‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 126 sur 244 · NOMBRE DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

NOMBRE DES ESPÈCES

leurs joyeux essaims tourbillonnent dans les airs et interrompent par le frémissement de leurs ailes le silence du crépuscule. Tout ce petit monde disparaîtra si le pâturage est transformé en champ cultivé ou en forêt, et qu’avec lui soient supprimés les excréments du bétail. Oeningen nous donne des Coprophages qui avaient une parenté très-étroite avec ceux de nos jours. La plupart séjournent dans la fiente des Ruminants ; avant donc d’avoir rencontré à Oeningen des restes de ces Mammifères, on pouvait affirmer leur présence, et ils nous permettent de conclure qu’il y avait de gras pâturages dans cette localité. Il est vrai qu’ils ne sont pas la preuve d’une végétation herbacée abondante en espèces; mais ils nous fournissent des indices qui ne sont pas à négliger, et qui font présumer que la flore herbacée était beaucoup plus riche à cette époque que n’autoriseraient à le croire les plantes qui nous sont parvenues, tandis que nous possédons une flore ligneuse probablement assez complète. Cette dernière nous servira donc de point de départ pour établir le bilan de la flore générale.

En supposant que la proportion entre les plantes herbacées et les plantes ligneuses de l’époque mollassiquc fût la même que celle de notre flore actuelle, nous arrivons à un total de 4500 espèces. Il est cependant probable que la flore miocène a eu proportionnellement moins d’espèces herbacées ; le nombre ci-dessus pourrait donc être exagéré. Nous obtiendrons un chiffre plus exact si nous ne basons notre calcul que sur les familles communes aux deux flores, la miocène et l’actuelle, qui renferment l’une et l’autre des espèces ligneuses. Vingt -cinq familles sont dans ce cas; elles fournissent dans notre flore suisse actuelle 152 espèces et 252 dans la flore mollassique. En étendant cette proportion aux autres familles, nous arriverons à un total de 35-40 espèces de Phanérogames miocènes. Ce compte n'est cependant pas encore très-exact, parce que d’une part toutes les plantes des différents étages de la mollasse n’ont pas vécu en même temps, et que d’autre part , l’aire de la flore actuelle est a peu près cinq fois plus étendue que celle de notre flore mollassique, celle-là présente donc une bien plus grande variété de climats. Nous ferons mieux de choisir

LA FLORE DE LA MOLLASSE

la flore d’une localité déterminée et de la comparer à celle d’un endroit « plus restreint, par exemple : la flore d'Oeningcn et celle du canton de Zurich. Sur les 422 Phanérogames d’Oeningen, 136 sont réparties entre les 25 familles mentionnées ci-dessus. En omettant les mauvaises herbes, les plantes de culture et les espèces de la région montagneuse, le canton de Zurich possède 894 espèces, dont 91 appartiennent à ces mêmes 25 familles. Partant de là on peut calculer pour Oeningen une flore générale d’environ 1300 Phanérogames. En prenant la flore des régions inférieures du canton de Glaris, nous arrivons à peu près au même résultat (1327). Elle se compose de 812 espèces et ces 25 familles en comprennent 80. Si maintenant nous tenons compte de ce que l’aire de la flore d’Oeningen était beaucoup plus petite que le canton de Zurich ou que le pays plat de Glaris, nous pourrons facilement admettre qu’Oeningen avait une flore plus riche du double qu’aucune localité de même étendue dans la Suisse actuelle.

Si nous comparons la flore occupant de nos jours les terrains mollassiques suisses avec celle de l’étage œningien, nous obtiendrons pour cette dernière le chiffre de 2000 espèces. La flore phanérogame de cette partie de la Suisse, en défalquant les plantes alpines et les mauvaises herbes, se compose de 1280 espèces, et les 25 familles de 104 espèces, contre 158 dans l’étage œningien sur un total de 505. Nous voyons par ces différentes comparaisons que notre flore miocène était beaucoup plus riche que celle de nos jours. Nous ne connaissons qu’un tiers environ de la flore phanérogame d’Oeningen, et seulement un quart de celle de toute la mollasse suisse, dont on peut estimer la richesse à 3000 espèces au moins.

Nous obtenons à peu près le même résultat en comparant la faune entomologique d’Oeningen avec celle de nos jours. A cette époque notre pays était beaucoup plus riche en Insectes que maintenant.

Dans le sud de l’Europe et dans les provinces du nord de l’Amérique, en prenant une région d’égale étendue, on ne rencontre nulle part la même exubérance de vie, qui ne se voit que dans les pays chauds et subtropicaux.

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