PAPILIONACÉES
presque exclusivement de plantes herbacées, et dans la zone torride, au contraire, d’une quantité d’arbres et d’arbrisseaux, elle comprend dans nos régions miocènes une grande abondance de végétaux ligneux. La plupart des espèces sont rares, probablement parce qu’elles vivaient plutôt sur les collines sèches que dans les marais ou le voisinage des fleuves. — Il ne nous est parvenu de la grande division des Trifoliacées que les fruits du Trigonella Seyfriedi et du Medicago protogæa Hr. ; un Baguenauder (Colutea) nous a laissé des feuilles et un fruit; un Cytise, de petites feuilles digitées à 3 folioles. L’arbre le plus commun du groupe est le Robinia Itegeli Hr. qui est très-voisin de l’Acacia rouge ou faux Acacia. — Oeningen a fourni de belles feuilles pennées de cet arbre; la mollasse de Lausanne et de St-Gall nous en a conservé des gousses polyspermes d’une grandeur considérable.
Dans la famille des Dalbergiées, le genre Dalbcrgia renferme le plus grand nombre d’espèces; c’étaient sans doute des buissons et de petits arbres à feuilles dures, coriaces et pennées comme chez quelques espèces de l’Inde septentrionale.
La Sophora europæa Ung., de la famille des Sophorées, était trèscommune ; elle avait beaucoup de rapport avec la S. tomentosa L.
Les Cæsalpinées, qui forment le groupe le plus important des Papilionacées, nous fournissent 38 espèces. Les deux genres principaux sont le Ctesalpinia et le Cassia. Les Cæsalpina étaient probablement des arbres noueux à feuilles bipennées. Nous avons reçu d’Oeningen une feuille bipennée du C. Escheri Hr. dont le rachis était armé d’épines. On peut le comparer ainsi que ses congénères C. Falconeri Hr. et C. micromera Hr. avec le C. mucronata W. du Brésil; il appartenait probablement à ce groupe brésilien composé d’arbres à troncs noueux, à feuilles épineuses et bipennées et à fleurs d’un jaune d’or. — Deux autres espèces, C. lepida Hr. et Laharpii Hr. rappellent, au contraire, le C. sappan L. qui vit dans l’Inde et qu’on rencontre très-souvent à Madère où il est devenu spontané, revêtant les rochers et les haies de son feuillage gracieux et foncé ; au printemps, il est couvert de charmantes fleurs d’or.
LA FLORE DE LA MOLLASSE
Les Cæsalpinées se rencontrent surtout dans la mollasse supérieure, les Cassia, au contraire, sont communs à tous les étages. — Plusieurs espèces, telles que les C. Bérénices Ung., C. hyperborea Ung., C. phaseolites Ung., C. lignitum et C. nmbiguaUng., appartiennent aux Papilionacées les plus communes de notre flore. Ce devaient être de beaux arbrisseaux à feuilles d’un vert brillant, pennées et à fleurs jaunes ainsi que leurs congénères vivant actuellement en Amérique. — Une charmante espèce, le Cassia concinna Hr. nous a laissé à Oeningen un rameau couvert de feuilles; ses pinnes délicates se repliaient sans doute pendant leur sommeil, comme celles du Cassia microphylla W.
Les Gleditschia s’annoncent par de longs aiguillons, des feuilles et des fruits. Ce sont des arbres étrangers à l’Europe actuelle, tandis que le genre Ceratonia, dont on a trouvé une espèce à Oeningen, a pour analogue le Caroubier du sud de l’Europe.
Ces genres se rencontrent encore dans la végétation actuelle, mais le genre Podogonium est complètement éteint. Il se rapproche des Tamarins par la forme et la nervature des feuilles ainsi que par la conformation des germes ; mais il s’en éloigne complètement parles fruits. La fig. 196 reproduit les traits caractéristiques de cet arbre remarquable. Les rameaux, minces, sont pourvus de longues feuilles pennées sans foliole impair. La première ou les deux premières nervures latérales de la face inférieure des feuilles sont très-longues, tandis que sur la face supérieure elles ne sont pas plus longues que les autres. — Les fleurs, qui sont, petites (fig. 196, 1), occupent des rameaux nus. Le calice, tubuleux inférieurement, est divisé en quatre lobes; nous ne savons s’il était pourvu d'une corolle. L’ovaire, porté par un gynophore, est uniovulé et dépasse le tube du calice ; il se transforme ensuite en une gousse longuement pédicellée qui, lors de sa maturité, s’ouvre en deux valves jusqu’à sa base (fig. 196, 3) ; la graine, grosse et ronde, sort alors de son péricarpe. On a recueilli à Oeningen une grande quantité de ces fruits dont la gousse ouverte laisse voir la graine sortant à moitié ou au tiers.
es et à plusieurs graines.
de ce genre, provenant Knorrii et Lyellianutn Hr.
LA FLORE DE LA MOLLASSE
sont les plus communes. — Elles sont caractéristiques de l’étage œningien et ont aussi été recueillies près de la Schrotzburg, à l’Albis, à Irchel près de Baden et au I.ocle. L’Allemagne en a aussi donné quelques échantillons trouvés dans les tufs de Ilohen-Krahen, de Günzburg, de Randeck en Wurtemberg, d'Elbogen en Bohême, de Tokay en Hongrie ; ce Podogonium devait donc avoir une aire très-considérable.
5. COMPARAISON DES PLANTES DE NOTRE MOLLASSE AVEC CELLES DE NOTRE FLORE ACTUELLE.
Un regard jeté sur le règne végétal de l’époque houillère et de l’époque keupérienne nous révèle une végétation complètement étrangère à celle de nos jours, et les flores jurassique et crétacée ne nous fournissent aucune espèce se rapportant exactement à celles qui vivent aujourd’hui . La flore miocène au contraire se rapproche de la nôtre, et offre à peu près la même physionomie. — La plupart des espèces peuvent être rapportées à des genres vivants. Parmi ceux dont les restes sont assez bien conservés pour fournir des caractères suffisants à une détermination précise, il n'y en a que 6 qui soient éteints et qui appartiennent exclusivement à la flore tertiaire ; ce sont les Physagenia, Çalamopsis, Najadopsis, Laharpia, Apeibopsis et Podogonium. — La conformité des plantes miocènes avec les nôtres va donc jusqu’aux genres, et dans fort peu de cas jusqu’aux espèces ; ces dernières diffèrent presque toutes des espèces vivantes ; mais pour un nombre considérable la différence est si minime qu’elle suffit à peine à établir la limite spécifique. J’appelle ces espèces homologues , et je suis d’avis qu’elles sont les ancêtres des espèces actuelles qui sont par conséquent les descendants de leurs homologues miocènes. Nous avons dans notre mollasse 72 espèces formant environ 9 % du monde végétal vasculaire que l’on peut considérer comme les homologues de plantes vivant encore. Parmi les espèces de notre flore tertiaire, qui ont ainsi des liens d’étroite parenté avec les espèces vivantes (indiquées entre parenthèses) je puis citer les suivantes :