‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 137 sur 244 · CYPRÈS · texte numérisé non relu

CYPRÈS

Fig. 157.

Taxodium distichum miocenum ; a. chatons mâles; a chaton grossi; b. (leurs femelles; c. semence; il. e. écailles du ciino ; f. rameau. Tous ces échantillons sont du Spitiberg, 78* lat. nord ; g. cône du Samland, prés Kunigsberg. La plupart des écailles nous montrent leur partie intérieure avec les semences.

vure, rétrécie à la base en un pétiole très-court. Ce feuillage rappelle celui de l’If dont les feuilles sont cependant beaucoup plus raides et d’un vert plus foncé. Chez l’arbre fossile, ainsi que chez le vivant, les petits chatons milles (fig. 157 b, de Bilin, 157 a, du Spitzberg) sont insérés en grand nombre le long des rameaux ; les semences et les cônes ont aussi une forme identique.

Les Taxodium poussent des rameaux annuels qui tombent en automne ; pendant l’hiver ils sont complètement dépouillés. Plus qu’aucun autre arbre ils aiment la vase molle des marais, où Us enfoncent des quantités énormes de racines ; ils se plaisent surtout dans les lieux où le sol est complètement inondé, tels que les baies et les bassins riverains du Mississipi, dans les petits lacs intérieurs et dans les immenses marais de la Virginie et de la Caroline. Lorsqu’ils ont atteint une certaine taille, Us

LA FLORE DE LA MOLLASSE

s’enfoncent graduellement et envahissent ainsi petit à petit les réservoirs où ils croissent. Les uns conservent leur position verticale, les autres tombent dans toutes les directions et couvrent le sol ; on rencontre souvent des amas de 100 à 800 de ces arbres d’une taille de 40 à 70 pieds ; il leur a donc fallu plusieurs milliers d’années pour combler les bassins lacustres et enfouir en terre leurs énormes dépôts de matière organique. Souvent il arrive qu’un fleuve fait irruption et mine le sol ; on voit alors les Cyprès et leurs prodigieuses racines emportés par le courant créer un véritable danger pour les bateaux à vapeur du Mississipi. Ces arbres flottants (Snakes) s’accumulent en quantités considérables à l’embouchure du fleuve et forment ainsi dans la vase, des dépôts ligneux. Ces faits jettent une lumière intéressante sur les gisements marneux et carbonifères de notre mollasse ; car les ancêtres du Cyprès américain vivaient à l’époque miocène en Amérique, en Asie, et étaient répandus dans toute l’Europe, même jusqu’au 78° lat. nord; ils y jouèrent un rôle semblable à celui de son descendant dans le nouveau monde actuel.

Les deux autres Cupressinées de notre terrain miocène sont moins importantes vu leur aire plus restreinte : ce sont les Widdringtonia helvetica Hr. et le Libocedrus salicornoides Ung. sp. Il est intéressant de remarquer que ces deux genres sont de nos jours complètement étrangers à la flore européenne. Le genre Libocedrus se reconnaît à ses rameaux articulés et plats, munis de feuilles squammiformes appliquées contre eux et opposées ; on ne le rencontre plus maintenant qu’en Californie, au Chili et en Australie. Le genre Widdringtonia (fig. 158) a des feuilles squammiformes alternantes et serrées contre les rameaux ; ses cônes sont petits et composés seulement de 4 écailles ; il ne se trouve plus aujourd’hui qu’au Cap et à Madagascar. Ces genres sont représentés par des arbres qui ont l’apparence du Cyprès ; le Libocedrus du Chili fournit un excellent bois de construction et forme un important article de commerce pour le pays qui le produit. Le Libocedrus (L. salicornoides Ung.) n’a été recueilli en Suisse qu’à Monod et en morceaux très-incomplets (Radoboj en a fourni de superbes rameaux entiers) ; le

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