PINS. SAPINS
Hohe-Rhonen au contraire a donné de nombreux rameaux du Widdringtonia accompagnés de cônes et de semences.
Nos Cupressinées miocènes n’offrent que des formes étrangères et les Abiétinées s’écartent de même des types indigènes suisses. Nous possédions deux genres : les Pins et les Séquoia ; ceux-ci vivent maintenant exclusivement en Californie, tandis que ceux-là sont répandus dans tout l’hémisphère nord. Us se divisent en cinq groupes : les Pins, les Sapins, les Sapins Pesse, les Mélèzes et les Cèdres ; les deux derniers manquent à la flore miocène suisse. Les Sapins sont représentés par une espèce : le Pinus microsperma Hr. qui ressemble beaucoup au P. alba L. d’Amérique par la ténuité de ses semences, mais il s’écarte complètement de notre Sapin commun. Les Sapins Pesse nous offrent 3 espèces, mais trèsimparfaitement déterminées. Les Pins au contraire nous sont parvenus avec 1 1 espèces très-faciles à reconnaître ; chez 3 de ces espèces, les feuilles sont rangées par faisceaux de trois ; on n’observe ce caractère que chez les Pins des Canaries et chez quelques espèces américaines.
Le P. tædæformis Ung. sp. de Lausanne avait des feuilles disposées par trois, de 4 à 5 pouces de long, comme chez le P. tæda L. d’Amérique ; chez le P. Satumi Ung. du Locle, analogue au P. patula Schd. de Mexico, les aiguilles avaient un demi-pied de long.
Ces Pins à longues aiguilles devaient avoir une tout autre apparence que ceux qui habitent la Suisse de nos jours. Deux espèces se rattachent au groupe des Conifères américains à feuilles en faisceaux de cinq aiguilles longues et fines ; l’une a reçu le nom de Pin strobe antédiluvien (P. palœostrobus Ett.). Elle appartient aux Pins miocènes les plus communs et nous l’avons trouvé dans les gisements de Ralligen, Monod, Hohe-Rhonen, Lausanne et Saint-Gall; on les reconnaît à leurs aiguilles longues et ténues.
Les espèces à faisceaux de deux feuilles s’écartent aussi beaucoup de nos Pins ordinaires ; deux espèces de cette famille, le P. hepios et le P. Hampiana rappellent des formes américaines. En général tous ces Pins sont rares ; mais, en revanche, le genre Séquoia appartient à un des
LA FLORE DE LA MOLLASSE
Fig. 158 B.
Séquoia Langsdorfii ; a. cône de Rixboft ; b. section longitudinale avec la semence ; d. semence ; e. fleurs femelles. Du Groenland 70* lat. nord.
types les plus importants des' anciennes forêts tertiaires. — L’area de nos deux espèces, Séquoia Langsdorfii Br. sp. et Sternbergi Gp. sp., était très-remarquable, car nous les trouvons depuis l’Italie centrale et la Grèce jusqu'aux zones arctiques. J’ai reçu le Séquoia Langsdorfii (fig. 158 B) des Montagnes Rocheuses (Rocky Mountains des Anglais dans le nord-ouest des Etats-Unis), de Mackensie et du Groenland de 70° lat. nord; il se trouve aussi au Kamtschatka, à Alaska, aux Kouriles et dans les steppes du Turkestan (environs d’Orenburg). Il formait donc comme une ceinture autour de la terre septentrionale; mais on l’a signalé aussi sur plusieurs points de l’Europe centrale. Chez nous, la mollasse inférieure seule l’a donné (très-commun à Monod), tandis qu’en Italie et en Galicie il se rencontre fréquemment dans l’étage œningien. Le Séquoia Sternbergi est très-rare chez nous (d’Oeningen), mais on l’a trouvé dans plusieurs localités d’Allemagne et d’Italie, et il est curieux de voir que c’est en même temps un des arbres les plus communs des lignites islandais (appelés Surturbrand). J’ai vu des rameaux couverts de feuilles et des cônes provenant de cette localité ; les gros troncs qui gisent en terre dans le nord de l’ile et jusque sous la zone polaire semblent appartenir à cette espèce.
Tandis qu’à l’époque miocène ces deux Séquoia avaient une aire immense, les deux seules espèces qui vivent actuellement sont exilées dans
SEQUOIA.
Fig. 159. Fig. 159. Fig. 159. Fig. 161. Fig. 162.
Fig. 160. Fig. 163.
Fig. 159. Séquoia Langsdorfii Br. sp. Rameau de Monod ; b. jeune cône de Sahhaosen ; c. coupe d'un cône de Monod. — Fig. 160, 161, 162, 163. Séquoia Stemberqi. — Fig. 160. Morceau de rameau du Surturbrand d’Islande. — Fig. 161. Coupe d’un cône d’Islande. — Fig. 162. Morceau do rameau de Sotzka. — Fig. 163. Cône de Chiavon, dessiné d’après une ompreinte en pl&tre prise sur l’original.
un canton très-restreint. L’une, le S. sempervirens Lamb. sp. (arbre à bois rouge, Redwood), ressemble tellement au S. Langsdorfii qu’il faut le considérer comme son descendant ; l’autre, le S. gigantea Lindl. (arbre du Mammouth), est dans les mêmes rapports avec le S. Sternbergi.
Les S. Langsdorfii et sempervirens ont des feuilles raides, coriaces, allongées, rétrécies à la base et un peu décurrentes sur la branche ; elles sont distiques comme chez l’If. Les cônes sont petits, et leurs écailles écussonnées renferment plusieurs rangées de graines ailées. Chez les S. Sternbergi et gigantea, les cônes sont beaucoup plus grands (de la grosseur d’un œuf de poule) ; les feuilles enveloppent la branche et y sont appliquées dans leur partie inférieure.
LA FLORE DE LA MOLLASSE
Les côtes de la Californie sont peuplées de grandes forêts de Séquoia sempervirens (Redwood), dont le tronc atteint jusqu’à 250 pieds d’élévation. Le S. gigantea habite seulement l’intérieur des terres, c’est le spécimen le plus gigantesque du règne végétal et une des merveilles de ces contrées. Nous avons reçu dernièrement de nombreuses descriptions de cet arbre admirable, qui acquiert quelquefois une taille de 300 à 320 pieds et un diamètre de 20 à 30 pieds. Témoin des âges passés, il a persisté dans la flore actuelle ; on ne le rencontre maintenant que dans fort peu de localités, tandis qu'autrefois son aïeul était répandu sur toute la terre.
Le Séquoia gigantea (l’arbre Mammouth), avec ses rameaux couverts de feuilles, a l’apparence d’un Cyprès , tandis que le S. sempervirens a plutôt le port de l’If. On avait fait dès l’abord du premier un genre spécial (Wellingtonia), lorsqu’on reconnut à la structure des cônes et des semences qu’il appartenait réellement au genre Séquoia.
La flore miocène européenne possédait encore cinq espèces de Séquoia qui offrent une transition entre les formes extrêmes : S. sempervirens et S. Langsdorfii, et les gigantea et Sternbergi ; ce sont : le Séquoia Couttsiæ Hr. d’Angleterre, de l’ouest de la France, du Samland et du Grccnland qui, par la forme de ses feuilles se rapproche du Sternbergi, et par ses cônes et ses semences des sempervirens et Langsdorfii ; il tient le milieu entre le premier et les deux derniers. Le S. Hardtii Endl. sp.,qui est un intermédiaire entre le S. Couttsiæ et le S. Langsdorfii, tandis que la troisième espèce, S. Ehrlichii Ung., a plus de rapports avec le Stembergi, et que les quatrième et cinquième, S. Nordenskiôldi du Spitzberg et S. brevifolia, se rapprochent davantage du sempervirens. Nous voyons par ce qui précède qu’à l’époque tertiaire le genre Séquoia était riche en espèces et occupait une place importante. Les formes intermédiaires n’ont pas persisté jusqu'à nos jours, et il ne nous est resté que les types extrêmes, dont les caractères même se sont un peu modifiés.
En remontant dans l’histoire géologique, nous trouvons déjà des traces du remarquable arbre Mammouth, car il avait déjà fait son apparition