rhonen et Schànnis appartiennent à cette époque pendant laquelle la mer avait disparu de notre pays, et n’avait laissé çà et là le long des Alpes que quelques lagunes saumâtres. Une de ces lagunes, entre autres, se trouvait à Lehmerengraben, près de Ralligen; ses dépôts renferment des animaux d’eau saumâtre et des plantes terrestres du miocène inférieur. Dans les environs de Lausanne, au-dessus des lignites du miocène inférieur vient la Mollasse grise , qui présente une épaisseur de plusieurs centaines de pieds et provient de sédiments d’eau douce. On peut la suivre dans toute la Suisse occidentale ; nous la rencont rons aussi le long de la zone alpine jusqu’aux cantons de Saint-Gall et d’Appenzell où elle est connue sous le nom de grès de Münzlen et du Ruppeu; elle atteint par places une épaisseur considérable.

ÉTAGES MOLLASSIQUES.

Après cette mollasse grise suit une formation marine, ainsi que l’attestent les nombreux Mollusques marins et les dents de Squales qu’on y rencontre. Cette formation se nomme étage Hdvitien; il est le quatrième de notre mollasse. On peut le suivre depuis la l’erte-du-Rhône et les bords du lac de Genève (au-dessus de Lausanne, il s’élève à 1220 pieds au-dessus du niveau du lac, et à 2470 pieds au-dessus du niveau de la mer) à travers les cantons de Vaud et de Fribourg, le long de la chaîne du Jura jusqu’au Lâgern et au Randen. 11 s’étend aussi le long des Alpes, et y forme une bande de grès marin que l'on peut observer depuis Rorschach, Saiut-Gall, Bach, Lucerne, le canton de Berne jusqu’à la Saane. On a désigné cette zone sous le nom de Mollasse subalpine, tandis que celle du Jura a reçu le nom de Gris coquülier (Muschelsandstein).

Ce dernier dessine les bords de la mer où les animaux qui habitaient la grève ont été accumulés par les vagues.

Il est à peu près certain qu'autrefois la mer s’étendait dans la zone alpine jusqu’au Jura ; mais jusqu’ici les recherches n’en ont révélé que les rivages. Dans les vallées jurassiennes, cette mer était resserrée dans

quelques fiords ; ainsi elle a laissé des dépôts à la Chaux-de-l’onds et au Delsberg.

Au-dessus de cette mollasse marine, on rencontre dans la Suisse orientale une formation qui provenait de l’eau douce, et qui nous donne le cinquième et dernier étage de nos dépôts miocènes. Elle recouvre ici les grès du gisement marin. La mer s’était alors retirée pour toujours de la Suisse, car nulle part nous ne retrouvons une seule trace de gisements marins. Les grès tendres, les marnes et les calcaires d’eau douce se déposèrent pendant cette période et constituèrent définitivement la majeure partie du sol de la Suisse orientale aussi loin du moins que s’étend le pays mollassique. Les collines des cantons de Thurgovie et de Zurich sont dues exclusivement à cette formation; ainsi le Zurichberg, l’Uetliberg, l’Albis, l’Irchel et toute la chaîne de l’Hornli. Dans la Suisse occidentale, au contraire, la mollasse grise et la marine forment les couches supérieures; jusqu’à présent, nous ne connaissons du cinquième étage

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que les dépôts calcaires d’eau douce du Locle, de la Chaux-de-Fonds, de Montavon et de Venues dans le Delsberg.

Cet étage renferme, comme l’aquit&nien, des traces de lignite; c’est :t lui qu’appartiennent les charbons de Kàpfnach, Elgg, Herderen et Xiederutzwyl ; on l’a désigné sous le nom de: Formation des lignitesdu miocène supérieur ou Oeningien, parce que les marnes calcaires d’Ocningen, appartenant à cette é[>oque, renferment la plus ricbe collection paléontologique de toute l’Europe.

Le tableau suivant donne la série des différents étages de notre mollasse.

La mer a donc recouvert notre pays, du moins en partie, à deux époques différentes et a enfoui dans ses dépôts une multitude de ses habitants. A leur embouchure, les fleuves et les ruisseaux formaient des deltas tels que celui de Lucerne et l'alternance des formations lacustres et marines s’observe fort bien dans ces localités. Lorsque la mer se fut retirée, elle laissa, à ce qu’il parait, le long des Alpes de profonds bassins ou réservoirs dont petit à petit l’eau devint douce par l’action des rivières ; ils se changèrent en lacs d’eau douce dans lesquels, eomme à l’époque marine, le nagelfluh et le grès se déposèrent; c’est pourquoi, dans ces parages, les roches dont nous parlons ont une si grande épaisseur ; mais les eaux envahirent aussi le reste du pays, apportant du sable et de l’argile, matériaux qui servirent à la formation de la mollasse d’eau douce.

Nous nous rendrons un compte plus exact des modifications survenues dans la répartition de la terre et des eaux, lorsque nous aurons jeté les yeux sur la carte ci-après (fig. 154) qui représente l’Europe centrale pendant l’helvétien. Nous avons vu plus haut (p. 330) que pendant l’époque éocène l’Europe offrait déjà un continent d’une vaste étendue et parcouru par de nombreux bras de mer. Une distribution à peu près semblable régnait aussi durant la période mollassique.

L’ile pennino-carnolique, qui comprenait tout le territoire alpin actuel, s'était agrandie par l’adjonction des terrains nummulitiques et du flysch qui se soulevèrent et émergèrent probablement à cette époque le long des

ÉTAGES MOLLASSIQUES.

PS

Oeningien. Schrotzburg, Wangen, Steckborn,

Berlingen, Herdcren, Niederutzwvl, Kilch- i

Formation

bergdans le Toggenburg, Irchel, Veltheim,

des

Elgg-

Lignites supérieurs.

Uetliberg, Zurichberg, Albis, Kânfnacli.

Étage ceningien.

Loele, La Chaux-de-Fonds, Montavon, Ver-

mes.

Mollasse subalfnne. Rorschaeh, Saint-Gai !, Steingrube, Bach, Lucerne, Berne, Belpberg, Münsingen, Corbière, La Chaux -de-

Fonds.

Sr.

fl “

Grès cofjuillier. Rorbas, Buchegg, Haar-

buck, (Uattfelden, Steinbuck près d'Khren- .

dingen, Mettmenhasli, Hexenstein, Kilwan-

Étage helvétien.

gen, Würenlos, Mellingen, Othrnarsingen, Lenzburg.

Soloure, Schnottwvl, Bucheckberg, Biiren,

Nidau, Fribourg, Tour de la Molière audessus de tausanne, Perte-du- Rhône, Altishofeu et au Wellberg, Honig près de VYytelingen, canton de Lucerne.

Mollasse grise. Ruppcn, Saint-Gall, Ober-

Mollasse grise.

âgeri, Aarvvangen, Kriz, Detoberg, Moudon,

Payeme, Lausanne.

il i

Hohe-Rbonen, Rufi, Rossberg, Rothenthurm,

Formation

Monod, Rochette, La Paudè/e.

des

Lignites intérieurs.

Mollasse rouge. Vevey, Ralligcn, Wâggis,

Étage aquitanien.

Horw.

Mollasse marine. Bâle, Porrentruy et Dels-

Étage tongrien.

berg.

Alpes. A l’ouest, cette île s’étendait jusqu’au sud de la France et elle •était en connexion directe par le Piémont avec la presqu’île italienne. A l’-cst, elle comprenait tout le pays qui s’étend jusqu’au 35"" degré de longitude, et se prolongeait vers le sud par la Dalmatie jusqu’en Grèce. Au nord elle était bornée par la mer qui formait là unegrande baie, couvrait les plaines de la Hongrie et traversait toute l’Europe centrale par

LA MOLLASSE DE LA SUISSE

Fig. 154.

L’Enrope centrale pondant l’époque mollassique moyenne (lielvétien).

un bras relativement étroit. Cette sorte de canal suivait la vallée <1 ti Rhône et aboutissait à la Méditerranée. A l’est, nous voyons la mer hongroise en communication avec le grand Océan ; elle s'étendait sur la Russie méridionale; la mer Noire, la mer Caspienne et la mer d’Aral n’en sont que de faibles restes. Cet océan Aralo-Pontique couvrait probablement l’est de l’Oural et se répandait sur les vastes plaines de la Sibérie, séparant l’Europe de l’Asie par sa réunion avec la mer déglacé.

D’autre part, il s'étendait sur l’Arménie et l’Asie Mineure orientale, et se trouvait en communication avec la Méditerranée, ainsi que le prouvent les nombreux animaux miocènes qui sont communs à tous ces pays. En revanche, le détroit des Dardanelles était fermé, et la mer Egée n’existait pas. La Grèce formait un continent qui allait jusque dans l’Asie Mineure, et les lies de l’archipel Égéen sont les montagnes d’un pays qui s’est enfoncé plus tard. Si nous tournons nos regards du côté du sud, nous verrons que la Méditerranée se réunissait à l’océan Indien en couvrant l’Egypte ; elle s’étendait aussi sur la Mésopotamie où elle était, probablement en communication avec l’océan Aralo-Pontique.

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