‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 136 sur 244 · CYPRÈS · texte numérisé non relu

CYPRÈS

des Podocarpées : le Podocarpus eocenica Ung. ; c’était probablement un arbre à feuilles raides, coriaces et lancéolées, à feuillage persistant et semblable à son parent actuel, le P. chilina Rich. du Chili. Jusqu’ici il n’a été observé chez nous que dans l’aquitanien inférieur (à Ralligen près du lac de Thun et au val d’Illiers).

Les Cupressinées et les Abiétinées sont les deux familles qui contribuèrent le plus largement à la flore forestière miocène, non-seulement en Suisse, mais dans toute l’Europe.

En Suisse, les Cupressinées avaient 9 espèces et les Abiétinées 17 espèces. Parmi les premières, c’est le Glyptostrobus europæus Br. qui domine. C’était un arbre muni de rameaux serrés et garnis de feuilles squammiformes , tout à fait semblable à nos Cyprès, seulement les feuilles n’étaient pas opposées comme chez ceux-ci, mais alternes. Les fleurs mUes (fig. 155 b) formaient de petits chatons ovales à l’extrémité

Fig. 155. Fig. 156. Fig. 158.

Fig. 155. Glyptostrobus europæus Br. sp. d'Oeningen; a. rameau avec fruits mûrs b. chatons mûles ; c. rameau avec feuilles écartées; d. rameau avec feuilles repliées. — Fig. 156. Taxodium distichum miocenum; a. de Hohe-Rhonen; b. fleurs mâles de Bilin. — Fig. 158. 'Widdringtonia helvetica Hr. de Hohe-Rhonen; a. rameau ; b. oône fermé ; c. cône ouvert ; d. cône ouvert, avec semences.

LA FLORE DE LA MOLLASSE

des rameaux, et les femelles placées plus bas étaient disposées en épis. Ceux-ci se transformaient à la maturité des fruits en cônes ovalaires (fig. 155 a) dont les écailles striées sur la partie externe avaient une pointe crénelée. Oeningen nous en a fourni de beaux rameaux, des fleurs et des fruits, mais on en a recueilli aussi à Hohe-Rhonen , près de Rufi, à Monod, à Rivaz, près de Sensales et au Locle ; cet arbre était donc répandu surtout dans notre domaine mollassique. Il a beaucoup d'analogie avec le Glyptostrobus heterophyllus Br. sp. du Japon et de la Chine, qui est très-buissonneux, d’un vert bleuâtre et qui provient probablement de l’espèce tertiaire ; mais il s’en distingue par les écailles du cône, qui sont terminées par un plus petit nombre de dents arrondies, et sont pourvues à la face externe d’un crochet saillant. Cette espèce vit maintenant dans l’est de l’Asie, tandis que son congénère tertiaire était répandu dans toute l’Europe, car il est aussi commun en Allemagne et en Italie que chez nous ; on l’a recueilli aussi en Grèce, et dans le nord, au Groenland et à Alaska. Son aire s’étendait du 39° au 70“ lat. nord.

Notre Cyprès de marais miocène, le Taxodium distichum miocenum (fig. 156 et 157) avait une aire plus considérable encore. Il est moins abondant en Suisse, il est vrai, que le précédent, quoiqu’on le rencontre dans six gisements différents (le plus riche est le Hohe-Rhonen) des mollasses supérieure et inférieure. Je l’ai reçu de plusieurs localités d’Allemagne et d’Italie ; on en a trouvé de beaux cônes avec semences dans les argiles de Samland près de Kônigsberg (fig. 157 a), mais il était tout aussi commun dans le nord du Groenland et du Spitzberg. Nous avons reçu de ce dernier pays un très-grand nombre de rameaux, d’écailles, de semences et de chatons mâles (fig. 157) ; on le rencontre aussi à Alaska et à Orenburg dans l’Oural ; il est probable qu’il vivait dans les pays intermédiaires de ces localités extrêmes. Cette espèce a une analogie complète avec le Cyprès de marais américain (Taxodium distichum Rich. sp.), arbre fameux du Mexique et du sud des Etats-Unis. Elle a comme celui-ci des feuilles alternes et distiques munies d’une seule ner-

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