‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 140 sur 244 · PALMIERS · texte numérisé non relu

PALMIERS

déterminées qui appartiennent à autant de genres. J’ai essayé d’en restaurer deux dont les débris de feuilles ont été découverts à Lausanne et à Hohe-Rbonen ; ils sont au centre du groupe (fig. 164, 2, 4). L’une de ces espèces, le Phœnicites spectabilis Ung., peut être comparée au Dattier ou encore mieux au Palmier Piassava du Brésil (Attalea funifera) ; on exporte en grand les fibres de ce dernier pour la fabrication de brosses et de balais. — Les feuilles de notre espèce fossile avaient probablement 10 pieds de long environ ; leur fort pétiole primaire porte de nombreux et longs segments de 1 à 1 '/> pouce de large parcourus chacun par une nervure médiane ; ces segments sont si rapprochés que leurs bords se recouvrent mutuellement. — Ces énormes feuilles formaient sans doute une couronne à l’extrémité d’un tronc cylindrique. Chez la seconde espèce : Manicaria formosa Hr. (fig. 164, 4) les pinnes étaient soudées ensemble, et formaient un limbe indivis qui se déchirait irrégulièrement par le vent et la tempête comme nous le voyons chez le Manicaria saccifera Clus. sp. et chez le Pisang. Les Manicaria ont un tronc élevé qui porte une couronne d’immenses feuilles dressées. Notre espèce miocène devait avoir cette apparence.

Le Geonoma Steigeri Hr. était beaucoup plus petit ; on l’a recueilli dans les carrières de grès de Büron (canton de Lucerne). Les pinnes très-larges à la base se rétrécissent vers le sommet et sont parcourues par des nervures convergeant en avant comme nous le voyons chez les Géonomies, petits Palmiers des forêts vierges de l’Amérique tropicale.

La quatrième espèce de Palmier penné est le Calamopsis Bredana Hr. ; il appartient au groupe des Rotangs ou Palmiers joncs à qid leur tige grimpante d’une longueur prodigieuse et leurs feuilles pennatifides donnent un aspect tout différent de celui des autres Palmiers. Nous en avons reçu d’Oeningen de beaux morceaux de feuille ; d’un pétiole épais partent des pinnes longues, étroites, disposées par paires et qui sont parcourues par 10 ou 12 nervures longitudinales, entre lesquelles s’étendent encore 5 ou 6 nervures plus fines. — Cette disposition rap-

LA FLORE DE LA MOLLASSE

pelle celle des Rotangs actuels de l’Asie tropicale ; un spathe de fleurs d’un pied de long, qui m’a été envoyé d’Oeningen et qui appartient certainement à un Palmier, confirme cette analogie. Cependant les feuilles et les spathes n’ont pas d’épines, ce qui différencie cet arbre des espèces actuelles chez qui ces organes sont garnis d’épines.

La masse principale des plantes tertiaires appartient aux Dicotylédones dont la flore mollassique a beaucoup plus de rapports avec la flore de nos jours qu’avec celle de l’époque crétacée ; elle se distingue de la flore vivante par le grand nombre des arbres apétales. Il y a des familles qui sont actuellement étrangères à l’Europe, savoir : les Balsamifluées, les Platanées, les Artocarpées, les Nyctaginées, les l’rotéacées ; quelques autres, telles que les Cupulifëres, les.Myricées, lesUlmacées, lesMorées, les Laurinées, présentent une beaucoup plus grande richesse d’espèces tandis que les Salicinées se trouvent beaucoup moins bien représentées.

La flore actuelle possède 4 espèces de Balsamifluées, dont une du nord de l’Amérique, une seconde, très-semblable, de l’Asie occidentale, une troisième de l’Inde et une quatrième de la Chine. Nos deux espèces miocènes ont du rapport avec l’Ambrier américain, Liquidambar styracifluum L., qui donne du benjoin ou ambre liquide ; le Liquidambar europæum A. Br. lui ressemble tellement qu’il ne faudrait peut-être le considérer que comme une variété. — Ses feuilles longuement pétiolées (fig. 105 a) sont divisées en 3 ou 5 lobes qui sont régulièrement et profondément dentelés, et se terminent par une pointe étroite.

Les fruits allongés en bec et pointus (fig. 165 c) forment un capitule arrondi et renfermant des graines ailées (fig. 165 d). A côté de la feuille se trouve figuré un petit fascicule d’étamines (fig. 165 b) appartenant probablement aux fleurs mâles de cet arbre.

Ce Liquidambar atteignait sans doute une hauteur considérable ; il devait avoir le port de l’Erable et vivait non-seulement en Suisse mais en Italie et en Allemagne ; on l’a trouvé également dans le nord du Grœnland (sous 70° de lat. nord).

Liquidambar europæum Al. Br. d’Oeningen; n. feuille; b. fleurs mâles; c. fmit; d. semence, de la Schrotiburg.

AMBRIERS.

*ig. 165.

Notre Platane tertiaire, Platanus aceroides Gcep. était répandu, depuis l’Italie centrale jusqu’en Islande, au Groenland et au Spitzberg; il avait donc une area de 40 degrés de longitude sur 33 de latitude. La marne de la Sclirotzburg (dans les environs d’Oeningen) nous a conservé toutes les parties de cet arbre, son écorce finement striée, de belles feuilles de plusieurs formes, des chatons mâles et des fruits, ces derniers se présentent, soit isolés et garnis de leur collerette de poils, soit réunis en capitule globuleux. Ce Platane ainsi que l’Ambrier n’est pas voisin d’une espèce orientale, mais bien du Platanus occidentalis L. américain, avec lequel il a tellement d’analogie qu’on ne peut distinguer leurs feuilles. Au contraire, les fruits, qui n’ont pas la même forme de massue, établissent une différence entre ces arbres. Il est remarquable que dans le ravin de la Sclirotzburg il y ait abondance de feuilles de Platane, tandis qu’à Oeningen, éloigné seulement d’une demi-heure de cette localité, on n’ait trouvé jusqu’ici que quelques fruits. — Il y avait probablement aux environs de la Sclirotzburg une forêt de Platanes dont les fruits ont été emportés par le vent dans le voisinage d’Oeningen.

LA FLORE DE LA MOLLAS.SE

Les Salicinées sont représentées par les deux mêmes genres que nous leur connaissons dans le monde actuel ; mais tandis que la flore de l’Europe moyenne compte douze fois plus de Saules que de Peupliers, dans la flore tertiaire le nombre des Peupliers le cède à peine à celui des Saules. On n’y trouve de ceux-ci ni le Saule Marceau (Capreæ) ni le Saule noircissant, ni le Saule Osier, ni les Saules des Alpes, qui sont si communs dans nos montagnes et nos vallées. Ils appartiennent pour la plupart, ainsi que les Saules peu nombreux de la zone chaude, à deux divisions de Saules arborescents : les Fragiles et les Amygdalinæ. Les plus communs, et ceux dont les espèces étaient le plus répandues, sont le Salix varians Gp. et S. Lavateri A. Br., dont nous connaissons les feuilles, les chatons mâles et les fruits. C’étaient des Saules à feuilles longues, étroites et dentées eu scie comme celles du S. fragilis L. Le grand S. macrophylla Hr. avait des feuilles d’un pied de long sur plus de deux pouces de large ; on l’a recueilli à Ilohe-Khonen et près d’Eriz ; il est très-voisin du Saule des Canaries.

Tandis qu’en Suisse nous n'avons maintenant que 4 Peupliers à l’état sauvage, nous en retrouvons 8 espèces dans nos marnes et nos grès. — lisse partagent en quatre groupes, savoir : 1° les Peupliers dits Trembles, à bractées profondément tailladées et munies de longs poils, à feuilles grossièrement dentées et parcourues de nervures latérales convergeant fortement en avant ; 2° les Peupliers noirs dont les feuilles aussi larges que longues sont munies de dents en scie et pourvues d’une bordure ; les bractées sont glabres ou légèrement pubescentes ; 3° les Peupliers Baumes à feuilles plus longues que larges, cordiformes, obovales ou elliptiques et dont les dentelures sont irrégulières ; 4° les Peupliers à feuilles coriaces ; leurs feuilles ont souvent le bord entier, et leurs fruits sont trivalves ; ils ne se rencontrent plus maintenant qu’en Asie, tandis que les Peupliers Baumes ne se voient plus qu’en Amérique et en Asie. A l’époque tertiaire, tous ces types, dispersés maintenant, étaient réunis dans notre pays.

Les Trembles étaient rares, il est vrai, et représentés seulement par le

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