‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 144 sur 244 · LAURIER · texte numérisé non relu

LAURIER

nervures latérales s’étendent jusqu’à l’extrémité de la feuille comme dans le Cannellier indien; il était commun dans l’Europe centrale, on trouve même dans l’Orégon, au nord de l’Amérique, une forme à peu près semblable. Le C. spectabile Hr. possédait les plus grandes feuilles (presque '/, pied de long sur 2 '/, pouces de large) ; il est restreint à la mollasse inférieure, mais y est très-commun, surtout à Eriz et à Monod, où l’on en a recueilli de belles feuilles.

Toutes ces plantes portent le type asiatique ; les Lauriers proprement dits au contraire rappellent en partie les Lauriers du sud de l’Europe, en partie aussi ceux des Canaries. L’espèce la plus commune est le Laurus princeps Hr. (fig. 172) dont on a découvert des feuilles superbes à Oeningen, près de la Schrotzburg, et au Locle; les réseaux des nervures les plus fines s’y trouvent intactes. Elles avaient une longueur d’un demi-pied sur 1 '/> pouce de large, et conservent encore dans les pétrifications une surface d’un brillant particulier ; d’où il suit que, vivantes, elles étaient lisses. — Outre les feuilles, on a recueilli des boutons arrondis et des fruits ovales (fig. 172 b). Cette espèce est très-voisine du Laurus canariensis Sm. qui domine dans les forêts toujours vertes de Ténéritt'e et de Madère ; appelé Lmiro par les habitants de Madère, il a une taille beaucoup plus élevée que le Laurier européen ; il possède de longues feuilles parcourues par des nervures latérales plus nombreuses et formant un feuillage brillant d’un vert sombre. Les fleurs blanchâtres apparaissent en Mars en gracieuses panicules qui partent des aisselles des feuilles, et se transforment plus tard en baies ovales. Je me rappellerai toujours avec plaisir les charmants bosquets de cet arbre qui, en Mars 1851, à St- Antonio (Madère), m’accompagnèrent jusque sur la montagne; des Fougères garnissaient les bords d’un petit ruisseau qui sautillait à travers la verdure du feuillage interrompu par les buissons à fleurs dorées des Genêts et des Ulex. Au-dessus s’arrondissait en dôme le charmant feuillage des Lauriers d’où perçaient les grappes de fleurs blanches et où s’ébattaient de joyeux Canaris qui remplissaient l’air de leurs mélodies.

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Tel devait être notre Laurier prince lorsqu’il bordait les rives de nos fleuves et de nos lacs et que ses feuilles tombaient dans le limon qui les a pétrifiées et nous les a conservées.

Le Laurus primigenia Ung. qui apparaît dans notre mollasse inférieure, est une forme voisine de la précédente ; mais le Laurus Furstenbergi A. Br. d’Oeningen présente au contraire une grande analogie avec le L. nobilis L., espèce européenne.

Le genre Persea est proche parent des Lauriers pour la forme des feuilles. Une espèce de notre mollasse, le Persea speciosa Hr. ressemble au Vinhatico ou P. iudica L. des lies Canaries, tandis que le P. Braunii Hr. est analogue au P. carolinensis Cat. Le Vinhatico devient encore plus grand que le Louro avec des troncs puissants dont le bois brun, sous le nom de Mahagoni de Madère, est très-estimé et constitue un objet de commerce. Il n'est pas rare de voir le tronc principal de cet arbre, comme au reste celui d’autres Lauriers, se diviser et fournir ainsi plusieurs troncs dont les branches à feuilles serrées forment de hautes voûtes de verdure. A Madère, le Vinhatico croit surtout dans les vallées abritées et dans de profonds ravins. Je l’ai trouvé au milieu de Janvier dans les montagnes du Curai, et à la lin de Mars dans les gorges abritées du St-l’edro. couvert de fruits à moitié mûrs.

Les Camphriers, les Cannelliers et les Lauriers ainsi que les Persées formaient sans doute de grandes forêts toujours vertes; tandis que trois espèces de Benzoins et un Sassafras étaient probablement de simples arbustes ou de petits arbres à feuillage caduc comme leurs parents américains.

Le Sassafras ou Fenouil a sur le même rameau des feuilles entières biou trilobées. Nous retrouvons cette même disposition dans une espèce fossile de Sinigaglia et de Menât où, à l’opposé de notre espèce d’Oeningen (Sassafras Aesculapi Hr.), on n’a pas encore rencontré de feuilles entières.

Les Santalacées, voisines des Laurinées, ne se sont révélées jusqu’ici que par une éspèce qui appartient au Leptomeria, genre remarquable

PR0TÉACÉK8.

de la Nouvelle-Hollande; c’est la L. œningensis Hr. Elle avait la taille d’un arbuste, et de petites feuilles serrées contre les rameaux.

La petite famille des Daphnoidées n’est représentée que par le genre Pimelea de la Nouvelle-Hollande; nous avons, outre les feuilles (fig. 173 a) une petite fleur (fig. 173 b) de la P. œningensis Hr., qui est entourée à la base d’un bouquet de poils, comme cela se voit chez les espèces vivantes.

Les Protéacées sont aussi une famille assez riche en espèces, mais leur area n’est pas très-étendue; elles ne se rencontrent pas en quantité trèsconsidérable et la détermination de plusieurs espèces laisse encore à désirer. Elles rappellent par la forme de leurs feuilles des genres vivants de la Nouvelle-Hollande; Hakea, Dryandra, Banksia et Grevillea et y ont été rattachées.

L’Hakca salicina Hr. trouvée à Oeningen nous a fourni non-seulement des feuilles (fig. 184 a) et des semences ailées (fig. 184 b) qui nous montrent qu’elle est très-voisine de l’Hakea saligna R. Br. sp. Une petite espèce de Dryandra, la Dr. Schrankii Stbg. (fig. 185) avait des feuilles longues, étroites, raides et pennatifides; elle appartient aux plus anciens étages de notre mollasse (marnes de Ralligen, Weggis et Sehwarzachtobel) et présente, par la forme de ses feuilles, une grande analogie avec la Dryandra formosa R. Br.

Nous avons au Locle la Grevillea Jaccardi Hr., proche parente de la Gr. hæringiana qui se trouve à Ralligen ; toutes deux ont des feuilles raides, longues, étroites et recouvertes d'un délicat réseau de nervures, comme cela se voit chez, les Gr. linearis et Gr. oleoides R. Br. d'Australie.

Les Banksia ont des feuilles rétrécies à la base et parcourues par une nervure médiane qui diminue peu de grosseur jusqu’à la pointe tronquée du limbe. Nous possédons les feuilles de 6 espèces dans notre mollasse inférieure et marine ; elles ont quelques rapports avec celles des Banksia integrifolia, spinulosa et attenuata R. Br. On a trouvé au Rother-Berg, près Lucerne, le fruit d’une de ces espèces; il est du moins probable

LA FLORE UE LA MOLLASSE

qu’il faut rapporter à une Banksia le fruit ligneux que représente la fig. 173 B, a; il est lenticulaire, couvert de fines rugosités et pourvu d’une ligne médiane distincte. Pour la grosseur et la forme, il se rapproche du fruit de la Banksia Cuninghani.

Fir 173 B.

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a Banksia, fruit «U* U mol lasso inférieure «le Kother-Berg, trouvé par le prof. Kaufmann . b Banksia Cuninghami de la Nouvelle-Hollande.

L’ordre des Serpentariées ne nous est connu que par trois Aristoloches: c’étaient probablement des arbustes grimpants qui enlaçaient les arbres des forêts miocènes.

Les familles des Chenopodiacées et des Polygonées (Apétales herbacées), qui sont fortement représentées de nos jours, ne nous sont parvenues qu’avec un nombre très-restreint d’espèces; le Polygonum cardiocarpum (fig. ITô) et P. rotundatum Hr. dont les fruits sont entourés d’un large reboni ailé, et trois Salsola: S. Moquini, S. crenulata et S. œningensis Hr. (fig. 174) dont les jolis calices fructifères imitent une corolle à cinq pétales (trouvées à Oeningen). Comme les Salsolées n’habitent aujourd’hui que les côtes marines et vivent rarement dans l’intérieur des terres, mais seulement çà et là sur un sol salé, il est probable qu’à l'époque œningienne il y avait encore dans le voisinage des localités salines.

La grande division dos Phanérogames gamopétales, chez lesquelles la corolle se compose d’une seule pièce, est pauvre en espèces tertiaires. Plusieurs grandes familles, telles que les Campanulacées, les Labiées, les

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Solanées, les Primulacées, manquent complètement jusqu’ici. Nous n’avons que quelques restes peu authentiques de celles des Borraginées, des Scrophulariées, des Gentianées et des Caprifoliacées. Ce sont de petits fruits, de menues graines et des fleurs peu distinctes qui ne nous annoncent que vaguement l’existence de ces types dans le monde tertiaire.

La famille la mieux représentée est celle des Synanthérées; nous n’en possédons cependant que les fruits. J’en ai décrit 21 espèces provenant d’Oeningen; depuis lors, il m’en est parvenu plusieurs autres nouvelles. Ces fruits avaient évidemment été apportés de loin par les vents, car on n’a trouvé qu’un ou deux échantillons de chaque espèce, et si ces plantes avaient habité les bords du lac d’Oeningen, leurs graines se seraient enfouies en grand nombre dans la vase. Ces fruits sont longs, pourvus de stries longitudinales et d’une couronne formée de poils raides dressés en petites gerbes comme ou en voit souvent sur les fruits de Chardons, de Scorsonère, etc., qui sont tombés sur l’eau. Dans le réceptacle les poils sont dressés; puis, par le temps sec, ils s’étalent et sont emportés par le vent qui les conduit à travers l’espace; s’ils tombent dans l’eau, le parachute se referme et les poils reprennent leur position première. Les fruits trouvés à Oeningen ne peuvent pas être encore comparés avec certitude à des espèces vivantes; ils rappellent cependant les fruits de Chardon, de Bardane, de Scorsonère et nous disent que les forêts d’Oeningen étaient habitées par bon nombre de Synanthérées.

Dans cette localité, comme dans toutes nos forêts miocènes, les Vacciniées (Myrtilles) étaient très-abondantes et se rapportent tout à fait pour la forme à notre Myrtille ordinaire, au Vaccinium uliginosum et au V. vitis-idæa ; on y trouve aussi quelques types américains. Ces comparaisons ne sont cependant basées que sur les feuilles, et, vu la multiplicité des formes semblables, ne sont pas suffisamment fondées. En revanche, on a recueilli des feuilles bien conservées (fig. 178 b), des calices fructifères (fig. 178 a), des fruits et des semences du Diospyros brachysepala A. Br. (de la famille des Ebénacées) sur lesquels on ne peut se mépren-

LA FLOUE DE LA MOLLASSE

dre. Ce Diaspyros ressemble beaucoup au D. Lotus L. du sud de l’Europe; il formait sans doute comme ce dernier des arbres bas, très-ramifiés, dont le fruit consistait en une baie de la grosseur d’une cerise, et entourée d’un calice à 4 lobes.

On a découvert cette espèce en premier lieu à Oeningen par le calice et des feuilles, puis à Hohe-Rbonen, à Rothenthurm, à l’Albis, près de Delsberg et d’Eriz, en Italie jusqu’à Sinigaglia, en Allemagne, en France et même au Grœnland; cet arbre avait donc une area considérable. Une seconde espèce, D. anceps Hr., est beaucoup plus rare; elle offre de nombreux joints de ressemblance avec le D. virginiana L. (Plaqueminier américain) que l’on cultive aux Etats-Unis pour ses excellents fruits.

Les Asclcpiadées sont reconnaissables à une soudure spéciale des étamines avec le pistil, et à leurs semences plates pourvues d’un bouquet de poils et enfermées dans un follicule. J’ai recueilli à Oeningen de semblables graines munies encore de leur aigrette de poils (tig. 182), ainsi que les fruits et les feuilles d’une espèce voisine de l’Acerates longifolia Mich. sp.; par conséquent les organes décrits ci-dessus ont dû appartenir à une espèce à buissons bas, à fleurs blanches et à feuilles étroites (fig. 181). On a découvert à AValpkringen (canton de Berne) un rameau avec de belles feuilles opposées appartenant à rApocynophyllum helveticum Ilr.; cet arbre était probablement touffu et voisin du Laurier rose.

Les Frênes, représentés autrefois dans notre pays par 5 espèces et actuellement par une seule, nous put laissé quelques fruits ailés (fig. 179 a) et quelques pinnes (fig. 179 b). Ils s’écartent de notre espèce actuelle et doivent être comparés avec les Frênes de l’Amérique et du Caucase.

La famille des Convolvulacées s’offre à nous sous le remarquable genre indien Porana. Ce sont de grands buissons grimpants dont les nombreuses fleurs forment des panicules lâches ; les calices sont persistants, et entourent la capsule du fruit mûr de leurs 5 sépales raides et scarieuses. Telles étaient les espèces fossiles, dont une, la Porana œningensis A. Br. (fig. 176), est assez commune à Oeningen ; nous en connaissons le calice frugifère et le fruit. Ainsi que sa congénère indienne.

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