LAUSANNE
les Berchemia arborescentes et les Salsepareilles épineuses. — Plus loin, toujours à droite, nous voyons quelques branches d’un immense Érable formant le cadre du tableau ; il s’élève au-dessus du taillis voisin et se fait reconnaître à son feuillage découpé. — A la surface même de l’eau nagent les feuilles du Nvmphæa Charpentieri qui vit en compagnie du Nelumbium Bucbii aux belles fleurs; les feuilles de ce dernier étalent leur limbe scutiforine au-dessus de la surface de l’eau. Les Chara Meriani et Ch. Escheri tapissent au contraire le fond tranquille des eaux de leurs masses vertes, et donnent asile soit à plusieurs espèces de Limnées et de Cyclas qui grimpent sur leurs feuilles, soit à l’Hydrophilus Gaudini qui parcourt rapidement leur branchage plongé dans l’eau et invisible pour nous. Les Laiches à grandes feuilles et les Souchets (Cyperus) couronnés de leurs longues touffes de feuilles garnissent le bord de l’eau qui par places est occupé aussi par des Roseaux de grande taille. Notre attention est surtout attirée par un groupe de Palmiers qui occupent le centre du paysage. De jeunes Palmiers à éventail, d’autres à feuilles pennatiséquées, des Sabal, des Phœnicites et des Manicaria étalent leur feuillage sur le sol et leur image se reflète dans les eaux sombres. Audessus de cette luxuriante végétation s’élève en forme de colonne le tronc du Flabellaria Ruminiana qui lance vers l’azur du ciel sa fière couronne de feuilles; les Palmiers à feuilles pennatiséquées sont également représentés et le Phœnicites spectabilis étale à nos regards au haut de son tronc cylindrique ses longues pinnules finement découpées. Le Manicaria formosa agite ses grandes feuilles déchirées çà et là par le vent.
L’arrière-plan est occupé à gauche par un groupe du Pinus palæostrobus ; à droite par un Noyer, le Juglans acuminata, et par un arbre de la famille des Broméliacées : le Puya Gaudini, dont les feuilles épineuses, réunies en couronne, sont portées par un tronc ligneux.
Un Crocodile qui se trouve auprès, est sur le point de sauter à l’eau, tandis que quelques Tapirs qui se sont baignés en sortent et gagnent la terre. Dans le lointain on aperçoit une troupe de Rhinocéros s’approchant
du rivage marécageux, tandis que quelques Anthracothériens sortent de la sombre épaisseur de la forêt ou gagnent la fraîcheur de l’eau.
Combien ce tableau est différent de celui qui se déroule de nos jours sur les bords riants du lac Léman !
Il faut que nous nous transportions à 15 degrés plus au sud pour rencontrer aujourd’hui les mêmes formes de plantes, et même nous ne les trouvons nulle part ainsi rassemblées. Les localités qui ressemblent le plus à celles que nous venons d’esquisser sont les marais qui inondent d’immenses étendues dans le sud des États-Unis. — Là se rencontre aussi un Sabal, S. Adansoni (Swamppalmetto) couvrant au loin les marais du pays; plusieurs grandes Graminées forment de hauts fourrés qui parfois sont complètement impénétrables. — Le Pin, dit Weymouth, les Chênes toujours verts, les Houx, les Noyers et les Érables gigantesques, les Magnolia au feuillage brillant, les Tulipiers fréquemment enlacés par des Vignes, par la Salsepareille, et les buissons de Berchemia étalent leur beau feuillage dans des lieux relativement secs, tandis que le Taxodium distichum se rencontre jusque dans les endroits marécageux; il étend ses puissantes racines dans la vase; son tronc élancé est couronné par un dôme élevé de rameaux gracieux ; ceux-ci, garnis de feuilles aciculaires distiques, se balancent au souffle de la brise. Par place ces marais forment de petits lacs. D’après Lesquereux, il s’en trouve un dans l’intérieur du grand Dismal Swamp en Virginie qui rappelle nos lacs marécageux de l'époque miocène. < L’accès de ce lac, dit le même naturaliste, n’est possible qu'en bateau, car lorsqu’on approche du bord, l’eau monte dans la forêt, ou mieux, les arbres paraissent s’enfoncer dans l’eau de telle sorte que leur cime seule est visible ; il en est d’autres dont le tronc est enfoui jusqu’à la moitié. Une fois qu’on a franchi l’enceinte des arbres et qu’on se trouve sur le lac proprement dit, l’aspect en est admirable; à vrai dire il n’est pas précisément pittoresque; mais l’unifonnité parfaite des environs et des couleurs est dans une harmonie remarquable avec la simplicité du spectacle et le silence de mort qui y règne. Je n’y vis, dit Lesquereux, aucun être vivant, excepté le nègre que j’avais ren-
HOHE-BIIONEN.
contré dans la forêt et qui dirigeait le canot; celui-ci glissait si doucement sur les eaux noires que, quoique je fusse tout occupé de mes recherches, mon cœur était envahi par une profonde mélancolie, telle que je l’éprouverais en me trouvant seul dans une lie déserte ou dans un monde nouveau. »