‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 161 sur 244 · NfcVHOPTfcllKS · texte numérisé non relu

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Ils se partagent en deux classes: ceux qui ont une transformation complète, et ceux chez lesquels elle est incomplète. Les premiers, dont la nymphe n’est pas douée de mouvement, forment les Névroptèrés dans le

NÉVROPTÈRES.'

sens restreint du mot ; les derniers, dont les nymphes se meuvent et cherchent leur nourriture, se rapprochent davantage des Orthoptères et forment la transition entre cet ordre et celui dont nous nous occupons ; ils représentent la grande majorité des Névroptères fossiles.

Les 25 espèces que notre faune possède se partagent entre les familles des Termites, des Libellules et des Éphémères.

Parmi les 4 Termites retrouvés, les Termes spectabilis et insignis Hr. représentent deux formes éteintes qui surpassent en grosseur les redoutables Fourmis blanches des zones torrides (Termes fatalis L.) ; les Termes Hartungi Hr. (tig. 230) et le T. Büchii Hr. rappellent le T. lucifugus Latr. qui habite les zones subtropicales (à Madère) ainsi que les ports du sud de l’Europe. A Madère j’en ai trouvé de grandes colonies dans de vieux troncs de Sapin qu’ils avaient percés dans toutes les directions de passages aboutissant à des chambres ; de ces chambres partent des galeries couvertes d’où les larves sortent pour se nourrir ; leur corps délicat est si mal défendu qu’elles deviennent la proie de beaucoup d’insectes carnassiers lorsque ceux-ci les rencontrent en dehors de leurs galeries*. Les femelles et les mâles seuls sont ailés ; à une époque déterminée de l’année ils s’élèvent dans les airs en nuées prodigieuses et sont pour la plupart la proie de leurs nombreux ennemis. Lorsqu’ils habitent les environs des cours d’eau et des lacs, ils se noient souvent. C’est ce qui leur est arrivé pendant l’époque œningienne, ainsi que le prouvent les Termites ailés que renferment les roches. Ils avaient 'sans doute le môme genre de vie que nos Termites. Les deux petites espèces dont nous avons parlé ci-dessus habitaient probablement les Conifères qui étaient trèsabondants dans les forêts d’Oeningen; les grandes espèces au contraire

• A Madère, j'avais renfermé un grand nombre de larves et de soldats dans une boite de fer-blanc, dans le but d’observer leur développement et leur manière de vivre ; mais, peu de temps après, de tout petites fourmis de maison les découvrirent, pénétrèrent dans la boite à travers l’étroite fente du couvercle et tuèrent les Termites, quoique ces dernier» fussent beaucoup plus gros que les fourmis, celles-ci les tuèrent facilement et les mangèrent.

se construisaient des demeures en forme de dôme comme les Termites des zones torrides bien connus pour leurs remarquables habitations et les dévastations auxquelles ils se livrent.

Les Libellules d'Oeningen nous donnent 3 genres et 20 espèces. Leurs larves vivaient sans doute dans l’eau, et les animaux parfaits dans l’air. Nous avons des larves et des animaux ailés des 3 genres. 11 est curieux que le genre Agrion ne nous ait laissé qu’une espèce à l’état de larve (et seulement un fragment), tandis que fi espèces sont à l’état parfait ; en revanche, 3 espèces seulement du genre Libellule nous sont parvenue' ailées, tandis que nous en avons 8 à l’état de larve. La plus grosse espèce, Libellula Calypso Hr. est représentée par la fig. 232. Ia?s deux espèces : L. Loris (tig. 231) et Eurynome Hr. sont beaucoup plus abondantes et peuvent être comptées parmi les Insectes les plus communs d’Oeningen. Elles ressemblent si bien à une espèce vivante, L. depressa, que l’Insecte parfait devait aussi lui ressembler; c’est pourquoi, si on le trouvait à Oeningen, il ne serait pas difficile de le rapporter ensuite à sa larve. L’absence de l'animal ailé est d’autant plus étonnante (pie la femelle devait aller vers l’eau pour y déposer ses œufs, et courait ainsi le risque d’y rester. Cela nous montre qu'il y a encore beaucoup d’insectes d'Oeningen que nous ne connaissons pas. Observons de plus que les larves d’ Agrion vivaient dans les eaux courantes, dans les petits ruisseaux et dans les sources; les animaux parfaits voltigaient paresseusement au bord des lacs et des cours d’eau et pouvaient facilement s’y noyer. Les Libellules ont un vol beaucoup plus rapide et parcourent volontiers les forêts et les buissons ; leurs larves habitent les eaux stagnantes et bourbeuses. — Les deux Libellules qu’on rencontre communément à Oeningen sont réunies en familles entières dans une couche spéciale de la partie supérieure de la carrière; on en voit là de fort petites, à moitié ou complètement transformées, puis des nymphes avec leurs gaines alaires. Les unes ont la lèvre inférieure serrée contre la base de la tête, chez les autres elle s’avance comme pour saisir une proie (fig. 231). La partie inférieure du labre chez les larves de Libellules est construite d’une ma-

NÉVROPTÈRES.

nière spéciale, et peut comme une main s’avancer et se retirer. Ces carnassiers s’approchent doucement de leur victime, et la saisissent en poussant rapidement le labre inférieur au bord antérieur duquel sont fixées de fortes mandibules. D’après l’état de conservation dans lequel ces larves nous sont parvenues, il est très-probable qu'elles ont été tuées rapidement. — Peut-être l’eau fut-elle’ mise subitement en ébullition par une action volcanique, ou peut-être furent-elles tuées par des gaz; on ne s’explique pas autrement la grande quantité de larves de tout âge gisant les unes à côté des autres. Ajoutons que la roche qui les entoure est particulièrement dure et cassante.

La Libellula depressa L. qui est proche parente des deux Libellules les plus communes d’Oeningen, est répandue dans toute l’Europe; on peut aussi comparer deux espèces du genre Aeschna avec des formes européennes: A. mixta Latr. ; une espèce d’Agrion, A. Aglaope, avec l’A. elegans Lind., tandis que deux autres, A. Parthenope et Leucosia, rappellent deux types du sud de l’Afrique : A. fasciatum et longicaudum. Ce sont de grandes espèces ; la Parthenope a les ailes rayées d’une bande transversale foncée qui devait avoir pendant la vie un reflet noir ou métallique.

Les Ephémères, faciles à reconnaître à leurs longues soies caudales, se voient au printemps et au commencement de l’été en légions innombrables au-dessus de nos lacs, et pénètrent même fréquemment dans nos demeures. Ils semblent avoir été peu communs pendant l’époque tertiaire ; je n’en connais qu’une petite espèce trouvée à Oeningen, Epheuiera œningensis Hr. Les Phryganides se trouvent aussi eu quantité considérable sur les bords de nos fleuves et de nos lacs ; elles ont été désignées par M. C. Gessner sous le nom de Mouches badoises. J’en connais deux espèces d’Oeningen et une du Locle. Leurs larves construisaient leurs demeures avec de petites pierres et des débris de végétaux; un de ces fourreaux a été trouvé à Oeningen.

LA FAUNE MOLLASSIQUE.

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