‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 139 sur 244 · ROSEAUX · texte numérisé non relu

ROSEAUX

pendant l’époque crétacée. Le S. Reichenbachi, dont nous avons parlé (page 2G9), n’était autre que le précurseur de l’espèce tertiaire.

Les Monocotylédones, qui sont si faciles à reconnaître à la distribution des nervures dans les feuilles, donnent à la flore actuelle entre '/, et l/5 environ des Phanérogames ; mais cette proportion est bien plus forte si l’on tient compte du nombre des individus, car dans les climats froids et tempérés les prairies sont peuplées de la grande famille des Graminées, les marais et les lieux humides de Cypéracées et de Roseaux. Sous les tropiques, les forêts se composent en grande partie de Palmiers majestueux, de Bananiers, de Pandanéeset de Dracienna. Ces Monocotylédones occupaient vraisemblablement une place analogue dans notre flore miocène, quoique les espèces qui nous sont connues ne forment qu’un sixième environ des Phanérogames. — Les Glumacées avec leurs G4 espèces en constituaient comme maintenant une notable partie. Sur ce nombre, 25 appartiennent aux Graminées et 39 aux Cypéracées. La plupart des Graminées ne nous sont connues que par des feuilles, des brins de chaume et par des morceaux de racine, en sorte qu’il est impossible de les déterminer avec certitude. Quelques-unes cependant nous sont parvenues avec les fleurs et les fruits, et on a reconnu une espèce de Riz et quatre espèces de Millet. Ce que l’on rencontre le plus fréquemment, ce sont des Roseaux à larges feuilles. On en distingue deux espèces, dont l’une, l’Arundo Gœpperti, est pourvue de solides rhizomes et de feuilles dont les nervures longitudinales sont presque toutes égales; l’autre, le Phragmites teningensis A. Br. (fig. 164-6G), a des rhizomes fistuleux et des feuilles sur lesquelles entre deux fortes nervures longitudinales courent de 2 à 7 nervures plus fines. La première ressemble beaucoup au Roseau italien : Arundo Donax L., qui est très-répandu dans la zone méditerranéenne et très-fréquemment apporté dans nos contrées sous forme de cannes à pêche et de navette de tisserand ; la seconde a beaucoup d’analogie avec le Roseau commun, Phragmites communia Trin. de nos lacs et de nos marais, et ne s’en distingue que par la nervure médiane qui manque dans les feuilles de la plante mio-

LA FLORE DE LA MOLLASSE

cène. — Dans les terrains mous, vaseux ou spongieux, leurs rhizomes prennent un très-grand développement, tandis que dans un sol sablonneux et compact les nœuds du rhizome sont rapprochés ; ces caractères nous fournissent donc des indices sur la nature du sol habité par ces plantes. A Oeningen et à la Paudèze, les rhizomes ont des nœuds trèsespacés ; il est facile d’en conclure que ces Roseaux ont cru dans un sol marécageux et vaseux.

Quant aux Cypéracées, nous ne les connaissons également pour la plupart que par des feuilles et des chaumes ; on a trouvé cependant aussi quelques fleurs et quelques fruits qui nous permettent de reconnaître les genres Laiche, Jonc et Cyperus analogues à ceux de notre flore. Les espèces du genre Cyperus sont rares maintenant chez nous; tandis qu’autrefois il y avait, ainsi que dans les zones chaudes et torrides, de nombreuses et très-grandes espèces. Le Cyperus Chavannesi, Hr. se fait remarquer par ses grandes et belles feuilles ; le C. vetustus Hr. (fig. 164, 7) avait des épillets longuement et finement pédonculés, formant de grandes ombelles semblables à celles du Papyrus.

Les Typhacées avaient aussi des feuilles très-allongées ; elles se divisaient comme aujourd’hui en deux genres : Typha et Sparganium. Leurs espèces étaient voisines de celles de notre flore qui sont répandues en Asie, en Amérique et en Europe ; la même distribution tertiaire a pu être constatée pour une grande partie de ce continent. Le Typha latissima A. Br. avait des tiges épaisses et des feuilles encore plus larges que le T. latifolia ordinaire de nos marais, qui a un port si particulier avec ses fruits bruns en forme de pompons allongés. Le T. latissima était commun à Oeningen et à Hohe-Rhonen. Les parois supérieures des mines de charbon de Greith étaient, lorsque je les visitai, tapissées de longs rubans bruns provenant des feuilles de cette plante, indice que la localité avait été occupée par une forêt marécageuse où ces Typha abondaient.

Les Sparganium n’étaient pas rares non plus; le S. valdense Br. rappelle le S. ramosum L. de notre flore. A Monod, on en a recueilli des

NAJADÉES. LILIACÉES.

tiges avec leurs feuilles, ainsi que les capitules globuleux des fleurs mâles et des fruits.

Les Joncacées vivaient sans doute aussi dans les marécages; nous avons les fleurs et les fruits de trois espèces dont deux ont beaucoup d’analogie avec les espèces vivant actuellement.

Les Najadées sont des plantes exclusivement aquatiques ; on a retrouvé 7 espèces de Potainogeton. Le P. geniculatus A. Br., à feuilles longues et étroites, rappelle le P. pusillus de nos eaux, et le P. Bruckmanni A. Br. le P. Hornemanni.

Les Juncaginées fournissent un genre spécial : Laharpia, que l’on peut comparer à la Scheuchzeria vivant actuellement dans les marais tourbeux.

Les Hydrocharidées donnent une espèce du genre Stratiotes et l’Hydrocharis orbiculata Hr. dont les feuilles rondes flottaient sans doute sur les eaux comme celles de notre Nymphæa alba.

On a recueilli à Oeningen une Iridée : l’Iris Escheræ Hr., qui était entière, avec des feuilles et une fleur, et à Lausanne une charmante espèce de la famille des Ananas étrangère à l’Europe, la Puya Gaudini Hr., qui ressemble au Puya arborescent du Chili ; elle a comme celui-ci un tronc ligneux garni d’un faisceau de feuilles longues et aiguës. Le Zingiberites multinervis Hr., espèce de Gingembre, avait un port aussi exotique que la précédente, avec ses grandes feuilles parcourues par de nombreuses nervures parallèles ; on l’a découverte dans les marnes du Rossberg.

Dans la famille des Liliacécs, les Salsepareilles dominent ; elles formaient des buissons grimpants toujours verts, avaient des feuilles rondes présentant ordinairement à la base une échancrure cordiforme. Nous avons décrit ailleurs 8 espèces de ce genre, parmi lesquelles le Smilax sagittifera Hr. est voisin du Smilax aspera L. du sud de l’Europe. Le Sm. orbicularis Hr. se rapporte au Sm. excelsa L. de Grèce et d’Asie. Le Sm. obtusangula Hr. au Sm. Alpini W. de Grèce, tandis que les autres rappellent des formes américaines. Quatre espèces étaient for-

LA FLOUE I)E LA MOLLASSE

teuient représentées au Locle ; elles se trouvent aussi à Oeningen et dans les environs de Lausanne. Ces végétaux vivaient sans doute dans les forêts comme nos Lianes, entrelaçant les arbres et les buissons de leurs vertes guirlandes.

L’ordre le plus remarquable des Monocotylédones est sans contredit celui des Palmiers. Leurs troncs ordinairement simples et cylindriques sont ornés d'une superbe couronne de feuilles qui leur donne un aspect spécial et qui permet de les distinguer facilement de tous les autres végétaux. — Ils appartiennent exclusivement aux zones chaudes et torrides et prêtent aux paysages tropicaux une physionomie particulière qui est devenue la carastéristique de ces pays.

Fia. 101.

Palmiers suisses restaures d'apres les feuilles: 1. Sabal major fng. sp. ; 2. Fhoe-

nicites spectabilis Fng. ; 3. Flabellaria Ruminiana Hr. ; 1. Manicarla formosa Hr. ; 5 Lastræa stiriaca Cug. sp.; ( Phragmites œningensis A. Br. ; 7. Cyperus vetustus llr.

l’ALMIEHS.

Les Palmiers étant faciles à reconnaître à la forme de leurs feuilles, même pour ceux qui ne s’occupent pas de botanique, on comprend aisément que l’attention se soit portée depuis longtemps sur ces arbres qui ornaient notre pays tertiaire. En effet, il y a peu de pétrifications aussi propres que celles des Palmiers à démontrer qu’ autrefois notre pays était couvert de plantes appartenant aujourd’hui aux zones chaudes et torrides ; c’est pourquoi nous leur consacrerons quelques pages.

En Suisse, on a trouvé les feuilles de 11 espèces, les troncs de trois, et les spatlies et la fleur d’une seule ; j’ai porté le total de ces espèces à 15, quoiqu’il soit bien possible que les troncs appartiennent à celles dont nous avons les feuilles ; tel est probablement le cas pour le Palmacites lielveticus Br. sp. ; c’est ainsi qu’on a appelé les morceaux de tronc découverts dans les lignites de Kiipfnach près d’Horgen et qui forment de grands faisceaux de longues fibres filiformes. — A la même place on a recueilli récemment des morceaux d’écorce d’un Palmier et quelques débris d’une feuille à éventail qui proviennent du Sabal hæringiana Ung. — En ne tenant compte que des feuilles trouvées chez nous, nous obtenons onze formes différentes de Palmier ; tandis qu’actuellement toute l’Europe ne fournit qu’une seule espèce indigène, le Chamærops humilis L.

En nous servant des feuilles pour base, nous classons ces Palmiers en deux groupes : Palmiers à éventail et Palmiers à feuilles pennées chez lesquelles ordinairement le pétiole primaire donne naissance à des folioles secondaires ; le premier groupe réunit 7 espèces et le second 4.

Le Sabal major appartient aux Palmiers en éventail ; c’est le plus commun et le plus important de la flore miocène ; on le rencontre depuis l’Italie centrale jusqu’au nord de l’Allemagne (51“ lat. nord). Le gisement le plus important de la Suisse pour ce Palmier se trouve aux environs de Lausanne ; on y a recueilli de belles feuilles. Il ressemble au Sabal umbraculifera Jacq. sp. des Antilles, mais les feuilles des deux espèces n’ont pas la même dimension. — Le long pétiole, comme chez tous les Sabal, n’a pas d’épines et se continue dans l’éventail même par un prolongement

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hasté ; c’est pourquoi les nervures disposées en éventail ne partent pas toutes du même point, puisqu’elles sont insérées sur ce prolongement. Ce Palmier avait probablement un tronc bas couronné d’une touffe de feuilles (à 40 rayons) de 2 '/, p. de long sur 3 de large environ. Nous avons cherché dans la fig. 1G4, 1, et dans la planche < Lausanne à l’ipoque miocène, > à rendre l’aspect de cette plante caractéristique pour notre mollasse.

Les deux espèces suivantes : les S. Ziegleri Hr. et S. hæringiana Ung. sp. ont de plus petites feuilles ; ces Palmiers ressemblent beaucoup sous ce rapport au Palmier des marais, le Schwamp Palmetto des Etats du sud de l’Amérique du Nord, et vivaient comme lui dans les marais et dans les endroits à terrain spongieux. L’éventail du Palmier nain européen est tout différent : chez ce dernier les nervures ou rayons partent d’un même point, c’est-à-dire sont toutes insérées à l’extrémité du pétiole. Nous avons rencontré cette disposition des nervures rayonnantes chez un Palmier du grès de Bolligen et d’Utznach ; c’est le Chamærops helvetica Hr. qui a par conséquent une grande analogie avec le Palmier du sud de l’Europe. A côté de ces Palmiers, nous en avons encore trois espèces à feuilles en éventail dont la parenté est fort douteuse ; l’un d’eux, le Flabellaria Ruminiana Hr. est du plus grand intérêt. 11 devait avoir de splendides frondes de 6 à 7 pieds de large. Chacune était divisée en 25 rayons environ, et parcourue par 3 nervures longitudinales plus saillantes ; ces rayons prenaient tous naissance à l’extrémité du pétiole. Cet arbre semble appartenir au groupe des Coryphinées et être voisin du genre indien Copernicia. On l’a découvert au tunnel de Lausanne et dans les carrières de grès de Lucerne. Nous avons essayé de le reproduire dans la fig. 164,3. Chez la Flabellaria latiioba Hr., découverte dans les manies rouges de Vevey, les rayons de la feuille partent aussi tous de la pointe du pétiole, mais ils s’épanouissent promptement et formaient probablement de 10 à 12 divisions.

Les Palmiers à feuilles pennées sont plus rares dans notre flore que ceux à feuilles en éventail. — Nous en avons cependant 4 espèces bien

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