ÉRABLES
nées au moyen de feuilles et de fruits très-caractérisés ; plusieurs autres l’ont été au moyen de fleurs, de boutons et de rameaux. Ce type de végétaux était donc beaucoup plus répandu dans le monde primitif qu’à notre époque. Nous retrouvons ici ce fait surprenant que les espèces principales de notre flore actuelle : l’Acer pseudoplatanus et l’A. platanoides n’ont aucun représentant dans la mollasse, et que les espèces les plus nombreuses et les plus communes de cette formation se rattachent à des formes de l’Amérique du Nord.
L’espèce la plus importante est sans contredit l’Acer trilobatum Stbg. sp. (fig. 190), qui fut en même temps l’un des principaux arbres de tout le pays tertiaire ; non-seulement il apparaît à tous les étages de notre mollasse, et en quantité, considérable à Ooningen, mais il était répandu en Allemagne, en France et en Italie. — Son area s’étendait sur 18" de longitude (de Menât, en Auvergne, jusqu’à Tokay) et sur 7" de latitude (de Senegaglia à Rchosznitz près de Breslau). Ses feuilles trilobées et longuement pétiolées atteignaient une grandeur remarquable (j’en ai des échantillons qui ont */, pied de longueur et de largeur) et leurs lobes étaient dentelés irrégulièrement. Les fleurs disposées en ombelles pendantes ont été si bien conservées à Oeningcn qu’on peut parfaitement distinguer les sépales, les pétales, les ovaires et les étamines*. Les feuilles, les fleurs et les fruits de cet arbre ont tellement d’analogie avec ceux de l’Erable rouge d’Amérique (Acer rubrum L.) qu’on peut le
* La fig. 190 d. représente une ombelle d'Acer trilobatum; sur les petites fleurs inférieures on reconnaît \ fins pétales insérés dans le calice, le cinquième est probablement tombé : les deux autres Heurs laissent voir l’ovaire composé de 2 carpelles. Dans une seconde ombelle, fig. 190 b, les pétales et les sépales sont tombés, et \
l'ovaire est plus avancé. La fig. 190 d, nous donne une ombelle de Heurs mâles avec les étamines dont les anthères de forme ovale sont très-bien conserv és. Cet arbre, semblable à l'Érable rouge, portait donc des fleurs à pistil, à côté de Heurs purement mâles. La fig. 190 e, représente une ombelle de fruits. Les ‘2 carpelles se prolongent en ailes assez longues, élargies dans leur milieu, largement arrondies en avant et assez peu divergentes. Avec ces rameaux feuillés, nous en avons de nus qui proviennent évidemment de l'automne ou de l'hiver; ils sont garnis de boutons ovales et opposés.
La fig. 190 f, donne l'extrémité d’un rameau semblable.
LA FLORE DE LA MOLLASSE
prendre pour l’ancêtre de ce dernier, et il n'en diffère que par ses pétioles plus forts, par ses lobes moins prononcés et par ses pédoncules plus épais. L’Erable rouge habite dans les lieux bas, humides et marécageux du Canada, et s’étend jusqu’au sud des États-Unis; il forme une futaie de grandeur moyenne remarquable par ses pédoncules rouges et pendants.
/ Le plus proche parent de cet arbre dans la flore américaine est l’Acer eriocarpum Ehrb.; c’est un grand et bel arbre qui a son analogue tertiaire dans l’A. eriocarpoides Hr., qui est cependant beaucoup plus rare.
L’Acer vitifolium A. Br. est très-semblable à une espèce américaine, l’A. spicatum Lam., qui a été découvert dernièrement dans l’Amour. — Une très-jolie espèce, l’A. Buminianum Hr. (fig. 191) se distingue par ses feuilles fortement entaillées, à dents très-aiguës et à lobes très-allongés, et par ses petits fruits; il est proche voisin d’une espèce japonaise, l’A. polymorphum Sieb., qui doit être commun dans ce pays, car ou en voit souvent le feuillage représenté dans les peintures japonaises. On en a trouvé des feuilles et des fruits à Monod et près de AVangen. — A côté de ces formes de pays étrangers, on rencontre aussi des types européens qui rappellent l’Acer campestre, l’Acer opalus Ait. et l’A. monspessulanum L., qui se trouvent en quelques endroits chez nous, mais appartiennent à la zone méditerranéenne.
Nous avons encore quelques types spéciaux qui n’ont pas d’analogue dans la flore actuelle. Le plus remarquable est l’Acer otoptervx Gp. (fig. 192), dont les fruits atteignent 4 pouces de longueur. On l’a découvert dernièrement à Oeningen ainsi qu’à Elgg, et plus anciennement en Carinthie, en Silésie et même en Islande. — Cette espèce d’Érable était l’arbre forestier le plus commun de ce pays septentrional pendant l’époque miocène; j’en ai reçu des feuilles et des fruits de Brjamsloek, G uult hume, IIredavatn et Tindarfell. — La fig. 193 représente seulement la plus petite de ces feuilles; on en trouve qui ont jusqu’à 3 pouces de large ; elles sont cordiformes à la base, et ont des lobes peu saillants et irrégulièrement dentelés.