LIANES. VIGNE
la P. volubilis Burin, s'élançait le long des arbres et prenait possession de leur cime; le vent transportait facilement leurs semences, qui vinrent s’enfouir dans la vase du lac oeningien.
Les Lianes proprement dites étreignaient aussi les arbres de la forêt d’Oeningen. La fig. 180 représente de beaux fruits du Bignonia Damans Hr. et la fig. 180 b des graines pourvues d’un bord ailé. Le fruit ligneux est à peu près d’un pied de long sur ‘/j pouce de large ; il a tout à fait la forme de celui du Bignonia (Tecoraa) radicans L. ; il appartient cependant aux Bignonia proprement dits, car il n’a pas sur le milieu des valves dé strie ou de côte, qui chez les Tecoma indique la soudure de la cloison. Les Bignonia sont de belles plantes grimpantes «les zones chaudes et torrides, dont les fleurs en cloches et labiées ont fréquemment des couleurs très-vives et sont un ornement des forêts tropicales.
Plusieurs ordres, riches en espèces, manquent encore à la grande division des Dicotylédones polypétales (c’est-à-dire dont la corolle se compose de plusieurs pétales libres) ; telles sont les Caryopbvllées, les Cucurbitacées, les Hvpericinées, les (îéraniacées, ainsi que d'autres familles importantes qui ne sont pas représentées, telles que les Crassulacées, les Anonacées, les Papaveracées, les Oenothérées. Les Ombellifères, les Renonculacées et les Crucifères ne nous sont parvenues que sous forme de fruits, mais en petit nombre. Les genres Ranunculus et Peucedanites étaient probablement représentés par des plantes aquatiques et marécageuses ; les Clématites ont au contraire habité les forêts. — Les Araliacées, famille très-voisine des Ombellifères, nous fournissent une Hedcra à petites feuilles; l’H. Kargii A. Br. et un Panax arbrisseau, P. circularis Hr. (fig. 177) dont nous avons reçu un rameau entier garni de fruits et provenant d’Oeningen. — La Vigne, Vitis teutonica A. Br., voisine de la Vigne américaine, V. vulpina L., a fourni à Oeningen quelques pépins et un rachis de grappe seulement, tandis qu’elle a donné en Allemagne des feuilles, des baies et des grains. La Vigne avait donc droit de bourgeoisie en Europe dans ces
LA FLORE DE LA MOLLASSE
Fig. 177. Fig. 180. Fig. 183. Fig. 184.
Fig. 187. Fig. 186.
Fig. 174. Salsola œningensis Hr.; calicç frugifere. — Fig. 175. Polygonum cardiocarpum Hr. ; fruit. — Fig. 170. Porana œningensis A. Br. sp.; a. calice frugifcre; b. fruit enveloppe de son calice. — Fig. 177. Panax circularis llr. d'Oeningen. — Fig. 178. Diospyros brachysepala A. Br.; a. calice frugifére; b. petite feuille. — Fig. 179 Fraxinus prædicta Hr. ; a. fruit ; b. pinne. — Fig. 180. Bi-
TULIPIERS. NYMPHÆÀ.
gnonia Damans Ilr. ; fruit d'Oeningen, 7/8 de gr. nat.; b. semence. — Fig. 181. Acerates veterana Hr. ; feuille. — Fig. 182. Semence avec bouquet de poils. — Fig. 183. Cypselites costatus Hr. — Fig. 184. Hakea salicina Ilr. ; a. fruit; b. semence; c. feuille, */t gr. nat. — Fig. 185. Dryandra Schrankii Br. de Waggis. — Fig. 186. Liriodendron Procaccinii Ung.; a. feuille d'Islande, */* gr. nat , restaurée; b. feuille d'Eriz, */t gr. nat., restaurée; c. fruit d'Islande. — Fig. 187. Apeibopsis Fischeri Hr. de Wynau
temps primitifs et enlaçait de ses festons élégants les Chênes de nos forêts miocènes. Les Cornées, dont les feuilles sont reconnaissables à leurs nervures latérales, se dirigeant vers la pointe, formaient probablement des bosquets étendus semblables à ceux des genres conuus de notre flore actuelle ; notre mollasse en renferme une demi-douzaine d’espèces.
Les Magnoliacées, rares il est vrai, sont représentées en Suisse par une espèce de Tulipier, le Liriodendron Procaccinii Ung., qu’on a d’abord recueilli à Sinigaglia, puis à Eriz dans le canton de Berne (fig. ISIS b) et en Islande (fig. 186 a, c). Les feuilles sont très-semblables à celles du Tulipier américain, seule espèce vivante connue ; elles sont tronquées de la même manière caractéristique, mais les bords du lobe moyen sont plus arrondis et les fruits (fig. 186 c) beaucoup plus petits.
Les belles feuilles de Nymphæacées trouvées à la Paudèze près de Lausanne sont une preuve que cette famille ornait nos lacs miocènes. — . Là on a recueilli un Nymphæa très-voisin du nôtre, N. Charpentieri Hr. ainsi que le Nelumbium Buchii Ett. Cette espèce avait des feuilles écussonnées qui, comme dans l’espèce vivante, s’élevaient au-dessus de l’eau, tandis qu’elles flottent chez les Nymphæa ; outre les feuilles on a encore trouvé des morceaux de rhizomes de ces deux espèces. Les rhizomes des Nymphæa sont épais et pourvus tout autour de grands coussinets de feuilles, tandis que chez les Nelumbium ils sont lisses et garnis par places de bouquets de racines d’où partent les feuilles. — Par analogie on peut penser que le Nymphæa avait des fleurs blanches, et le Nelumbium, rose-pâle.
La belle famille des Myrtacées, qui appartient exclusivement aux pays chauds, est facile à reconnaître à la nervuratiou des feuilles, car la ner-
LA FLOUE ItE LA MOLLASSE.
vure marginale part de la base de la feuille et va jusqu’à l'extrémité, formant ainsi une marge spéciale. J’ai déterminé 7 espèces de notre flore tertiaire rentrant dans cette famille; trois appartiennent aux Myrtes proprement dits. Notre Myrte suisse, M. helvetica Hr. a beaucoup d’analogie avec l'espèce actuelle qui est répandue dans tous les pays méditerranéens ; on peut comparer une Eugénie au Jambosa vulgaris des tropiques, et l’Eucalyptus oceanica Ung. aux Eucalyptus d’Australie.
Dans l’ordre des Columnifères, les Tiliacées ont des formes caractéristiques complètement étrangères à notre pays et se divisent en deux genres. L’un d’eux, (îrewia, a des feuilles crénelées ou cbrdiformes; c’est une des pétrifications les plus communes de Hohe-ithonen, et il devait y avoir dans ces parages une forêt entière de Grewia crenata. Les fruits de l’autre genre présentent un intérêt particulier; ils ont l’apparence de petites courges, mais ils sont parcourus par des sillons au nombre de 5 à 10 ; par leur côté interne, ces sillons correspondent à autant de placentas sur lesquels est disposée une double rangée de semences. Ces fruits ressemblent à ceux des Apeiba de l’Amérique tropicale qui, ainsi que les fruits fossiles, ont complètement l’apparence d'Oursins; c’est surtout le cas pour l’A. Fischeri Ilr. (fig. 187) dont le fruit large et tout à fait aplati a identiquement la même grosseur que ceux de l’ Apeiba Tibourbou Aubl. — Cependant la position des graines n’est pas la même, et il faut rapporter l'A. Fischeri à un genre éteint; on en a trouvé dans la mollasse grise de Lausanne et dans les rognons de grès des environs de Morgenthal, canton de Berne; on en a recueilli des feuilles à Eriz et à Monod ; elles peuvent être comparées, quant aux nervures et à la forme, à celles des Apeiba actuels.
Les Acérinées ont joué un rôle important dans notre flore mollassique, et fournirent à cette époque un nombre d’espèces plus considérable que nulle part ailleurs. — Tandis que la Suisse et l’Allemagne ne possèdent aujourd’hui que 3 espèces, j’ai décrit dans ma flore tertiaire 20 espèces suisses dont 16 ont vécu à Oeningen. - Quelques-unes à la vérité sont encore douteuses; cependant il y en a 10 qui ont pu être détermi-