CHAMPIGNONS. MOUSSES
leur nourriture dans les Champignons charnus, c’est pourquoi nous y rencontrons si souvent des vers blancs qui se transformeront plus tard en Insectes ailés. Quoique ces animaux soient bien petits et délicats, nous en avons trouvé 15 espèces différentes à Oeningen ; elles appartiennent aux genres Mycetophila et Sciara et étaient accompagnées d’un certain nombre de Coléoptères de Champignons : Scaphisoma, Scaphidium, Ato- * maria et Oxyporus, annonçant ainsi la présence des mélancoliques Champignons dans les forêts tertiaires.
Parmi les Algues, les Chara avec 9 espèces tiennent la première place; les deux plus communes sont la Chara Meriani et Ch. Escheri A. Br., répandues dans toute la Suisse, et qui par place remplissent les roches de leurs fruits qui se comptent par millions. Elles tapissaient sans doute le fond des eaux d’un vert matelas, comme de nos jours les Chara vulgaris et hispida. Outre les fruits, on a trouvé les tiges de plusieurs espèces munies de leurs verticilles. Trois espèces de fines Confcrves ont été recueillies ; c’est à elles que sont dues les matières mucilagineuses vertes de nos sources et de nos fontaines. Deux de ces espèces : Confervites debilis et C. Nægelii ornent les plaquettes de marne de Hohe- Rhonen de lignes gracieuses, ramifiées et extraordinairement fines. Une autre espèce, la C. œningensis présente des amas de longs fils entrelacés.
Les Lichens n’ont pas été observés, et les Mousses sont très-rares. Cependant j’en ai déterminé 3 espèces qui appartiennent probablement aux Hypnacées et qui vivaient dans l’eau. On n’a pas rencontré une seule trace de Sphagnum (Mousse des tourbières). Quoique les Cryptogames vasculaires n’aient pas joué à l’époque tertiaire un rôle aussi important que dans les temps primitifs, nous retrouvons cependant plusieurs types étrangers à notre flore actuelle, mais appartenant presque tous à des genres encore existants.
Les 50 espèces recueillies se divisent en 4 ordres : les Fougères, les Rhizocarpées, les Équisétacées et les Lycopodiacées. Ces dernières sont représentées à Oeningen par l’Isoëtes Braunii Ung. et l’I. Scheuchzeri Hr. Le premier ressemble beaucoup à l’I. lacustris L., espèce répandue
LA FLORE DE LA MOLLASSE
en Europe, en Asie et dans le nord de l’Amérique ; il forme un gazon vert dans le fond sablonneux des lacs et des étangs. L’espèce d’Oeningen a un fort rhizome d’où part une touffe de feuilles d’un demi-pied de long. Elle aimait aussi les fonds sablonneux, car elle ne se trouve à Oeningen que dans une couche spéciale arénacée.
Les Équisétacées (Queues de chat, Prêles), par cinq espèces, se rapprochent beaucoup des espèces vivantes ; nous en avons deux à Oeningen : Equisetum liraosellum Hr. et limoselloïdes Hr., qui rappellent l’E. limosum L. de nos marais tourbeux ; l’E. Braunii Ung. se rapproche de l’E. hyemale du bord de nos cours d’eau et d’autres encore qui sont voisines de l’E. arvense et de l’E. sylvaticum. Elles avaient la même grandeur, et leurs gaines la même forme; leurs fruits étaient aussi réunis en chatons, ce qui du moins a été constaté pour quelques espèces ; à leurs articulations radicales se trouvaient de petits tubercules ovalaires rangés en vcrticille. Cependant une espèce du Locle : E. procenmi Hr. diffère par la grandeur de sa tige, qui a 16 lignes d’épaisseur, de toutes les espèces vivantes ; elle est là comme l’arrière-garde des Prêles gigantesques des périodes précédentes. A ces espèces se joint encore un genre : Physagenia, dont le Ph. Parlatorii Ilr. a une tige articulée aussi grande que la précédente et munie d’ampoules verticillées placées autour des articulations. Celles-ci étaient entourées d’une gaine entière, pointue en avant. Cette espèce, découverte pour la première fois à Monod, mais qui a été recueillie depuis lors dans plusieurs autres localités, vivait probablement dans l’eau ou dans la vase, et les ampoules servaient probablement à la maintenir dans l’élément liquide.
L'ordre le plus riche des Cryptogames vasculaires est celui des Fougères. 11 se divise en 4 familles, 11 genres et 37 espèces, qui constituent la grande masse des végétaux de ce groupe dans notre flore miocène. Actuellement nous avons tout autant d’espèces vivant en Suisse.
Si l’on compare les Fougères miocènes avec les nôtres, on rencontre, il est vrai, quelques espèces homologues ; mais le caractère de ces flores est tout à fait différent, quoique beaucoup de genres leur soient communs.