FIGUIERS
Les Figuiers offrent une richesse d’espèces remarquable; nous en avons 17, soit 12 au second étage, 6 au troisième, 2 au quatrième, et 5 au cinquième. — Us appartiennent essentiellement à la mollasse la plus ancienne. Parmi ces nombreuses espèces nous ne trouvons pas de forme qui rappelle le Figuier européen, Ficus carica L. Tous nos Figuiers tertiaires avaient des feuilles entières coriaces et, à n’en pas douter, toujours vertes ; ils ressemblaient pour la plupart aux espèces indiennes et américaines.
Des pétioles parfaitement cylindriques ordinairement longs, des feuilles à limbe inéquilatère à la base, des nervures latérales courbes formant souvent des arcs dont la direction est parallèle avec le bord de la feuille, les petites verrues dont les feuilles sont couvertes, les deux premières nervures latérales, qui sont opposées et partent sous des angles aigus chez les feuilles penninervées, sont autant de caractères qui nous permettent de reconnaître les feuilles du Figuier.
Parmi les Figuiers de notre flore tertiaire, qui rappellent les types indiens actuels, on peut citer le Ficus appendiculata Hr. dont les feuilles ont presque la même forme que celles du F. religiosa L., grand arbre très-ramifié et qui est destiné dans les villages indiens à procurer de l’ombre comme chez nous les Tilleuls. — Le Ficus arcinervis Ross, ressemble au F. cuspidata W. ; chez le F. multinervis Hr. les feuilles ont la même forme que celles du F. elastica L. (Figuier caoutchouc) ; comme chez ce dernier les nervures latérales étaient parallèles et trèsserrées.
Les types américains étaient les plus communs et les plus répandus chez nous, savoir : le Figuier à longues feuilles, Ficus lanceolata Hr. qui passe de la mollasse inférieure à la mollasse supérieure, et se trouve en Allemagne comme en Italie ; le Figuier à feuilles de Tilleul : F’, tiliæfolia A. Br. sp. dont les superbes feuilles cordiformes et inéquilatères formaient un des principaux ornements de la flore d’Oeningen. — C’est l’arbre le plus commun des lignites marneux d’Elgg; ses feuilles y
gisent en masses considérables ; elles se retrouvent aussi dans la mol-
LA FLORE LE LA MOLLASSE
lasse inférieure ; il était répandu sur une grande partie de l'Europe, depuis l'Italie jusqu’aux cotes de la mer Baltique. Ces nombreux Figuiers devaient prêter aux forêts primitives un aspect méridional.
Les Laurinées étaient encore plus nombreuses autrefois que les Figuiers ; j’en ai décrit 25 espèces delà Suisse. — Elles sont d’autant plus remarquables qu’elles appartiennent aux arbres les plus communs et qu’elles ont évidemment formé une grande partie des forêts tertiaires.
Les deux genres principaux sont les Laurus et les Cinnamomum. — Les espèces de ces deux genres ont des feuilles coriaces et d’un vert brillant ; chez le Laurier proprement dit elles sont penninervées. Tandis qqe chez le Cinnamomum deux nervures latérales sortent de la nervure médiane un peu au-dessus de la base et se dirigent vers le haut de la feuille, arrivant tantôt jusqu’au sommet, tantôt seulement jusqu’au milieu. La feuille est donc trinervée. Les petites fleurs de ces arbres sont tétramères chez les Lauriers et trimères chez les Cinnamomum. Les fruit s forment des baies monospermes entourées à leur base par le calice.
On a retrouvé non-seulement de belles feuilles et de beaux rameaux feuillés de ces genres, mais aussi des fleurs et des fruits et même des rameaux avec fleurs et feuilles (flg. 170 et 171). Les deux espèces les plus importantes sont le Camphrier tertiaire, Cinnamomum polymorphum A. Br. sp. et le Cannellier C. Scheuehzeri Hr., représentés par les flg. 170 et 171.
La dernière espèce a été trouvée en Suisse dans 40 localités différentes et la première dans 54 ; ces feuilles sont donc les plus communes de notre mollasse ; on peut les considérer, comme appartenant aux espèces les plus caractéristiques de l’époque miocène. — Elles commencent avec les étages inférieurs et continuent jusqu’aux supérieurs. — Elles sont répandues en Italie, en Allemagne, en France et ont joué dans la plupart de ces localités un rôle plus ou moins important.
Notre Camphrier avait des feuilles allongées, elliptiques, rétrécies au pétiole et plus ou moins acuminées à l’extrémité ; leurs premières nervures latérales ne suivent pas parallèlement le bord des feuilles, et dis-
CAMPHRIERS. CAXKELLIERS. LAURIERS.
Fig. 171.
Fig. 173. Fig. 172b. Fig. 170. Fig. 172.
Fig. 170. Cinnamomum Scheuchzeri Ilr., rameau fleuri d'Oeningen. — Fig. 171. Cinnamomum polymorphum A. Br. sp. d’Oeningen ; a. rameau avec boutons ; b. deur grossie ; c. grandeur naturelle; d. fruits ; e. feuille. — Fig. 172 Laurus princeps Tir., feuille. — Fig. 172 b. boutons. — Fig 173. Pimelea œningensis ; a. feuille de MüDsingen ; b. petite Heur d’üeningen, grossie.
paraissent environ aux ’/» du limbe ; à leur aisselle on remarque quelquefois une petite verrue. Ces feuilles étaient lisses ; dans quelques roches elles ont encore conservé leur brillant (à Oeningen par exemple). — Elles sortent d’un grand bourgeon de forme ovalaire entouré de petites feuilles ovales. Les tleurs, petites et poussant par trois, sont nombreuses et disposées en panicules peu serrées (fig. 171 a) ; ces fleurs ont un périantlie de 6 petites sépales obtuses au sommet et parcourues chacune par 3 nervures, elles sont insérées autour d’un disque central (fig. 171 c; b gross.) ; on trouve parfois quelques restes d’étamines. Les fruits ovales (fig. 171 d) sont entourés à la base d’une petite cupule provenant du calice. Dans tous ces détails nous retrouvons exactement le Camphrier actuel.— Les feuilles sontà peu près identiques, mais chez le der-
LA FLORE DE LA MOLLASSE
nier elles présentent toujours des verrues dans l’aisselle des grandes nervures latérales, tandis que chez l’espèce fossile c’est rarement le cas. Les fleurs et les fruits ont beaucoup de rapports ; cependant les sépales de l’espèce vivante sont un peu plus pointues, et les fruits un peu plus gros et plus sphériques, presque comme des cerises.
On ne peut donc mettre en doute que le Camphrier tertiaire représenté au côté gauche de notre planche < Lausanne à l'époque miocène > devait avoir le port que nous lui avons donné, semblable à celui de son représentant dans la flore actuelle. Le Camphrier habite maintenant le Japon et la Chine ; mais on le trouve cultivé aussi dans le sud de l’Italie (en Sicile) et à Madère. J’en ai vu de beaux pieds dans les jardins de Funchal. — Ils atteignent la taille de nos Poiriers et ont un feuillage brillant, mais moins fourni et moins sombre que celui des Lauriers. — Les fleurs, blanches, sont à la vérité petites et peu apparentes ; mais connue elles sont en grand nombre et réunies en faisceaux, elles contribuent encore au charme de ce bel arbre. A Funchal, le Camphrier commence à fleurir au milieu de Mars, et à la fin du mois l’arbre est couvert de fleurs. Au Japon au contraire la floraison a lieu pendant les mois de Mai et de Juin.
Le Cinnamomum Scheuchzeri (fig. 170) est presque aussi commun dans la mollasse que le précédent ; il s’en écarte par des feuilles plus obtuses, par les nervures latérales qui sont plus rapprochées du bord et parallèles avec lui, par ses pédoncules articulés (cloisonnés) et par ses fruits plus grands ; mais dans tous ces détails il a de l’analogie avec le Cannellier japonais, Cinn. pedunculatum Thbg.
A côté de ces deux espèces principales, il y en avait plusieurs autres dans nos forêts tertiaires. Le Cinnamomum lanceolatum Ung., dont les feuilles étaient plus allongées et plus étroites, était répandu sur presque tous les continents de notre mollasse inférieure. On ne le rencontre pas seulement dans l’Europe centrale, mais aussi dans la vallée du Cydnus, en Asie Mineure, et à Bovey-Tracey dans le Devonshire (Angleterre).
Le C. Rossmassleri Hr. avait de grandes feuilles elliptiques dont les