ÉRABLES
La famille voisine, quoique d’une tout autre apparence, est celle des Sapindacées dont une espèce, le Sapindus falcifolius A. Br., était com-
Fiç. 192. Fig. 190.
Fig. 190. Acer trilobatum Stbg. gp. d'Oeningen.; a. feuille; b. jeunes fruits; c. fleurs mâles: d. fleurs femelles; e. fruit mûr; f. rameau nu avec boutons. — Fig. 191. Acer Ruminianum Ilr., feuille : b. fruit de Wangen. — Fig. 192 Acer otopterix Gp., fruit d'Oeningen. — Fig. 193. Jeune feuille dos Snrturbrand d’Islande. — Fig. 194. Pa liurUB Thurmanni Hr. du Locle ; a. feuille ; b. fruit ; c. rameau épineux. — Fig. 195. ZizyphusUngeri H r. Feuille de Morgins, Val d’Illiers, xjt gr. nat.
LA FLORE UE LA MOLLASSE
muue chez nous, et se rencontre dans tous les étages de la mollasse ; il ressemble beaucoup au S. surinamensis, Poir. de Surinam, et possédait aussi de belles feuilles pinnat itides à pinnes nombreuses et lancéolées, et des fruits globuleux.
La plupart des arbrisseaux de notre pays tertiaire appartenaient à l’ordre des Frangulacées ; c’étaient des buissons forestiers ou marécageux et riverains des cours d’eau. — L’ordre se divise en trois familles: les Célastrinées, les Rhamnées et les Ilicinées, qui se révèlent par une grande abondance d’espèces. — Les Célastrinées étaient pour la plupart des arbrisseaux à feuillage raide, coriace, et toujours vert que l'on peut comparer à quelques espèces du Cap, de l’Australie et du sud de l’Amérique. L’espèce la plus commune est le.Celastrus liruckmanni A. Br., arbrisseau à feuilles ovales, à petites corolles de cinq petits pétales et à fruit composé d'une capsule à 3 valves.
1 os Rhamnées étaient encore plus communes ; elles comptaient cinq genres, tandis que maintenant elles n’en ont plus qu’un dans nos contrées: le genre Rkamnus, qui ne possède que deux espèces dans la plaine. Nous connaissons en revanche 14 espèces de ce genre dans notre mollasse. La plus commune était le Rhamnus Gaudini llr., dont les feuilles grandes, ovales, dentelées et parcourues par 8 à 12 nervures latérales arquées sont les plus abondaqtes à Monod. 11 est commun aussi dans les argiles du Samland où j’ai trouvé des épines auprès des feuilles.
Les espèces des genres Zizyphus et Paliurus étaient épineuses ; on en a retrouvé de petites fleurs ainsi que des rameaux avec leurs épines et leurs feuilles à trois nervures longitudinales. Le Zizyphus Ungeri Hr. (tig. 195) ne se rencontre que dans notre mollasse inférieure (Val d’Illiers, Ralligen et Horw) et ressemble au Z. siuensis Lam. du Japon, tandis <iue le Z. tiliæfolius Ung. appartient à tous les étages mollassiques ; il avait même en dehors de la Suisse une aire très-étendue. — C’était une des espèces les plus communes. J’ai trouvé à Hohe-Rhonen sur la même plaquette des feuilles, des épines et de petites fleurs à quatre pétales appartenant à cette espèce. — Elle ressemble au Z. jujuba Lam., Jujubier
HOUX. NOYEKS.
asiatique. Les Paliurus au contraire ont la même apparence que le P. aculeatus Lam., si commun dans l’Europe méridionale. — Le P. Thurmanni Hr. du Locle et d’Oeningen avait connue ce dernier des rameaux très-épineux (fig. 194 c)et des feuilles elliptiques parcourues par des nervures longitudinales allant jusqu’au sommet (tig. 194 aj et des fruits à ^ péricarpe munis d’ailerons (tig. 194 b). Le Berchcinia multinervis A. Br. sp. formait sans doute de grands buissons grimpants. Ses feuilles ovales, pourvues de nombreuses nervures latérales parallèles et réunies par de fines nervillcs, devaient le faire ressembler au B. volubilis L. sp. ; ce dernier est un arbrisseau qui enlace si bien les arbres forestiers dans la Caroline et la Floride, qu’il en arrête le développement et même les étouffe complètement ; c’est donc avec raison qu’on l’a surnommé le < Bourreau des arbres. > Notre espèce. tertiaire, qui était très-répandue, devait probablement avoir un développement analogue.
Tandis que les genres ci-dessus sont complètement étrangers à notre flore actuelle, on rencontre dans nos forêts une espèce de IIoux. — Notre flore mollassique en possédait 9 espèces, parmi lesquelles l’Ilex Studeri Lah. ; avec ses feuilles profondément écbaucrées, raides, coriaces et à dents transformées en piquants, il était semblable à notre flous. Mais toutes les autres formes rappellent des types qui se rencontrent dans les marécages de la Floride, de la Nouvelle Géorgie et de la Caroline. — On a retrouvé surtout à Oeningen et au Locle, une espèce à feuilles trèscoriaces et munies de fins piquants (Ilex berberidifolia Hr.), qui est proche parente de l’Ilex cassiue Ait. de la Caroline.
Les Térébinthinées ont ainsi que les Frangulacées une grande importance géologique ; plus communes jadis, elles déployaient sur notre pays une beaucoup plus grande variété de formes. Cela s’applique surtout aux Juglandées, dont j’ai décrit 10 espèces ; mais ce nombre est probablement exagéré. Plusieurs espèces ne nous sont connues que par les feuilles ou seulement les fruits, et je n’ai pas toujours réussi à combiner ces deux organes. Quatre espèces pourraient ainsi disparaître et il en resterait encore 12, tandis que l’Europe ne possède pas un seul Noyer indigène et
LA FLORE 1)E LA MOLLASSE
que l’Amérique du Nord, où cette famille est le mieux représentée, n’en renferme que 10. — Les Noyers ont donc joué dans la flore miocène un rôle bien plus important que maintenant. Plusieurs espèces étaient trèscommunes et s’étendaient au loin dans le pays mollassique. Le Juglans acuminata A. Br. était surtout dans ce cas ; on le retrouve non-seulement dans tous les étages de notre mollasse où il était très-abondant, mais aussi en Allemagne et en Italie. Son aire embrassait 7" de latitude et environ 10° de longitude. Il ressemble beaucoup à notre Noyer, le J. regia L., originaire de Perse. Ce sont les mêmes feuilles à folioles entiers arrangés par paires, et terminées par un long foliole impair. Iæs fleurs mâles sont réunies dans des chatons assez allongés. Les fruits sont un peu plus petits que ceux de notre Noyer, mais ils ont aussi une coquille ridée. On n’en a trouvé, il est vrai, jusqu’ici que des morceaux mal conservés et écrasés les uns contre les autres ; mais on a recueilli dans le canton de Vaud de belles noix de deux espèces parentes, le Juglans Gaudini Hr. et le J. Blancheti Hr.
Le Juglans bilinica Ung. avait une aire analogue à celle des Noyers à feuilles pointues. Il rappelle par la forme de ses folioles crénelés le Noyer noir américain (J. nigra), très-commun chez nous dans les plantations d’arbres, et qui se distingue par ses noix rondes et profondément ridées; mais les Carya ont des noix lisses ; les espèces les plus abondantes étaient le C. ekrnoides Ung. et le C. Heerii Ett. — Ce dernier, avec ses folioles longs, étroits et dentelés, ressemble au Carya aquatica Miel). d’Amérique. qui vit dans les marais de la Caroline et de la Nouvelle Géorgie.
Le Pterocarya denticulata O. Web. sp. était probablement un arbre très-branché et feuillu, car il ressemble beaucoup pour la forme des feuilles au P. caucasica Kth. — Nous en avons reçu une belle feuille pinnatiséquée provenant de Hohe-Rhonen.
La famille des Anacardiacées est largement représentée dans notre flore tertiaire par le genre Rhus ; elle nous offre un singulier mélange de formes propres à divers pays. La durée des espèces semble cependant avoir été assez courte. La plus commune est le Rhus Pyrrhæ Ung., qui
POMMIERS. PRUNIERS. LÉQUMINEUSES. 417
correspond au R. aroraatica Ait. d’Amérique, et parait avoir formé des buissons à feuilles pinnatiséquées. Le Rh. Meriani Hr. avait les feuilles pinnatiséquées du R. typhina L., arbre américain importé chez nous. Cette espèce, ainsi que le R. Brunneri Hr. à feuilles semblables, est limitée à la mollasse inférieure.
Les Zanthoxylées formaient des arbrisseaux épineux à feuilles multifoliolées, tandis que les Ailanthus étaient probablement des arbres. — Nous connaissons les fruits ailés d’une espèce, trouvés à Hohe-Rhonen.
Le grand ordre des Calophytées est très-pauvre en espèces. — Les Rosacées herbacées qui jouent un si grand rôle dans la flore actuelle manquent dans la mollasse; quant aux Rosacées ligneuses elles ne sont nulle part abondantes.
Iæs Pomacées nous fournissent le genre Cratægus dont trois espèces appartiennent au groupe de nos Aubépines. Une de ces espèces, le Cratægus Buchii Hr. a été découverte dernièrement à Oeningen ; il a des feuilles identiques .à celles de notre" Aubépine. La famille des Amygdalées est plus riche et nous donne deux genres : Prunus et Amygdalus.
Le Prunus acuminata A. Br. ressemble à un Cerisier américain, le Pr. chicasa Mx., et le I’. Hanhardti Hr. découvert à Berlingen, au Prunier ordinaire ; P Amygdalus pereger Ung. pour les feuilles et les noyaux a quelques rapports avec l’Amandier commun.
Nous voyons donc apparaître déjà dans la mollasse les formes primitives des Cerisiers, des Pruniers et des Amandiers, mais nous ne retrouvons ni Pommier ni Poirier.
Les Légumineuses forment actuellement un des ordres les plus riches en espèces ; à l’époque tertiaire, elles avaient déjà une grande importance , et notre flore mollassique en compte 131 espèces. Il est vrai 'que nous n’en connaissons plusieurs que par les feuilles, mais on a retrouvé les gousses bien caractéristiques de 21 espèces.
Nos Légumineuses se divisent en deux familles: les Papilionacées et les Mimosées. — Ces dernières manquent actuellement en Europe; mais elles sont très-abondantes sous les zones tropicales et subtropicales. —
LA FLORE DE LA MOLLASSE
Ce sont pour la plupart des arbres et des arbrisseaux qui se distinguent par leurs feuilles finement bipennées, et qui appartiennent aux formes les plus gracieuses du règne végétal. — Les deux genres principaux sont les Acacias et les Mimosas qui autrefois habitaient notre pays. — On a trouvé à St-Gall un fruit de ces derniers, mais la détermination n’en est pas encore précise; quant aux Acacias, nous en avons obtenu de nombreuses feuilles, ainsi que des gousses bien conservées.
L’Acacia parchlugiana Ung. avait de gracieuses feuilles bipennées et de longues gousses ; il offrait probablement le même aspect que l’ Acacia lophanta W. et dealbata Link. C’est la plante la plus commune dans les blocs miocènes erratiques de St-Gall, où l’on rencontre souvent les fruits à côté des feuilles ; elle se trouve aussi dans les environs de Lausanne. Dans la planche < Lausanne à V époque miocène > elle figure au premier plan sous la forme d’un buisson. Cet Acacia a été recueilli dans l’Italie centrale (Sinigaglia), en Auvergne (Menât) et à l’Est jusqu’à Tokav en Hongrie; il avait donc une aire très-étendue. — Une autre espèce également très-répandue est l’Acacia Sotzkiana Ung., qui a des pinnes plus grandes mais des gousses plus petites, tandis qu'une troisième espèce, l’A. microphylla Ung., n’a été observée que dans de rares localités. Dix autres espèces font encore exclusivement partie de notre flore mollassique.
On peut diviser les Papilionacées tertiaires en cinq groupes : les Lotées, les Phaséolées, les Dalbergiées, les Sophorées et les Cæsalpinées. Les quatre derniers sont étrangers à la flore suisse actuelle, tandis que les Lotées sont très-répandues dans notre pays, et en général dans la zone tempérée. Elles ne sont représentées que par 15 espèces dans notre flore mollassique. La majeure partie des Papilionacées appartient à des tribus exotiques; en outre, sur les 15 espèces, six seulement se rattachent à des genres qui se retrouvent dans notre flore actuelle (Cytisus, Medicago et Colutea), au lieu que six autres genres en ont disparu. En général la famille des Papilionacées contribue beaucoup à donner à notre flore tertiaire un cachet méridional. Tandis que dans la zone tempérée elle se compose