CHAMPIGNONS
Observons en premier lieu qu’à cette époque beaucoup d’espèces ligneuses étaient répandues sur une grande partie de l’Europe, et qu’en général, pendant l’époque tertiaire, l’aire des arbres et des arbrisseaux était beaucoup plus considérable que maintenant; ce qui prouve qu’il y avait alors une uniformité de climat plus grande que de nos jours ; cela saute aux yeux quand on compare la répartition miocène des Séquoia, Taxodium, Glyptostrobus, des Camphriers et des Tulipiers avec la distribution actuelle de ces végétaux.
Les arbres ont aujourd’hui une aire en général plus restreinte que les herbes et surtout que les plantes d’eau et de marécages qui sont trèsrépandues. Tel était aussi le cas pendant l’époque miocène pour les Roseaux et les Typha qui, de même que leurs congénères actuels, se rencontraient sur presque toute l’Europe.
Il est très-intéressant de voir que pendant le miocène beaucoup de familles et de genres avec leurs nombreuses espèces vivaient côte à côte, tandis que de nos jours les espèces analogues sont dispersées sur tout le globe. Les espèces d’un même genre étaient donc autrefois réunies, tandis qu' aujourd’hui elles sont disséminées. Ce fait se remarque surtout pour les Noyers, les Peupliers, les Erables, les Lauriers, etc. ■
Dans la flore miocène de notre petit pays, nous voyons souvent groupés tous les types d’un genre, types actuellement dispersés sur toutes les parties de la terre et séparés par de grands pays. Cela prouve qu’ils proviennent tous d’un point commun, et qu’ils avaient autrefois une aire déterminée qu’ils ont franchie plus tard.
Sur 920 espèces de notre flore, 114 appartiennent aux Cryptogames et 806 aux Phanérogames. Les premières se divisent en deux classes : les Cryptogames cellulaires et les vasculaires ; nous possédons 64 espèces des premiers. Les Champignons occupaient, comme dans la flore actuelle, la première place pour le nombre des espèces. Ce sont en grande partie des Champignons parasites vivant sur d’autres végétaux, et formant sur les feuilles et les tiges des taches et des points de couleur foncée. J’en ai décrit 42 espèces appartenant à des genres différents, et qui ont
LA FLORE DE LA MOLLASSE
pour la plupart une grande analogie avec les formes vivantes. Ils se rencontrent sur 26 genres de plantes différentes ; les Peupliers en fournissent 8, les Érables et les Chênes 4, et les Roseaux 2 espèces. Ces végétaux, comme à l’époque tertiaire, sont encore souvent attaqués par de nombreux Champignons ; ce sont en grande partie des espèces analogues, et on les retrouve sur les mêmes espèces d’arbres. Les feuilles de notre Chêne sont fréquemment tachées par de très-petits Champignons en forme de points : Sphæria punctiformis ; ces points ont une ressemblance remarquable avec la Sphæria interpungens Hr. qu’on trouve sur les feuilles de Chêne d'Oeningen. La Sphæria ceutocarpa envahit de son côté les feuilles du Peuplier, et y forme de grandes taches pâles et parsemées de points noirs qui sont les fruits de ce Champignon. A Oeningen, les feuilles du Peuplier offrent le même parasite. Le Sclerotium popnlicola Hr. y est encore plus commun ; on peut à peine le distinguer du S. populinum Pers., qui se rencontre très-fréquemment sur les feuilles mortes du Peuplier. Une Rhytisma, la Rh. acerinum apparaît surtout en automne, et n’est pas rare sur les feuilles d’Erable ; j’ai trouvé sur des feuilles d’Érable au Hohe-Rhonen le Rh. induratum Hr. , qui lui ressemble beaucoup ; plusieur s autres espèces actuelles out ainsi des analogues dans la flore miocène, et nous révèlent que les rapports entre ces parasites et les plantes qui les nourrissent existaient déjà dans ces temps reculés, et qu’ils se sont perpétués malgré les nombreuses transformations des espèces végétales. — D’autre part, on a découvert quelques types spéciaux à l’époque : ainsi on a trouvé sur les feuilles d’Érable une remarquable Depazea, la D. picta, et sur une Salsepareille la D. Smilacis Hr., elles n’ont pas encore été observées sur des végétaux analogues vivant actuellement.
On n’a reconnu jusqu’ici qu’une seule espèce de Champignon à chapeau, c’est l’Hydnum antiquum Hr. ; cependant cette classe a dû avoir de nombreux représentants dans les forêts sombres et humides de l’époque miocène, ainsi que le prouvent plusieurs Mycetophiles dont les larves habitent ces Champignons. Maintes larves de Cousins trouvent