‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 119 sur 244 · MERS ET CONTINENTS · texte numérisé non relu

MERS ET CONTINENTS

entouré par des marais tourbeux ainsi que nous l’indiquent les lignites de IIolie-Rhonen et de Rufi qui en sont le produit.

Par places, les marais furent envahis par du sable et des cailloux roulés qui arrivaient aussi jusque dans le lac. Ces engravements augmentèrent d’intensité pendant le troisième étage, probablement par suite d’une dépression du sol, et la formation des lignites cessa, car elle réclame une période de tranquille développement. Par suite de l’affaissement du pays, les ruisseaux qui arrivaient de l’intérieur acquirent une grande force de courant, et transportèrent de plus grandes masses de graviers dans les bassins, qui reçurent ainsi une quantité énorme de matériaux pour la formation du nagelfluh ; en effet, il date en partie aussi de cette époque. Mais bientôt la mer revint et envahit de nouveau les bas-fonds, chassant l’eau douce des lacs ; elle s'étendit alors sur tout le plat pays entre le Jura et les Alpes, pénétrant même dans les vallées du Jura, bouleversant et brisant, dans les tempêtes, les rochers du bord, qui se transformèrent ainsi en cailloux roulés.

La côte nord de cette nouvelle mer est déterminée par les bancs de grès coquillier qui se voient le long du Jura*; le rivage était occupé par des masses prodigieuses de Mollusques dont les coquilles brisées par le ressac se mêlèrent au sable. Telle fut l’origine du grès coquillier.

rendant ce temps, l’affaissement du pays atteignit son maximum que l'ori peut déterminer à peu près suivant l’épaisseur des dépôts marins.

M. le professeur Studer estime que la mollasse marine du Biitscheleck a une épaisseur de 340 mètres au moins et de 700 mètres à Martinsbruck dans le canton de Saint-Gall. Mais la hauteur de ces dépôts ne donne pas la mesure exacte de la dépression du sol; car, déjà avant l’envahisse-

* Les cailloux roulés du nagellluh ont été arrondis pour la plupart par le mouvement des vagues. On voit souvent sur le rivage de la mer d'énormes masses de galets fort semblables à ceux du nagellluh. A Madère, par exemple, la plage est recouverte par places d'une couche très-épaisse de cailloux qu’y ont apportés les vagues, et qui par ht violence de la tempête sont souvent entraînés fort loin dans l'intérieur des terres.

LA MOLLASSE DE LA SUISSE

ment des eaux marines, le terrain était peut-être au-dessous du niveau de la mer (ce bassin était rempli d’eau douce); on ne peut mettre en doute que le sol d’alors, comparé à celui de nos jours, ne fût au moins de 2800 pieds plus bas, car dans le canton de Berne les dépôts horizontaux de mollasse marine atteignent cette hauteur, et comme ils ont été formés sous l’eau, la mer à cette époque devait certainement avoir cette profondeur.

Lorsque le pays commença à se soulever de nouveau, les bas-fonds furent les premiers à sec; la mer s’éloigna toujours plus des côtes basses du Jura, mais elle forma encore pendant longtemps un golfe le long de la zone alpine qui était plus basse ; c’est pourquoi les gisements supérieurs de la mer mollassique pourraient fort bien être plus récents que les gisements coquilliers du Jura. Comme la mollasse marine supérieure manque près de Genève, et qu'elle se voit en revanche dans plusieurs localités du Jura français, il paraît donc qu’à un certain moment la mer helvétienne ne recouvrait plus Genève, mais seulement la Chaux-de-Fonds, et que c’était là qu’elle faisait sa jonction avec le bras de mer qui couvrait la vallée du Rhône inférieur. Nous voyons ainsi que Ja configuration du sol était bien différente alors de ce qu’elle est aujourd’hui.

Le relèvement progressif du pays ne fut pas la seule cause du retrait de la mer helvétienne; elle fut, en effet, envahie par des masses énormes de sable et de gravier dont les deltas s'étendaient au loin. Lorsque les eaux furent assez basses pour permettre aux fleuves et aux ruisseaux d’exercer leur action, ces amas de sable peu durcis encore furent rongés et entraînés au loin et se répandirent sur le pays dans toutes les directions. C’est ainsi que commença la formation de la mollasse d’eau douce supérieure.

L’eau de mer qui remplissait les bas-fonds céda peu à peu la place à l’eau douce, de nouveaux lacs intérieurs et des marais immenses apparurent comme pendant l’aquitanien. La flore prit de nouveau possession du pays redevenu sec et la terre se couvrit d’épaisses forêts.

Dans les endroit s marécageux et au bord des lacs, les marais tourbeux

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